La femme ayant vécu le plus longtemps sur Terre est française : Jeanne Calment, une supercentenaire morte en 1997 à l’âge de 122 ans et 164 jours. Juste derrière elle, Kane Tanaka, une femme japonaise morte en 2022 à 119 ans et 107 jours. Tomiko Itooka (116 ans) est aujourd’hui doyenne de l’humanité depuis le 19 août 2024. Le nombre de personnes atteignant l’âge de 100 ans ne cesse d’augmenter dans les pays industrialisés. Si l’environnement et l’hygiène de vie jouent un rôle indéniable, les scientifiques démontrent que nos gènes détiennent une partie de la clé de cette longévité exceptionnelle.
À l’aube du XXᵉ siècle, seule une personne sur 100 000 devenait centenaire aux États-Unis. Aujourd’hui, ce ratio est passé à un pour 10 000. Cette augmentation spectaculaire de 8 % par an – bien supérieure à la croissance démographique moyenne de 1 % – intrigue les chercheurs du monde entier.
L’ADN de la longévité : une affaire de famille
Les travaux menés par le Dr. Thomas Perls et son équipe de l’Université de Boston (The Genetics of Exceptionnal Human Longevity) ont mis le doigt sur une réalité saisissante : la longévité se transmet au sein des familles. En L’analyse de 444 familles de centenaires, comprenant 2 092 frères et sœurs, révèle des statistiques éloquentes. Les femmes de ces familles présentent une probabilité de survie 3,6 fois supérieure après 65 ans, tandis que les hommes voient leurs chances multipliées par 3,4, comparativement à la cohorte de naissance de 1900 étudiée dans cette recherche.
En d’autres termes, si vous aviez un frère ou une sœur centenaire, vos chances de vivre longtemps seraient environ 3,5 fois plus élevées que celles d’une personne sans lien de parenté avec un centenaire. Cette différence importante suggère donc une forte composante génétique dans la capacité à atteindre un âge très avancé, puisque les frères et sœurs partagent approximativement 50 % de leurs gènes.
Plus frappant encore, les chercheurs ont identifié des « clusters familiaux » où la longévité se manifeste de manière extraordinaire. Dans l’une de ces familles, pas moins de 23 personnes sur 46 membres d’une même génération ont dépassé les 90 ans, certains atteignant même 106 ans.
Les gardiens moléculaires du temps
Les chercheurs ont identifié un élément génétique particulièrement intéressant : l’apolipoprotéine E. Cette protéine existe sous différentes formes dans la population. L’une d’elles, appelée ε4, est associée à un risque accru de développer la maladie d’Alzheimer et des pathologies cardiaques. Les scientifiques ont observé que cette variante défavorable devient de plus en plus rare à mesure que l’âge des sujets étudiés augmente. En parallèle, une autre forme de cette protéine, l’allèle ε2, se retrouve plus fréquemment chez les personnes âgées d’origine caucasienne, laissant supposer un rôle protecteur dans le vieillissement.
Cette découverte s’accompagne d’autres observations. Le Dr. Nir Barzilai et son équipe dans cette même étude, en portant leur analyse spécifiquement sur la communauté des centenaires juifs ashkénazes, ont mis en évidence un autre facteur : ces personnes exceptionnellement âgées présentent naturellement des profils lipidiques (taux de graisses dans le sang) associés à un risque cardiovasculaire plus faible.
Une vieillesse en meilleure santé
La longévité exceptionnelle s’accompagne d’une réduction assez remarquable de la morbidité (l’état d’être malade, la fréquence d’une maladie dans une population donnée). Les données récoltées montrent qu’à 92 ans, 88 % des femmes et 100 % des hommes centenaires conservaient leur autonomie. Plus impressionnant encore, à 97 ans, 45 % des femmes et 75 % des hommes maintenaient leur indépendance et vivent dans de bonnes conditions.
Ces observations viennent confirmer l’hypothèse de James Fries, un rhumatologue américain. Formulée dans les années 1970, elle suggère que la durée maximale de la vie humaine est fixe et que les progrès médicaux ne permettent pas d’augmenter cette limite, mais plutôt de réduire la période de morbidité.
L’environnement : un partenaire indispensable
La génétique ne raconte qu’une partie de l’histoire de la longévité exceptionnelle. Une étude menée sur des jumeaux scandinaves dans les années 1990 a permis de quantifier précisément l’influence des gènes sur notre durée de vie. Les résultats montrent que seuls 20 à 30 % de notre espérance de vie sont déterminés par notre patrimoine génétique.
Ces découvertes ont conduit les scientifiques à une conclusion optimiste : l’être humain moyen dispose d’un capital génétique potentiel lui permettant de vivre jusqu’à 85 ans tout en conservant une bonne santé. Ce message encourageant s’accompagne toutefois d’une mise en garde : nos comportements individuels peuvent considérablement réduire ce potentiel inscrit dans nos gènes.
Aux États-Unis notamment, les chercheurs observent que l’espérance de vie moyenne est inférieure d’environ dix ans à ce qu’elle pourrait être, principalement en raison des mauvaises habitudes de vie. Aujourd’hui, plus de 42 % des hommes américains souffrent d’obésité contre 17 % en 1990. Pour les femmes, ce taux est passé de 21 à 44 %.
Aujourd’hui, les chercheurs poursuivent leurs investigations pour identifier d’autres gènes supplémentaires qui pourraient expliquer ces espérances de vie hors du commun. Certaines pistes émergent : le gène FOXO3A (impliqué dans la réponse au stress et la réparation de l’ADN) ou le SIRT6 (protection contre le stress oxydatif). Un travail très complexe que l’on pourrait comparer à la recherche de plusieurs aiguilles dans une énorme botte de foin : la longévité est influencée par de nombreux gènes et chacun a un effet relativement faible sur celles-ci. Néanmoins, mieux comprendre les mécanismes sous-jacents à ce phénomène nous permettra peut-être, à terme, de développer des stratégies pour vieillir en meilleure santé.
- Les familles de centenaires ont des chances de survie bien supérieures, indiquant une forte composante héréditaire.
- Environ 20-30 % de la longévité est déterminée par les gènes, le reste dépend du mode de vie et de l’hygiène.
- Les centenaires vivent plus longtemps et en meilleure santé, avec une morbidité réduite et une autonomie préservée à des âges avancés.
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