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Pourquoi la météo a-t-elle été censurée aux États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale ?

Pour gagner la guerre, les États-Unis ont tenté de museler le ciel.

Fin 1941, les États-Unis entrèrent dans le deuxième plus grand conflit que le monde ait connu : la Seconde Guerre mondiale. Une décision prise le 8 décembre par le président de l’époque, Franklin D. Roosevelt après l’attaque japonaise sur le port de Pearl Harbor, qui jugea alors l’agression injustifiée et que les intérêts vitaux de la nation devaient être défendus.

Le pays fut brutalement plongé dans un climat de peur ; toute information qui pouvait être utile au Japon ou à l’Allemagne devint secret d’État. Même la météo, puisque dès décembre 1941, le Gouvernement fédéral, via l’Office of Censorship, a mis en place une censure complète des données atmosphériques, considérées comme dangereuses si elles tombaient aux mains de l’ennemi. Pendant près de deux ans, les bulletins météo diffusés aux États-Unis furent réduits à des bribes, avec des conséquences parfois dramatiques pour la population civile.

Le contrôle du ciel au nom de la sécurité nationale

Dix jours seulement après l’entrée en guerre des USA, la censure fut mise en place. Les habitants du Miwest découvrirent des bulletins météo vides, les cartes disparurent des journaux et le grand tableau météo de la bourse de Chicago fut supprimé lui aussi. Sur la côte Est comme sur la côte Ouest, les bulletins furent amputés de leurs informations sur la vitesse et la direction du vent, car ils pouvaient servir aux sous-marins allemands ou japonais.

L’Office of Censorship affirmait dans les journaux nationaux que « quelques gouttes de pluie à El Paso, un coup de vent à Kansas City ou une chute de neige à Detroit suffisaient à indiquer aux navires des adversaires quelles côtes seraient bientôt noyées dans le brouillard ou secouées par la houle ». Le pays nageait en pleine paranoïa, craignant de nouveaux bombardements ou d’attaques sous-marines de la part des forces de l’Axe ; toute information concernant les conditions atmosphériques fut donc proscrite à la circulation.

À partir de janvier 1942, la diffusion des bulletins fut encadrée de la manière la plus stricte possible. Les journaux n’eurent plus le droit de publier que les prévisions émises par le Weather Bureau, et uniquement sur une zone restreinte de 240 km autour de leur ville. Les radios, de leur côté, ne pouvaient annoncer la météo qu’après avoir reçu l’autorisation explicite de l’Office of Censorship à Washington.

La Côte Ouest du pays, plus vulnérable aux attaques japonaises, était soumise à une censure encore plus étroite. Toute information météorologique devait attendre 24 h, soit le temps que l’Office of Censorship la valide, avant d’être rendue publique. Présentées comme facultatives, ces règles étaient appliquées sous la menace de sanctions administratives qui rendaient toute désobéissance impossible. La presse et la radio durent se plier à la politique restrictive de Washington, sous peine d’être stigmatisées comme manquant au devoir patriotique.

Un silence aux effets dévastateurs

Si l’on ne peut pas réellement estimer à quel point cette censure généralisée perturba réellement l’ennemi, on sait pertinemment qu’elle perturba gravement le quotidien de millions d’Américains. De nombreux agriculteurs du Michigan perdirent le fruit de leurs récoltes, car leurs champs (maïs, avoine, blé) furent frappés par des vagues de gel qu’ils n’ont pu prévoir. L’État était alors l’un des plus gros producteurs de grains du pays, ce qui a gravement perturbé les chaînes d’approvisionnement, affectant aussi bien l’alimentation des civils que des soldats envoyés au front.

La Floride perdit le plus grand de ses atouts, puisqu’il était devenu impossible pour les acteurs de l’industrie touristique de faire la promotion de son climat ensoleillé. En temps normal, les journaux et les radios locales vantaient régulièrement le soleil et la douceur du climat pour attirer les visiteurs du nord du pays, lassés par les hivers rigoureux.

Privés de données météo fiables, bien des secteurs furent déstabilisés. Les médecins, qui utilisaient les relevés de pression atmosphérique pour certains examens, durent se résoudre à acheter eux-mêmes des baromètres pour compenser le silence du Weather Bureau.

Même la femme du président, Eleanor Roosevelt, se fit épingler par l’Office of Censorship. Dans sa chronique My Day, lue à travers tout le pays, elle avait osé écrire une remarque, plutôt insignifiante : « Hier entre deux averses, nous avons fait un peu d’exercice et nagé ; ce matin, le ciel couvert me fait douter que le soleil revienne ». Washington jugea cette simple description du temps inacceptable et la sanctionna d’un courrier accusateur.

En mars 1943 arriva un terrible événement ; une série de tornades balaya le Sud sans qu’aucune alerte n’ait été donnée. Puisqu’elle n’avait aucune prévision météorologique fiable, la population du Mississippi et du Tennessee fut prise au dépourvu par la violence des rafales. De nombreux bâtiments furent détruits et plusieurs personnes trouvèrent la mort.

Quelques mois plus tard, en juillet, un ouragan frappa Galveston Bay au Texas. Les vents dépassèrent les 160 km/h, 17 centimètres de pluie s’abattirent en quelques heures, et 19 personnes perdirent la vie. Une tragédie qui aurait pu être évitée si la censure n’avait pas interdit aux navires marchands de prévenir que la tempête montait dans le Golfe du Mexique.

C’en était trop ; à partir d’octobre 1943, l’Office of Censorship reconnut que « les avantages de plus en plus limités de la censure météo apparaissaient désormais contrebalancés par les handicaps inévitables qu’elle imposait à l’agriculture, à l’aviation, à la navigation et à d’autres secteurs vitaux ». Le dispositif fut donc levé et Washington a dû retenir cette douloureuse leçon : la nature ne se censure pas, et quand l’État choisit le silence, ce sont d’abord ses citoyens qui en paient le prix.

  • Après Pearl Harbor, les États-Unis placèrent les informations météo sous contrôle strict, par crainte qu’elles servent aux puissances de l’Axe.
  • Cette politique, appliquée de manière coercitive, perturba gravement la vie quotidienne : agriculture, médecine, tourisme et sécurité civile furent touchés.
  • En 1943, après plusieurs catastrophes naturelles aggravées par le manque d’alertes, Washington renonça à cette censure jugée plus nocive qu’utile.

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