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Le Link Trainer, ce simulateur oublié qui a changé le cours de la Seconde Guerre mondiale

C’est dans cette petite boîte bleue que les héros des airs ont fait leurs armes et ont appris à survivre.

À la fin des années 1920, les avions destinés au champ de bataille étaient encore très rudimentaires et se pilotaient presque exclusivement « à vue ». Les aviateurs, privés d’instruments fiables, volaient à l’instinct, au risque de disparaître dans les nuages ou de finir écrasés au sol.

C’est alors qu’un jeune passionné d’aviation, Edwin Link, frustré de ne pas pouvoir se payer des heures de vol, décida de lui-même de bricoler une drôle de machine. Il n’était pas ingénieur aéronautique, mais était très débrouillard, issue d’une famille qui fabriquait des orgues. Grâce au savoir faire familial et aux matériaux qu’il avait sous la main, il construit alors le tout premier simulateur de vol au monde. Le Link Trainer, une petite cabine bleue fermée, montée sur des soufflets qui parvenait à recréer de façon très réaliste les sensations du vol. Sans le savoir, Link avait accouché d’une création qui allait former des centaines de milliers de pilotes et leur donner une chance de survivre au plus grand conflit que le monde ait jamais connu.

Simuler le ciel sur la terre ferme

Malgré l’ingéniosité du Link Trainer (surnommé également « Blue Box » en raison de la couleur que lui avait donné son créateur), beaucoup le perçurent comme un simple jouet, trop éloigné de la réalité du pilotage pour que l’armée lui accorde son attention.

Beaucoup d’officiers, attachés à la tradition militaire, refusaient de croire qu’un simple caisson articulé puisse former des pilotes de combat. Cette méfiance dura jusqu’en 1934, lorsque l’Airmail Scandal éclata : l’armée, chargée en urgence d’acheminer le courrier civil après la rupture des contrats privés, perdit douze pilotes en à peine 78 jours.

Confrontés au mauvais temps et incapables de naviguer sans repères visuels (ce qu’on nomme le VFR pour Visual Flight Rules), ils se crashèrent les uns après les autres. L’U.S. Army Air Corps ne formait pas encore assez bien ses pilotes au vol aux instruments (IFR : Instrument Flight Rules) ; en conditions météorologiques dégradées, ces derniers étaient alors complètement déstabilisés. Pour expliquer brièvement, la différence entre un vol VFR et un vol IFR est que, dans le second cas, il est tout à fait possible de piloter son aéronef, les instruments de l’avion remplaçant la vision directe.

Edwin Link, qui avait lui-même appris à se fier aux instruments grâce à son simulateur, décida en 1934 de prouver la validité de son simulateur. Devant une délégation de l’U.S. Army Air Corps, il réalisa un vol de démonstration en conditions réelles, traversant un épais brouillard et se posant en toute sécurité, uniquement guidé par ses instruments et un système de radioguidage précurseur de l’ILS.

Link Trainer
Le sergent-chef James R. Schneid aux commandes d’un Link Trainer, en 1943. © Unknown photographer / Wikipedia

Sa Blue Box étant entièrement fermée, il régnait à l’intérieur une obscurité presque totale, Link avait donc appris à piloter seul et à l’aveugle. Impressionnés par sa performance, les officiers américains n’eurent d’autre choix que d’admettre que la Blue Box était un formidable outil de formation et l’adoptèrent, convaincus qu’elle pourrait former des pilotes capables de survivre aux pires conditions météo. Une décision qui allait transformer de fond en comble l’entraînement des combattants de l’air à la veille de la Seconde Guerre mondiale.

À partir de l’entrée en guerre des États-Unis en 1941, la cadence de production du Link Trainer explosa : l’usine de Link livrait un appareil toutes les 45 minutes pour répondre à la demande colossale des armées alliées. Plus de 10 000 exemplaires seront produits au total, équipant des bases d’entraînement aux États-Unis, au Royaume-Uni, au Canada et jusqu’en Union Soviétique. La  Blue Box  devint, en moins de dix ans, un standard mondial, incontournable pour préparer les pilotes à voler sans visibilité et affronter l’ennemi dans les airs.

Aujourd’hui, quelques dizaines de Link Trainer restaurés sont encore exposés dans divers musées, dont celui de Fort Lauderdale en Floride, à quelques mètres seulement des pistes sur lesquelles s’entraînaient jadis les équipages de l’US Navy. Avec ses panneaux bleus un peu délavés et son allure de jouet, il paraîtrait presque inoffensif. Mais sans lui, combien de jeunes recrues se seraient écrasées, perdues en mer ou dans le brouillard ? Combien d’entre eux auraient disparu au premier combat aérien venu ? Là où l’agilité des meilleurs chasseurs ou la puissance des bombardiers les plus imposants n’étaient d’aucun secours pour la sécurité des pilotes, la Blue Box d’Edwin Link leur a offert cette chance : rentrer vivants sur le tarmac.

  • Un simulateur de vol inventé par Edwin Link dans les années 1930 a permis de former des milliers de pilotes au vol sans visibilité : le Link Trainer, ou « Blue Box ».
  • Ignoré au départ par l’armée américaine, elle a adopté par la suite cet appareil après une démonstration de vol réussie de son inventeur en 1934.
  • Plus de 10 000 exemplaires ont été produits pendant la Seconde Guerre mondiale ; la Blue Box est devenue un outil de formation militaire incontournable en sauvant de nombreuses vies.

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