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Des sous-marins allemands arrivent à la Bourse de Francfort

Le conglomérat allemand Thyssenkrupp AG veut profiter de l’intérêt des investisseurs pour les entreprises de la défense en introduisant en Bourse sa division dédiée à ses sous-marins et ses navires de guerre, TKMS. En Allemagne, le gouvernement prévoit de doubler son budget annuel dédié à la défense, d’ici 2029.

En Bourse, les différents conflits armés et le réarmement des États d’Europe se font sentir. Face à l’intérêt des investisseurs, le conglomérat allemand Thyssenkrupp AG, en difficulté, voudrait qu’une part minoritaire de sa division TKMS (sous-marins, navires de guerre) soit introduite à la Bourse de Francfort entre l’automne 2025 et le début d’année 2026. Un moyen de restructurer le groupe, qui accuse des pertes massives dans sa division de sidérurgie (Steel Europe) et qui s’est mis à dos ses travailleurs.

TKMS et ses sous-marins doivent reprendre les investissements

TKMS (qui correspond à Thyssenkrupp Marine Systems), possède des chantiers navals à Kiel (Howaldtswerke-Deutsche Werft) et possède aussi Atlas Elektronik, spécialiste des capteurs sous-marins, des systèmes sonars et de la robotique navale. En plus de faire du commerce avec l’Allemagne, TKMS a des contrats de sous-marins avec la Grèce, la Corée du Sud et Israël. À cause des monstrueuses pertes dans l’acier, ses investisseurs dans la construction navale stagnent et l’entreprise perd en compétitivité.

Miguel Lopez, le PDG de Thyssenkrupp AG, est à l’origine du projet d’introduction en Bourse qui a été présenté vendredi 8 août aux actionnaires. Ces derniers pourront conserver le contrôle sur TKMS puisque le conglomérat gardera 51 % des parts de l’entreprise. Le reste des 49 % de la nouvelle holding sur les marchés financiers permettra de « générer de la valeur dans une division appelée à bénéficier de la hausse des dépenses de défense », rapportait Bloomberg.

Il y a cinq ans, le conglomérat avait vendu sa division Thyssenkrupp Elevator Technology, l’un des leaders mondiaux des ascenseurs et escaliers mécaniques) à un consortium pour 17,2 milliards d’euros. Aujourd’hui, le groupe se concentre donc sur Steel Europe pour la sidérurgie, Automotive Technology pour des pièces automobiles, ou encore Decarbon Technologies pour des solutions industrielles bas carbone. La Bourse serait un moyen pour Marine Systems (TKMS) de conserver l’activité de construction navale, et notamment des sous-marins.

« Nous accordons à l’entreprise la liberté entrepreneuriale d’agir plus rapidement, d’investir de manière plus stratégique et d’étendre sa position de leader », a déclaré Miguel Lopez dans des commentaires partagés par Bloomberg News avant l’assemblée des actionnaires.

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L’Etat ne veut pas investir mais garantit « les emplois et la sécurité nationale »

Face à cette annonce, le premier syndicat des travailleurs IG Metall a réclamé l’entrée de l’Etat dans TKMS. Une participation nécessaire pour soutenir l’activité et garantir qu’elle reste allemande, à l’heure où la course à l’armement est un enjeu de souveraineté, tout comme le protectionnisme. TMKS serait l’occasion de faire d’une pierre deux coups. « C’est la seule manière de rivaliser à armes égales avec nos concurrents européens, tous soutenus par leur État respectif », commentait à Reuters Stephanie Schmoliner, directrice d’IG Metall Kiel-Neumünster et également vice-présidente du conseil de surveillance de TKMS.

En juillet, le gouvernement avait indiqué qu’il ne prévoyait aucune prise de participation à court terme tout en prévoyant qu’un accord de sécurité soit voté pour assurer que ni la défense nationale ni les emplois ne soient menacés par une scission de la division même si celle-ci passe par une entrée en Bourse. Une manœuvre qui laisse dubitative Stephanie Schmoliner : « Après une introduction en Bourse, il n’est plus possible de contrôler qui achète les parts et peut ainsi exercer une influence sur cette entreprise stratégique pour la sécurité ».

Par ailleurs, l’Allemagne a récemment annoncé qu’elle prévoyait de doubler son budget consacré à la défense, pour atteindre 162 milliards d’euros d’ici 2029. En Bourse, l’entreprise allemande Rheinmetall AG (véhicules militaires à roues et à chenilles) était devenu une star après avoir vu son cours bondir de 1 700 % depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Bloomberg rappelait que son indice Bloomberg European Defense avait progressé de près de 75 % cette année 2025, et que l’action Rheinmetall AG avait encore grimpé de 170 %. À l’échelle mondiale, l’indice MSCI World Aerospace and Defense a progressé de 44 % en 2025, bien au-dessus des performances du marché global.

  • Thyssenkrupp veut introduire 49 % de TKMS en Bourse fin 2025-début 2026 pour sa restructuration, en conservant 51 %. L’objectif est de compenser les pertes dans l’acier et profiter de la hausse des dépenses militaires
  • TKMS, fabricant de sous-marins pour plusieurs pays, manque d’investissements et perd en compétitivité. L’opération vise à lui donner plus de moyens
  • IG Metall réclame une entrée de l’État pour protéger emplois et souveraineté, mais le gouvernement refuse, promettant seulement des garanties de sécurité nationale et d’emplois

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