Rougir est une réaction involontaire et universelle. Que ce soit de honte, d’embarras, de timidité ou de colère, les situations où votre visage viendra se teindre de cette couleur aux tons rouges/roses sont nombreuses. Charles Darwin décrivait lui-même le rougissement comme « l’expression la plus particulière et la plus humaine de toutes ». En effet, à part de rares exceptions dans le règne animal (certains perroquets ou primates), cette réaction n’existe pas ailleurs que chez l’espèce humaine, n’est pas due aux mêmes mécanismes physiologiques et n’est pas nécessairement liée aux mêmes émotions ou situations sociales.
Une étude parue le 17 juillet dans une des revues de The Royal Society Publishing révèle que le rougissement n’est pas forcément lié à la peur du jugement des autres.
L’impact de la conscience de soi
D’un point de vue purement physiologique, le mécanisme derrière le rougissement est d’abord lié à une stimulation du système nerveux sympathique, une partie du système nerveux autonome qui prépare le corps à réagir au stress. Celui-ci libère de l’adrénaline, une hormone provoquant la dilatation des vaisseaux sanguins, en particulier ceux du visage. Le sang afflue donc à l’intérieur des vaisseaux dilatés, donnant à la peau cette fameuse couleur rougeâtre. Ce phénomène est donc bien compris, mais l’étude en question, menée par Milica Nikolic et ses collègues à l’Université d’Amsterdam s’est plutôt penchée sur les déclencheurs du rougissement.
Pour cela, ils ont réuni un groupe de quarante adolescents et jeunes adultes pour leur proposer d’être filmés en pleine séance de karaoké. Ils les ont invités par la suite à visionner leurs propres performances, placés dans une machine IRM. Les résultats de cette recherche sont particulièrement éclairants : ils mettent en lumière le lien étroit entre le rougissement et une conscience de soi exacerbée.
L’analyse des scans cérébraux fonctionnels (IRMf) a révélé une activité prononcée dans les zones cérébrales associées à l’éveil émotionnel et à l’attention. Cependant, fait remarquable, les régions habituellement impliquées dans la mentalisation ; processus par lequel nous interprétons les comportements, pensées ou intentions d’autrui ou de nous-mêmes ; demeuraient, selon les termes mêmes de l’étude, « manifestement absentes ».
Nikolic explique : « Ces résultats soutiennent l’idée que les processus socio-cognitifs de haut niveau ne sont pas nécessaires pour que le rougissement se produise ». Ainsi, contrairement aux idées reçues, le phénomène du rougissement ne serait pas nécessairement lié à l’appréhension du regard d’autrui, mais plutôt à une réaction émotionnelle intrinsèque, intimement liée à la conscience de soi.
Les limites de l’étude
Les conclusions de cette recherche méritent néanmoins d’être considérées avec circonspection. En effet, la composition de l’échantillon étudié, majoritairement constitué de jeunes femmes, restreint la portée des inférences que l’on pourrait en tirer. Cette limitation intrinsèque soulève des questions quant à la possibilité d’extrapoler ces résultats à une population plus large et diverse.
Un biais de sélection (problème important en recherche scientifique) qui pourrait indiquer que l’on pourrait attendre des résultats complètement différents pour des hommes ou des personnes plus âgées.
Par ailleurs, les scientifiques eux-mêmes reconnaissent la nature complexe et multifacette des mécanismes psychologiques sous-jacents au phénomène du rougissement. Ils insistent donc sur la nécessité d’une « interprétation prudente » de leurs découvertes. Dans cette optique, l’équipe dirigée par Nikolic envisage déjà de nouvelles investigations. Leur ambition est de mener des études complémentaires auprès de groupes plus hétérogènes, afin de corroborer et d’affiner ces premières observations.
- Le rougissement serait principalement déclenché par une conscience de soi exacerbée, plutôt que par la peur du jugement des autres.
- Les scans cérébraux montrent une activité accrue dans les zones liées à l’éveil émotionnel et à l’attention, mais pas dans celles liées à la mentalisation.
- Les résultats, établis à partir d’un échantillon majoritairement féminin, nécessitent tout de même une interprétation prudente et des études complémentaires sur des groupes plus diversifiés.
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