C’est un scénario auquel nous avons presque tous été confrontés. Imaginez que vous discutez de vive voix avec un proche au sujet d’une paire de sneakers et, dans les heures qui suivent, une publicité faisant la promotion d’une paire de baskets apparaît dans votre feed Instagram.
Beaucoup attribuent ce phénomène à un supposé espionnage opéré par leur smartphone : celui-ci écouterait en douce chacune de nos conversations pour ensuite les revendre à des annonceurs. Et c’est un mythe très coriace. Car pas plus tard que cette semaine, Le Parisien publiait un article dans lequel plusieurs utilisateurs assurent que leur téléphone les épie sans arrêt. « Quand j’achète un iPhone, je ne consens pas à donner mes données qui, peut-être, seront revendues à je ne sais qui ! », clame l’un d’entre eux. La réalité est tout autre.
Les algorithmes peuvent prédire votre comportement
Il faut tout d’abord savoir qu’une telle pratique passerait très difficilement inaperçue. Si votre téléphone vous écoutait en permanence, l’autonomie de votre batterie en serait affectée à hauteur de plusieurs heures par jour. Si votre microphone était secrètement activé en permanence, les forums d’utilisateurs seraient inondés de plaintes concernant la durée de vie de la batterie.
L’écoute passive générerait également un volume colossal de données. Celles-ci devraient être transmises à des serveurs distants pour analyse, ce qui laisserait une empreinte évidente dans votre consommation Internet. Ainsi, les utilisateurs avec des forfaits limités atteindraient rapidement leur plafond, et les anomalies de trafic seraient facilement détectables par les outils de surveillance réseau.
Le stockage s’avèrerait aussi un véritable casse-tête pour les géants de la tech, qui devraient conserver les conversations quotidiennes de plusieurs milliards de personnes. Un investissement qui ne tient pas la route, la grande majorité de ces conversations ne contenant aucune intention d’achat exploitable. Investir des milliards pour extraire quelques bribes d’information commerciale serait une aberration économique. Car il existe déjà des méthodes de ciblage, bien moins coûteuses, et redoutablement plus efficaces.
Historique de navigation, recherches Google, activité sur les réseaux sociaux, géolocalisation, achats en ligne, données partagées entre applications… Ces très nombreuses données sont exploitées par des algorithmes si puissants qu’ils sont en mesure de prédire vos intentions d’achat, parfois avant même que vous y ayez pensé. La supposée écoute de votre smartphone n’a rien à voir là-dedans. À noter, aussi, que cette impression peut être renforcée par l’effet Baader-Meinhof, un biais cognitif dans lequel on a tendance à remarquer plus souvent quelque chose après l’avoir observé une première fois.

Des études l’ont démontré
Des tests ont par ailleurs été menés pour trancher sur cette question. En 2019, des chercheurs en cybersécurité chez la firme Wandera ont placé des smartphones Android et des iPhone dans une salle où des publicités pour de la nourriture pour chats et chiens étaient diffusées en boucle pendant 30 minutes, tandis que des téléphones identiques étaient installés dans une pièce silencieuse.
Après avoir répété l’expérience sur trois jours avec Facebook, Instagram, Chrome, Snapchat, YouTube et Amazon ouverts et autorisés à accéder au microphone, les résultats ont été sans appel : aucune publicité liée aux animaux n’est apparue sur les téléphones exposés aux publicités, et aucune augmentation significative de la consommation de données ou de batterie n’a été détectée.
Ces conclusions rejoignent celles d’une étude plus vaste menée par l’Université Northeastern aux États-Unis, qui a analysé 17 000 applications Android provenant de divers app stores à travers le monde. Là encore, aucune preuve d’écoute clandestine n’a été découverte.
Ces études ont toutefois révélé que certaines petites applications ont été surprises à envoyer des captures d’écran et même des vidéos de l’activité des utilisateurs à des tiers, quoique à des fins de développement et non publicitaires.

L’affaire d’écoute impliquant Apple n’est pas liée à cette pratique
Vous vous demandez peut-être pourquoi, dans ce cas, Apple est ciblée par divers recours collectifs, et a accepté de régler 95 millions de dollars en décembre pour régler une affaire d’écoute clandestine. Il faut savoir que les assistants vocaux, comme Siri, Google Assistant ou Alexa, sont dormants jusqu’à ce qu’une phrase comme « Dis, Siri » ou « Hey Google » les active.
Dès lors, ils commencent effectivement à enregistrer et transmettre vos paroles à des serveurs distants pour traitement. Dans le cas de l’iPhone, par exemple, vous verrez qu’une petite lumière orange apparaît aux côtés du capteur photo frontal. Le problème survient quand ces assistants se réveillent par erreur, confondant des mots similaires à leur commande d’activation. Des fragments de conversations privées peuvent ainsi être captés et analysés sans consentement explicite et, parfois, écoutés par des employés humains pour améliorer les algorithmes de reconnaissance vocale.
Cette pratique a longtemps été minimisée dans les politiques de confidentialité des géants de la tech. C’est précisément cette opacité qui a conduit à des actions en justice, et non l’écoute systématique et permanente de toutes les conversations. Ces captures audio représentent effectivement un risque pour la vie privée, mais sont fondamentalement différentes du mythe selon lequel votre téléphone vous espionnerait constamment.
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