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« Une qualité génétique hors norme » : une importante campagne pour repeupler les forêts française débute avec des arbres résistants au changement climatique

Les forêts françaises dépérissent et leurs arbres disparaissent à un rythme dépassant leurs capacités de régénération naturelle. Dans l’Oise, l’ONF (Office national des forêts) a trouvé une espèce de chêne qui pourrait inverser la tendance… au prix d’un travail de fourmi.

Selon la Banque des Territoires, citant l’ONF, les forêts françaises sont très fortement impactées par le réchauffement climatique : « Depuis 2018, plus de 670 000 hectares sont en état de dépérissement, soit environ 66 fois la superficie de Paris », précise le journal Localtis, géré par l’institution. La mortalité des arbres a subitement augmenté au cours des deux dernières décennies, grimpant de 7,4 à 18,1 millions de m3 de bois perdus chaque année, soit une multiplication par deux et demi, des chiffres accablants, provenant de l’Inventaire forestier national 2026 de l’IGN. Selon ce même rapport, 9 % des arbres dominants sur le territoire présentent des signes d’altération visibles, épicéa, châtaignier et frêne en tête.

De manière générale, le rôle de puits de carbone de nos forêts s’est fortement érodé, enregistrant une baisse de près de 38 % : elles n’ont absorbé que 39 millions de tonnes de CO2 par an entre 2016 et 2024, contre 63 millions sur la période 2005-2013. La France comptant largement sur ses surfaces boisées pour séquestrer ses émissions de gaz à effet de serre qu’elle n’arrive pas à éliminer, la situation est franchement alarmante.

L’ONF, qui ne compte pas la laisser s’empirer davantage, a lancé une nouvelle opération de reboisement, en partenariat avec l’Association d’accueil en agriculture et en artisanat (A4). Depuis le début du mois d’octobre, ses membres récoltent, à la main, des glands dans la forêt domaniale d’Hez-Froidmont, près de Clermont (Oise). Objectif : repeupler les forêts hexagonales avec des arbres capables de résister à ce que le siècle leur réserve.

Des glands triés à la main pour préparer les forêts des siècles prochains

La forêt d’Hez-Froidmont, 2 800 hectares de futaie régulière gérée par l’ONF, abrite un peuplement de 110 hectares de chênes sessiles de Picardie (Quercus petraea) reconnus pour la qualité exceptionnelle de son bois. Depuis le début du mois, douze membres de l’association A4 y ramassent des glands. L’opération doit durer deux semaines, durant lesquelles ils devront en collecter entre 8 000 et 10 000 litres (soit plusieurs dizaines de litres par personne et par jour), sous la supervision de l’ONF.

Un travail patient, puisque tous ne sont pas bons à prendre : certains peuvent être moisis, trop mous, perforés (notamment par le balanin des gland, un charançon parasite qui en raffole), ou arborer une mauvaise couleur. Ils sont donc tous inspectés individuellement par les volontaires.

Comme l’ont relayé nos confrères de France 3, Emmanuel Gavard, référent graines et plants de l’agence ONF à Compiègne, insiste sur la particularité des chênes de cette forêt. « Ces plants-là sont particuliers parce qu’ils ont une qualité génétique, on va dire, hors norme », explique-t-il. « Nous, on cherche à produire du bois d’œuvre, du bois de qualité. On a des bois comme celui qui est à côté de moi où on voit que le fut est relativement droit avec peu de branches. C’est du bois de haute qualité ». Des peuplements semenciers d’élite, qui transmettront un patrimoine génétique très favorable à leurs descendants.

Lorsque la récolte sera terminée, les glands seront séchés pour être mis à germer, étape préalable à leur passage en pépinière puis à leur réintroduction en forêt. Il y a cinq ans, une autre parcelle de la forêt d’Hez-Froidmont avait bénéficié de ces semences ; dominée par des chênes pédonculés (Quercus robur), une espèce plus fragile à la chaleur et à la sécheresse, celle-ci a depuis été revigorée. En plus des glands des chênes sessiles, d’autres essences d’espèces méridionales avaient aidé à son renouvellement.

En gestion forestière, c’est ce qu’on appelle la « migration assistée » : le déplacement artificiel de matériel végétal (graines, plants) pour aider les forêts à s’adapter plus rapidement que la végétation ne le ferait seule. Naturellement, les arbres déplacent leurs aires de répartition vers le nord ou en altitude via la dispersion de leurs graines par le vent ou les animaux. Mais ce processus naturel prend des siècles, et reste bien trop lent face à la rapidité du réchauffement climatique, encore plus en Europe, où il est deux fois plus rapide que le reste du monde.

D’ici cet hiver, environ 30 000 chênes seront ainsi plantés dans la forêt d’Hez-Froidmont. Sachant que l’ONF cherche à les « emmener jusqu’à 180 ans », selon les termes de Julien Lefèvre, responsable de l’unité territoriale ONF Oise Ouest, ces arbres traverseront, s’ils tiennent, la totalité du XXIe siècle et une bonne partie du suivant avant de produire du bois exploitable. C’est le grand objectif de cette campagne : constituer, à partir d’un patrimoine génétique d’exception de ces chênes sessiles picards, le stock de semences qui permettra de remplacer les peuplements condamnés par le climat sur l’ensemble du territoire français.

  • Les forêts françaises souffrent d’un dépérissement alarmant, avec plus de 670 000 hectares affectés depuis 2018.
  • L’ONF lance une campagne de reboisement en récoltant des glands de chênes résistants pour préparer l’avenir des forêts.
  • Environ 30 000 chênes seront plantés d’ici cet hiver pour renforcer la résilience face au changement climatique.

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