Tout un pays qui se retrouve sans électricité, c’est un scénario qu’il est difficile d’envisager, d’autant plus lorsque vous le vivez directement. C’est ce qui m’est arrivé ce lundi 28 avril.
Une panne de prime abord habituelle
Aux alentours de 12h30, alors que je rédige un article, je me rends compte que mon Wi-Fi ne marche plus. Je file rapidement vers ma box, pour réaliser qu’elle est totalement éteinte. Premier réflexe : je tente d’allumer la lumière de mon bureau, en vain. Logiquement, je pense que les plombs ont sauté dans mon appartement situé à Alicante, dans la communauté valencienne.
Pas de bol non plus. Cherchant la cause du problème, j’ouvre ma porte d’entrée et tente d’allumer la lumière du couloir. Là non plus, ça ne marche pas. J’envisage alors une coupure dans l’immeuble, voire dans le quartier, car cela est arrivé il y a quelques mois en raison de travaux, avec un courant rétabli une dizaine de minutes plus tard.
Quelque peu agacée car je ne suis pas en mesure de travailler pendant cette panne, j’écris à mon amie pour lui dire que je n’ai plus d’électricité. Sa réponse me fait prendre conscience d’un problème plus sérieux : « Nous non plus ». Elle travaille à l’autre bout de la ville.
Ampleur inédite
Je m’empresse d’ouvrir X, anciennement Twitter, pour voir si je trouve des informations au sujet d’une panne d’électricité à Alicante. Les témoignages pleuvent sur le réseau social. Tout d’abord, je vois que les villes à proximité, comme Elche, sont également touchées. Mais ce n’est pas tout, loin de là. Madrid, Séville, Cordou, Barcelone, La Corogne, Léon… Le nom de toutes les grandes villes d’Espagne s’enchaînent à côté du hashtag #Apagón (black-out).
C’est à ce moment que je réalise que cette coupure risque de durer bien plus longtemps que prévu. Alors que je souhaitais continuer à travailler en partageant ma connexion 5G avec mon ordinateur, je me ravise avec une idée en tête : économiser la batterie de mon smartphone au maximum. Chose plus facile à dire qu’à faire, et je m’en rends rapidement compte.
Car face à l’ampleur d’un tel événement, on souhaite absolument savoir ce qu’il se passe. D’autant plus dans notre monde hyperconnecté. Je décide, malgré moi, de poser mon téléphone. En plus, j’attends un colis qui était annoncé en cours de livraison, mais le livreur ne pourra pas sonner chez moi : l’interphone ne fonctionne pas.

Les rues se remplissent
J’abandonne l’idée de recevoir mon colis aujourd’hui et décide de m’occuper comme je peux, en lisant par exemple. Problème : j’utilise un e-book, et sa batterie est, elle aussi, bientôt vide. En parallèle, j’entends de plus en plus de personnes dans la rue, beaucoup échangent entre elles au sujet de la panne, et se demandent combien de temps cela va durer.
Je descends également afin de promener mon chien, et remarque que quasiment tous les commerces sont fermés. En plus de ne pas pouvoir accepter les paiements par carte, certains craignent les actes malveillants. Les rues sont pleines de gens qui rentrent du travail, leur entreprise ayant été contrainte de cesser leur activité pour aujourd’hui. De nombreux agents de police sont en outre venus se positionner aux carrefours afin de gérer la circulation, les feux rouges ne fonctionnant plus.
Après cette balade, je retourne chez moi pour déjeuner. Le choix est mince : ni le four, ni les plaques, ni le micro-ondes ne sont utilisables. Je me ravise sur une salade, en espérant que la panne ne va pas s’éterniser : le frigidaire et le congélateur sont remplis.
Aucun lien vers l’extérieur
Au fil de l’après-midi, j’ouvre régulièrement mon iPhone pour voir les nouvelles. Alors que ma batterie continue inexorablement de s’amenuiser, le gouvernement annonce qu’il faudra entre six et dix heures pour rétablir le courant dans l’ensemble du pays. En amont, je constate que la 5G peine à fonctionner, le réseau étant surchargé.
La connexion se dégrade de minute en minute, à tel point que l’icône SOS par satellite apparaît sur mon téléphone. Plus aucun contact avec l’extérieur, et c’est une sensation étrange lorsque l’on passe habituellement l’intégralité de sa journée connecté à Internet depuis plusieurs années. Je prends mon mal en patience et m’occupe comme je peux. Le courant est finalement rétabli aux alentours de 18h30. Le soulagement. En revanche, nous ne récupérons Internet que dans la nuit.
Au final, cette expérience m’a fait prendre conscience de l’extrême dépendance que nous avons à l’électricité, de quoi m’interroger sur ma relation avec la technologie. J’ai eu beaucoup de chance ; lorsque la panne est survenue, je ne me trouvais pas dans un ascenseur ou dans un tramway, métro ou train. Car il est certain que ce fut une aventure traumatisante pour un grand nombre de personnes.
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