Il y a des jeux qui marquent une époque, qui captent l’air du temps et le transforment en phénomène culturel. Il y a 20 ans, en 2005 donc, sur Nintendo DS, le petit artisan japonais réussit un coup de maître avec Nintendogs. Un concept simple, presque naïf sur le papier : élever un chien virtuel, le nourrir, le caresser, jouer avec lui et l’emmener en promenade. Et c’est tout ? Oui, c’est tout. Mais derrière cette idée “mignonne“, c’est une petite révolution ludique qui s’est opérée, et qui a laissé dans la mémoire de toute une génération un parfum de tendresse numérique.
Dans le petit monde du jeu vidéo, les années passent… mais la passion et les souvenirs restent ! Re:Play revient sur les grands classiques de l’Histoire du jeu vidéo. Un petit retour vers le futur passé, à la recherche de votre âme d’enfant ou d’adolescent, celle-là même qui vous a sans doute déjà fait (ou vous fera) prononcer la formule magique “c’était mieux avant”. Et si c’était vrai…? Alors on souffle dans la cartouche, c’est parti pour Re:Play !
Quand on caressait notre Nintendo DS
En fin d’année 2004 (et en mars 2005 chez nous), la Nintendo DS débarque avec son double écran et surtout… son écran tactile. À l’époque, c’était plus qu’une innovation technique : c’était une promesse d’interactions nouvelles. A son lancement, la Nintendo DS peut compter sur certains titres pour mettre en avant ses capacités tactiles, avec notamment Project Rub, Zoo Keeper ou encore Wario Ware Touched, sans oublier Yoshi Touch & Go, Pac Pix et autres Kirby Le Pinceau du Pouvoir quelques semaines plus tard.

Mais Nintendogs a été l’un des premiers jeu à exploiter cette idée avec brio. Fini le joystick ou les boutons : ici, on caressait son chiot du bout du stylet, on lançait un frisbee d’un geste fluide, on donnait la gamelle en “glissant” simplement l’icône dans sa gamelle.

Et puis il y avait le micro. Qui se souvient encore d’avoir répété 15 fois « Rex » ou « Médor » pour que le jeu enregistre correctement le nom du chien ? On pestait un peu… mais une fois que notre compagnon à quatre pattes virtuel venait vraiment quand on l’appelait, la magie opérait.
Lancé au Japon en avril 2005, le jeu est un énorme succès, et permet de booster les ventes d’une Nintendo DS alors un brin moribonde. Du côté du magazine Famitsu, on a même attribué la note suprême de 40/40 au jeu de Nintendo et, contrairement à ce qui était prévu initialement, il est rapidement décidé de décliner Nintendogs aux Etats-Unis et en Europe, où il sera commercialisé respectivement en août 2005 et en octobre de la même année.
Un jeu… ou un animal de compagnie ?
La force de Nintendogs, c’était de brouiller les frontières entre jeu vidéo et animal virtuel. Ce n’était pas juste une suite de mini-jeux, mais une relation qui se construisait jour après jour. On ouvrait la console le matin pour voir si notre chiot avait bien dormi, on le promenait dans la rue virtuelle, on lui faisait faire ses besoins, on le faisait participer à des compétitions de dressage ou de lancer de frisbee, puis on partait travailler (dans la vie réelle).

Cette impression de proximité avec son animal était unique à l’époque, et chaque joueur nourrissait une véritable tendresse envers son compagnon virtuel. En ouvrant sa console au bout de quelques jours, on retrouvait son chien affamé et nécessitant une bonne douche.
Et puis il y avait ce réalisme surprenant pour l’époque : chaque chien avait son tempérament, ses préférences, ses petites manies. Certains réclamaient sans cesse à jouer, d’autres préféraient apprendre des tours. Impossible de ne pas s’attacher.

Côté disponibilité, si Nintendo a un temps envisagé de lancer un jeu par race de chien, la société japonaise opte finalement pour un lancement en trois éditions distinctes, chacune proposant en vedette cinq races de chiens différentes. Cependant, toutes les races peuvent être débloquées au fil de la progression.
Dans les versions occidentales, aux quinze races mises en avant sur les jaquettes s’ajoutent deux races secrètes à découvrir : le Jack Russell et le Dalmatien. Lancé l’année suivante, Nintendogs Dalmatien & ses Amis offrait dans ses choix de départ un dalmatien, mais aussi les chiots les plus populaires des versions précédentes.
Un carton planétaire et un jeu ultra grand public
Au-delà de l’aspect attendrissant, Nintendogs a été un phénomène commercial massif. En Europe, la sortie du jeu a littéralement changé la donne pour Nintendo. Durant les fêtes de fin d’année 2005, les ventes de Nintendo DS ont été multipliées par huit par rapport à l’année précédente. Oui, huit. Le jeu séduit un public beaucoup plus large que celui des gamers traditionnels : enfants, parents, grands-parents… tout le monde voulait son petit chien, si bien que le titre est souvent en rupture de stocks (notamment la version Labrador) dans les boutiques.

À l’échelle mondiale, en seulement 2 ans, Nintendogs s’écoule à plus de 13,5 millions d’exemplaires , toutes versions confondues, alors que le parc de Nintendo DS tutoyait les 43 millions de machines. La simulation canine de Nintendo finit sa carrière à la deuxième place des jeux les plus vendus sur la console (avec environ 24 millions de ventes), derrière New Super Mario Bros. Un succès qui a aussi contribué à faire de la DS l’une des consoles les plus vendues de l’histoire.
Si on se replace dans le contexte, Nintendo avait déjà initié avec la Wii (un an plus tard) une ouverture vers un public plus large. Mais Nintendogs a été l’un des tout premiers à démontrer que le jeu vidéo pouvait parler à tout le monde. Pas besoin de réflexes de pro ou de connaître les combos par cœur : il suffisait d’aimer les animaux… et d’avoir envie de s’amuser. Pour Nintendo, il s’agissait d’aller séduire les “casual gamers”, lesquels n’avaient aucune envie d’une quelconque quête à accomplir, d’un niveau à boucler, de commandes complexes à assimiler…

Le jeu a aussi servi de vitrine pour l’écran tactile et le micro de la DS. Bien avant les smartphones, il montrait qu’on pouvait interagir de façon intuitive avec un appareil électronique, presque comme si on touchait la réalité. A tel point que certains parents ont vu en Nintendogs une alternative parfaite pour leur bambin qui demandaient à avoir un animal de compagnie.
La nostalgie Nintendogs
Aujourd’hui, rejouer à Nintendogs, c’est comme ouvrir un vieux carton rempli de souvenirs d’enfance. On y retrouve nos chiots bien dressés (ou pas), les objets qu’on avait gagnés, et cette petite musique douce qui nous accueillait dès l’écran titre. On se surprend à sourire bêtement en revoyant notre Labrador nous sauter dessus à travers l’écran.
C’est aussi un témoignage d’une époque où Nintendo expérimentait beaucoup, parfois avec des concepts improbables… mais toujours avec cette capacité à créer de l’émotion. Nintendogs n’était pas un jeu d’action, ni un RPG, ni un puzzle-game, c’était une bulle de douceur et de poils.
Alors oui, on a vieilli, on a peut-être troqué la DS pour une Nintendo Switch ou une PS5… mais quelque part, au fond d’un tiroir, il y a encore une cartouche Nintendogs qui nous attend. Et le jour où on la relancera, nul doute que notre petit compagnon nous reconnaîtra immédiatement, tel le bon chienchien qu’il est.
Nintendogs, et après ?
Nintendo a tenté de relancer le concept avec Nintendogs + Cats sur 3DS en 2011, avec Nolwenn et Nagui en guise d’ambassadeurs pour la publicité TV. Sympathique, mais sans l’effet « waouh » de la première fois. Peut-être parce qu’entre-temps, les smartphones et tablettes avaient démocratisé les jeux tactiles, rendant l’expérience moins inédite. Pourtant, vingt ans plus tard, l’empreinte laissée par Nintendogs reste forte.
Au final, Nintendogs n’est pas seulement un jeu culte : c’est un symbole. Celui d’une époque où Nintendo a réussi à séduire aussi bien les passionnés que les néophytes, en misant sur la tendresse et l’interaction. En 2005, il suffisait d’un chiot virtuel et d’un stylet pour que des millions de joueurs tombent amoureux… et pour que la Nintendo DS trouve définitivement sa place dans les foyers.
Certaines cartouches Nintendogs “oubliées” pendant plusieurs années réservent d’ailleurs une surprise : en les relançant, le petit chiot est sans doute toujours là… mais un peu triste (forcément), et couvert de puces. A vous de (re)jouer !
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