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- La fin de Salto est actée
- Elle interviendra courant février 2023, aucun repreneur ne s’étant manifesté
- 3 raisons expliquent ce fiasco
Trop ambitieux, le projet Salto devrait tirer sa révérence dans les jours qui viennent. C’est en tout cas ce que rapporte Le Figaro qui annonce la liquidation judiciaire de la plateforme d’ici peu. Les différents actionnaires (TF1, M6 et France Télévisions) n’ont pas trouvé de repreneur, ce qui signe l’arrêt de mort de la plateforme.
Pas vraiment une surprise puisque la dissolution du « Netflix à la Française » avait déjà été envisagée en janvier 2023 lors d’un Comité social économique (CSE) extraordinaire chez France Télévisions. « La dissolution n’est pas actée, si elle l’est ce ne sera pas devant les instances de France Télévisions mais devant celles de Salto » avait déclaré Antoine Chuzeville, représentant syndical SNF au CSE. Et d’ajouter :
S’il n’y a pas de repreneur dans les jours ou semaines qui viennent, ce sera la dissolution.
À quelques jours de la date butoir, pas de repreneur en vue. Il faut dire que les chiffres de la plateforme ne font pas envie. Avec un Ebitda de -24,4 millions d’euros en 2020 et une perte sèche de 6 millions d’euros par mois (selon l’Informé), le « Netflix à la Française » manque d’arguments.
Salto va donc tirer sa révérence. Les 40 salariés de la plateforme seront replacés dans les trois groupes TF1, M6 et France Télévisions. La fin d’un fiasco prévisible.
Trop tard
« Salto s’arrête parce qu’il a démarré trop tard ». Voilà l’une des raisons invoquées par Christian Valsamidis et Claire Saint Laurent, associés du cabinet Taylor Wessing et spécialisés Médias dans une interview accordée au Télégramme.
Le mauvais timing est en effet l’une des raisons du fiasco de Salto. Lancée en 2019, la plateforme est venue se frotter à des ténors du marché comme Netflix, présents en France depuis 2014. Dans cette industrie, cinq années d’écart sont une éternité.
En cinq ans, Netflix a eu le temps d’entrer dans le quotidien des Français, remplaçant dans certains foyers la traditionnelle soirée TV. Le géant américain a aussi eu le temps d’étoffer son catalogue, de multiplier les créations originales dont certaines développées exclusivement pour le marché français.
Salto est arrivé après la guerre. À son arrivée, le marché comptait déjà bon nombre d’acteurs : OCS, MyCanal ou le géant Prime Video. Symbole de ce mauvais sens du timing : Salto est arrivée en août 2019, quelques mois à peine avant Disney+ autre mastodonte de l’industrie.
Alors forcément, au moment de choisir un abonnement mensuel, difficile de se tourner vers Salto plutôt qu’un géant du streaming. Car, il faut bien l’admettre, le catalogue de Salto n’a pas vraiment de quoi rivaliser.
Catalogue trop pauvre
« Payer chaque mois pour regarder Joséphine Ange Gardien en replay, non merci ». Cette phrase, vous l’avez forcément lue ou entendue quelque part. À raison. Au lancement, Salto ne proposait rien de plus que les programmes diffusés sur les chaînes des groupes TF1, M6 et France Télévisions.
Pas vraiment de quoi rivaliser avec des superproductions comme la Casa de Papel, Stranger Things (pour Netflix), Handmaid’s Tale, Game of Thrones (pour OCS) ou le catalogue très riche de Prime Video. Même MyCanal, riche de ses créations originales, dispose à lui seul d’un catalogue plus séduisant que celui des trois groupes audiovisuel.
Salto a bien tenté quelques coups pour susciter l’intérêt des spectateurs en donnant un accès en avant-première à certains programmes par exemple. Les trois actionnaires se sont ensuite tournés vers le catalogue de The CW (Charmed, Superman et Loïs) pour étoffer le catalogue. Manque de chance, le studio a annulé pas mal de programmes, laissant peu de marge de manoeuvre à Salto pour répondre aux autres plateformes riches de licences fortes (Star Wars et Marvel pour Disney par exemple).
Salto s’est donc résumé à une plateforme de replay et d’accès anticipé à certains programmes des groupes TF1, M6 et France Télévisions. Le tout, pour un tarif bien trop élevé.
Trop cher
Les acteurs de cette industrie le savent : les abonnés aux services de streaming sont très volatiles. Et même après avoir été conquis, il n’est pas impossible qu’ils partent rapidement voir si l’herbe est plus verte ailleurs.
Avec un tarif de 6,99 euros par mois pour un écran par utilisateur, difficile pour Salto de franchir la première étape, celle de la conquête. 6,99 euros, c’était le prix d’un abonnement à Disney+ dont le catalogue est indéniablement plus complet, notamment pour les familles. Surtout, Disney+ propose plusieurs diffusions en simultané ainsi qu’une qualité d’image et de son incomparable (4K HDR Dolby Atmos).
Entre regarder Star Wars en 4K HDR et Camping paradis en Full HD pour le même prix, les spectateurs ont choisi. La proposition de Salto manque tellement de compétitivité que l’on se demande même comment une telle offre a pu être validée.
D’ailleurs, les actionnaires eux-mêmes ont fini par ne plus y croire. Alors que Salto existait toujours, TF1 lançait son propre service de streaming baptisé MYTF1 Max (facturé 2,99 euros par mois). Très vite 6Play Max et GulliMax ont vu le jour pour le groupe M6. Un aveu d’échec dont Salto ne se relèvera jamais.
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Salto s’arrête parce qu’il a démarré trop tard !! typiquement Français comme d’habitude il nous faut toujours des mois voire des années avant de lancer un bidule dans ce pays !!!
N’exagérons pas. On avait lancé le Minitel avant Internet. 😁
Non. Il s’est arrêté parce qu’ils refusent d’admettre to que c’était pauvre en qualité. Pas en contenu. Les programmes originaux avaient un look d’amateurisme, digne de ce qu’il se fait quand tu es au lycée option cinéma audiovisuel.
Vraiment pas d’accord avec cette analyse à l’emporte-pièce et encore moins d’accord avec Me Valsamidis et son associée.
Salto a prouvé qu’une offre de séries françaises sans aucun support marketing attirait près de 1 million de clients réguliers (chiffre quasiment atteint avant qu’on annonce sa mort partout dans la presse).
La plate-forme a pâti de 3 actionnaires qui se font la guerre par ailleurs et qui ont soutenu cette initiative très peu de temps avant de les lâcher dans la pampa.
Les séries françaises sont très suivies sur les antennes et donc avaient un endroit pour être rassemblées. Au lieu de soutenir cette initiative qui aurait du être portée partout sur les boxes opérateur (seul Bouygues l’a intégré), sur les TV connectées, de le doter d’un budget d’acquisition client (marketing), on l’a laisser mourir et les actionnaires ont même été surpris de découvrir l’année dernière que les résultats étaient supérieurs aux attentes!!!
Mais l’arrêt de la fusion TF1-M6, la volonté de FTV de faire sa propre plate-forme en vue des JO 2024 a fait que cette initiative qui représentait une alliance n’avait plus lieu d’être.
C’est donc une décision bien plus politique qu’économique et l’application était intuitive et bien fichue. Il manquait des choses, évidemment, mais elle contentait le plus grand nombre.
Cette plate-forme manquera et les diffuseurs devront investir encore plus fort pour promouvoir leurs plates-formes de marque qui ne vont pas forcément mieux réussir.
Un beau gâchis d’une superbe initiative. Ce n’est pas le timing le coupable, mais bien les décisions mouvantes des actionnaires.
Je ne pense pas que cela soit un problème de timing. Si c’était plus tôt, on aurait dit que le service était trop précurseur. Là on dit que c’est trop tard parce qu’il y a trop de concurrence déjà installé… Je pense personnellement que si le service est de qualité, y’a moyen de faire son trou.
Selon moi, l’erreur a été de ne pas utiliser un service comme Molotov comme base de lancement : l’appli existait déjà, on pouvait regarder la télé partout, les replays aussi. Perso j’adorais. Il y avait une version gratuite et une version premium. Il suffisait de l’étoffer de créations originales, d’événements sportifs avec France TV et on ne perdait pas des sous et de l’énergie à recréer un truc moins bien comme Salto ou encore à dépenser en plateforme individuelle comme TF1, M6 ou France TV. Mais TF1, M6 et France TV ont préféré partir de 0 pour ensuite se diviser. Un résultat trop prévisible et un manque de vision. Normal qu’on n’arrive pas à rivaliser avec des mastodontes bien plus malins.
Les commentaires sont typiquement l’explication de l’échec inévitable de Salto. Salto est à Netflix ce que le Minitel est à Internet: une incapacité française fondamentale à regarder le monde tel qu’il est.
Cela fait plus de 50 ans que, notamment avec Jack Valenti dont le rôle n’a jamais été compris en France, la production américaine ne travaille plus pour une audience nationale mais pour une audience mondiale. Dommage pour la production française.
Avant que les lobbies du cinéma français ne le fassent disparaitre, l’algo de proposition de recherche intelligente dans google, proposait quand on cherchait “cinéma français” la suite “= nul”.
Cela fait longtemps maintenant que les programmes français n’intéresse plus que des catégories très spécifiques de gens, les vieux de plus de 60 ans et ceux qui regardent hanouna et les anges de la réalité. C’est à dire plus grand monde. Il y’a même des articles qui en parle en détails. Il y’a même un producteur qui a dit une fois à durendal qu’ils ne ciblaient plus les jeunes, car ceux-ci refusaient de faire l’effort même de regarder la bande annonce et que donc ce public était perdu, on est même plus dans une volonté de reconquête.
Le streaming n’est pas une affaire de vieux, les vieux ne regardent statistiquement que très peu en streaming, donc si la majorité des jeunes 10-40 ans ont arrêté d’être attiré par les programmes français, il y’a très peu de chance que Salto fasse des scores importants…
A une époque quand j’étais jeune années 80-00, les programmes français de mon point de vue étaient souvent supérieurs, dans le sens qu’il y’avait moins recourt aux même ficelles scénaristiques, par exemple ce type d’impossibilité dans une comédie d’avoir une amitié entre des persos masculins et féminin, finissant toujours en un scénario de comédie de création de couple.
On avait des projets supers qui rivalisaient largement, par exemple on avait eu la mini série Charlemagne, toutes les comédies Canal+ (H, allo 17, blague à part, etc), les séries animées Chris Colorado, Black & Mortimer … Je pourrais proposer au moins 200 titres.
Aujourd’hui y’a quoi ? Arrivé dans les années fin 00-10, ça m’a tellement soulé que j’ai rage quit, comme tout le monde, c’est à peine si j’arrive à voir une bande annonce pour les mêmes raisons d’agacement que tout le monde.
Il y’a bien sûr quelques exception que j’ai noté type lazy company d’ocs et avec les webséries de francetv et d’arte, mais c’est vraiment les rares exceptions…
Les décisionnaires ont rien compris à nos attentes, et comme point ultime qu’ils n’ont rien compris, chez canal+, en dehors de la série H, toutes leurs séries des années 80-00 ont tout détruites, il n’y a plus de possibilités de les voir, ils ont refusé de capitaliser sur leurs productions passées pour ne garder que celles de l’ère récente… Il y’a un acteur de blague à part qui a même dit que dans la direction de canal, que toute cette ère de séries comiques avait finie par être très mal perçue et que c’était considéré comme une honte, raison pour laquelle ils ont tout viré.
Et c’est la même chose très certainement dans les autres acteurs. Du coup si je veux revoir mes anciennes et seules séries bah c’est le stream non légal…
Donc catalogue nul, qui ne comprend même les pépites qu’il y’a pu avoir, pas de prise en compte de nos attentes pour la prod de nouvelles oeuvres, et même pas de recherche de partenariat avec les chaînes de télé anglaises qui ont un catalogue de séries populaires totalement fou (spaced, ghost, blackadder, red dwarf, pleb, etc). On aurait pu avoir un salto européen, ça aurait été plus efficace mais non, on eu ce salto et parait qu’on va en avoir encore d’autres… Mais ça sera toujours pareil, je et nous ne regarderons pas en masse ces trucs… Donc ils feront aussi faillite…
Je ne trouve pas que c’était si nul que çà mais plutôt très limité: bref on en faisait rapidement le tour.
De plus, il manquait un mode offline et d’autres fonctionnalités basiques qu’on s’attend à avoir quand on paye ~10€ / mois.
Donc je ne suis resté que 3 mois.
je pense surtout que la france se montre incapable, a part quelques contre exemple , de produire et de mettre de l argent comme le font les anglais dans des series au potentiel international sans comparer aux usa qui ont une industrie televisuelle ancienne et tres bien financee! Donc effectivement 250 millions d euros par an avec un catalogue pauvre conduisait inevitablement a l echec