Depuis le début du conflit en 2022, l’Ukraine et ses forces armées dépendent fortement des terminaux Starlink pour organiser leurs opérations militaires. Utilisés pour contrôler les drones d’attaque (même si Musk s’y est opposé en 2023), coordonner les frappes d’artillerie, et maintenir la communication entre les unités, le réseau a évité au pays le blackout informationnel.
Une mise sous perfusion satellitaire qui a maintenant un coût : celui de la dépendance technologique. Cette dépendance, l’Europe n’en veut plus et cherche à développer une solution de secours aux communications essentielles pour Kyiv, actuellement sous l’emprise exclusive du réseau du milliardaire sud-africain.
Starlink, un filet de sécurité… qui peut se déchirer à tout moment
Un rapport publié par Reuters au mois de février a jeté un pavé dans la mare diplomatique : « Des négociateurs américains auraient laissé entendre que l’accès de l’Ukraine à Starlink, le réseau satellite d’Elon Musk, pourrait être remis en question si le pays ne facilitait pas l’exploitation de ses ressources minérales stratégiques ». Le sous-sol Ukrainien regorge, en effet, de minerais sur lesquels lorgnent forcément les américains : fer, manganèse, titane, terres rares, etc. Il y a comme un air de déjà-vu qui flotte dans l’air.
Bien que Musk ait formellement démenti ces allégations, l’épisode a mis en lumière les risques inhérents à cette situation de monopole. Cependant, ce démenti ne change rien au problème de fond : la dépendance critique de l’Ukraine (et, par extension, de l’Europe) à un service privé, contrôlé par un entrepreneur aux décisions imprévisibles et politiquement très influent.
Le rôle du milliardaire dans le gouvernement de Trump renforcent par ailleurs les doutes quant à la fiabilité à long terme de ce partenariat. Comment garantir l’indépendance européenne lorsqu’un service aussi vital dépend du seul bon vouloir d’un entrepreneur aux positions politiques affichées et douteuses ?
L’Europe mise sur ses propres champions
L’Union européenne, en constatant son absence d’alternative immédiate, se précipite pour organiser une réponse collective, il n’y a désormais plus le choix. Objectif ? Trouver un remplaçant un Starlink. Pour l’instant, Eutelsat, opérateur franco-britannique, apparaît comme le candidat le plus sérieux. Sa PDG, Eva Berneke, a confirmé auprès de Bloomberg il y a cinq jours que des pourparlers sont en cours avec l’Union européenne pour étendre son service internet à l’Ukraine (voir vidéo ci-dessous). Par conséquent, ses résultats en bourse ont explosé ces derniers jours.
Trois autres entreprises ; Inmarsat (Royaume-Uni), SES (Luxembourg) et Hisdesat (Espagne) ; ont également indiqué au Financial Times participer à des consultations avec les gouvernements et les institutions européennes. Miguel Ángel García Primo, PDG d’Hisdesat, spécialiste des communications satellitaires sécurisées, a précisé avoir été sollicité par plusieurs responsables européens.
La tâche risque d’être ardue ; comment remplacer une entreprise si puissante que Starlink ? La capacité de production et de déploiement de SpaceX est tout simplement phénoménale : elle dispose déjà de 7 000 satellites en orbite basse et 40 000 terminaux sur le sol ukrainien. En face, la concurrence européenne affiche un retard qui paraît insurmontable.
Pourtant, Eva Berneke affiche sa confiance, confiance : Eutelsat, qui possède déjà 2 000 terminaux en Ukraine, pourrait selon elle égaler la capacité de Starlink « probablement en quelques mois ». Ironie du sort : l’entreprise dépend principalement… de SpaceX pour lancer ses satellites.
L’Europe n’a donc plus le choix, elle devra investir dans ses propres lanceurs et infrastructures spatiales si elle veut se défaire de Starlink. La forme finale de ce substitut reste encore à définir : s’agira-t-il d’un consortium d’opérateurs ou d’un acteur unique ? À plus long terme, l’UE mise également sur le projet IRIS², une constellation satellitaire (290 satellites au total) qui lui aura coûté plus de 10 milliards d’euros, prévue pour une mise en service en 2030.
D’autres rumeurs évoquent un autre mystérieux projet baptisé « Bromo », mené conjointement par Thales Alenia Space, Airbus et Leonardo. Pourtant, à ce jour, rien ne permet d’affirmer que l’Europe pourra combler son retard sur Starlink à court terme. Si elle veut réellement garantir son indépendance, elle doit accélérer le développement de ses propres infrastructures et s’affranchir des lenteurs bureaucratiques qui entravent ses ambitions. D’ici 2030, Starlink aura continué d’évoluer, multipliant ses satellites et optimisant son réseau, rendant IRIS² obsolète avant même son lancement. À force de tergiverser, le Vieux Continent risque de rester spectateur de la domination américaine et chinoise dans l’espace, le temps presse, et le naufrage nous guette.
- L’Ukraine s’appuie massivement sur Starlink pour ses communications militaires, exposant ainsi sa souveraineté technologique aux décisions d’un acteur privé aux alliances politiques incertaines.
- Face aux risques liés à ce monopole, l’UE accélère ses discussions avec plusieurs entreprises comme Eutelsat pour sécuriser un réseau de secours, mais le retard est immense face à la domination de SpaceX.
- Les projets européens comme IRIS² ne verront pas le jour avant 2030, alors que Starlink ne cesse de renforcer son avance ; sans une réaction rapide et des investissements stratégiques, l’Europe pourrait rester spectatrice dans la course à l’espace.
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