“Je suis allé sur mon téléphone, j’ai tapé FMovies, et c’est toujours en ligne. Je peux regarder Willy Wonka gratuitement. Pourquoi les fournisseurs de services en ligne ne le bloquent-ils pas tout de suite, dès aujourd’hui ?” Lors d’une session à la Chambre des représentants des États-Unis en décembre dernier, le député démocrate Ted Lieu a fait part des inquiétudes des géants de l’industrie par rapport à ce site qui connaît un succès fou auprès des internautes.
Plus d’audience que Disney+
La popularité de FMovies est telle qu’il figure désormais dans le top 10 des sites américains de streaming et de télévision en ligne établi par SimilarWeb. Avec 190 millions de visites en mars, ce portail illégal devance même Disney+ et Crunchyroll chez l’Oncle Sam. Il convient toutefois de nuancer ce résultat, car l’audience ne prend pas en compte le trafic généré par les applications qui sont désormais très utilisées pour consommer du streaming.
Quoi qu’il en soit, cette réussite agace très fortement les grands pontes de l’industrie du divertissement. Charles Rivkin, le PDG de la Motion Picture Association (MPA), un lobby qui réunit de grands noms tels que Disney, Netflix, Paramount, Sony, Universal, et Warner Bros, s’en est justement ému lors du dernier CinemaCon à Las Vegas.
Ses propos, rapportés par nos confrères de TorrentFreak, ne laissent guère de place au doute. Il demande la mise en place du blocage des sites pirates qui n’est pas encore légal aux États-Unis :
FMovies, l’un des plus grands sites de streaming illégaux au monde, reçoit plus de 160 millions de visites par mois et, comme d’autres pays ont déjà adopté une législation sur le blocage des sites, un tiers de ce trafic provient toujours des États-Unis.
L’expérience française en question
En France, la question ne se pose plus, et le recours au blocage est pratiqué depuis maintenant plusieurs années. Pour ne citer qu’un seul exemple, le Tribunal judiciaire de Paris a rendu une décision le 28 février 2024 qui prévoit le blocage d’une vingtaine de sites permettant du streaming illégal et du téléchargement. Certains d’entre eux sont très connus à l’image de YggTorrent, PapaduStream, ou encore T411.
Le résultat de cette répression reste très discutable. En effet, ces plateformes ont beau être fermées, elles réapparaissent peu de temps après en reprenant une autre URL. On sait aussi que les fraudeurs se tournent vers d’autres modes de diffusion alternatifs et notamment les IPTV. Enfin, même si l’accès aux services illégaux est plus compliqué, il n’est pas certain que le public se tourne davantage vers les offres légales.
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Franchement, avec les tarifs délirants de ces plateformes, désormais (119 € mon abonnement Disney+ pour l’année contre 89 l’année dernière et 69 aux débuts), normal que de plus en plus de monde se tourne vers les sites illégaux.
Il ne faut pas s’étonner que les gens se rebellent quand on les prend pour des vaches à lait.
Il y a 10 ans, 9,90€ par mois chez Netflix permettait d’avoir accès aux meilleures séries et films. Puis sont arrivés Disney+, Prime Video, Paramount, OCS, Apple TV+… avec pour résultat de fragmenter l’offre sur des abonnements differents, ce qui a augmenté le prix. Et maintenant, troisième phase, ces différentes plates-formes ont considérablement augmenté leurs prix, et même Prime Vidéo imposé maintenant de la pub si on ne paye pas un supplément de 1,90€ par mois. Résultat : il y a 10 ans, avec Deezer et Netflix, j’avais complètement arrêté de pirater des contenus. Aujourd’hui, retour à la case départ, j’ai pris une seedbox et un VPN.
La plupart de ceux qui piratent ont pour argument le prix excessif des plates-formes. C’est évidemment assez hypocrite, la très grand majorité d’entre eux auraient piraté autant si les plates-formes étaient deux fois moins chères. Plus personne ne semble aujourd’hui estimer qu’un produit culturel ou un article de presse a la moindre valeur, malgré tout le travail qui est fait en amont et les investissements que cela nécessite. Les plates-formes augmentent leur prix au détriment de ceux qui paient pour compenser le manque à gagner de ceux qui ne payent pas. C’est toutefois un système qui aura ses limites quand les deux ne pourront plus s’équilibrer, le système d’effondrera.
Est-ce que ces mêmes personnes qui piratent prennent le train ou l’avion sans payer sous prétexte que les billets sont trop chers ? Est-ce qu’elles volent dans les supermarchés quand les prix leur paraissent trop élevés ? Bien sûr que non, là elles payent, ou n’achètent pas. Quand on ne peut pas payer, on ne paye pas, du moins c’est comme ça que cela fonctionnait auparavant et tout le monde, y compris les pauvres, trouvaient ça normal mais aujourd’hui tout semble acquis par défaut et il y a un biais sociétal profond dû à l’immatérialité du numérique. Ce n’est pas tangible, donc ça doit être gratuit.
Mais au fond le problème n’est pas que le prix, c’est aussi que les applications illégales sont souvent plus pratiques et plus riches.
Le pire étant ceux qui choisissent de s’abonner et donc de payer des IPTV en préférant fermer les yeux sur le fait que cet argent alimentent des réseaux maffieux et qui vont pleurer quand ces mêmes réseaux leur enverront un ransomware.