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Un ennemi invisible nuit aux bébés dès leur naissance : que nous dit la science ?

Les données scientifiques sont formelles : il est temps d’agir.

Le plomb (Pb) est un métal lourd, présent naturellement dans l’environnement, notamment dans la croûte terrestre. Non-biodégradable, comme les PFAS, il est extrêmement persistant dans l’environnement et ses propriétés neurotoxiques sont très bien documentées. Il s’accumule également dans l’organisme et traverse aisément la barrière placentaire ainsi que la barrière hémato-encéphalique (« filtre » qui protège le cerveau) et peut stagner pendant des décennies dans le corps des êtres vivants.

Les effets néfastes du plomb sur le développement cognitif et comportemental des enfants ont fait l’objet de nombreuses publications scientifiques. Toutefois, ses conséquences directes sur la mortalité des nouveau-nés restaient jusqu’à présent peu explorées, particulièrement dans les pays disposant de systèmes de soins médicaux modernes. Une équipe pluridisciplinaire réunissant des chercheurs de l’Université Carnegie Mellon, du Boston College et de l’Université du Hunan s’est penchée sur cette thématique précise et a publié en février dernier le papier suivant : The Hidden Toll of Airborne Lead: Infant Mortality Impacts of Industrial Lead Pollution. Disponibles à la lecture sur cette page, les résultats de leur étude font froid dans le dos.

Un poison présent dans l’air des villes

Pour parvenir à leurs conclusions, les chercheurs ont croisé quatre bases de données. L’inventaire des rejets toxiques américain (TRI), regroupant des informations sur plus de 650 substances chimiques, les données des stations de surveillance de qualité de l’air de l’Agence de protection environnementale (EPA), les données météorologiques du Centre national d’information environnementale et les statistiques de santé infantile issues du système national des statistiques vitales.

Une approche assez originale, puisqu’elle a permis d’identifier un effet causal du plomb sur la mortalité infantile, obtenue par l’analyse des variations annuelles des émissions de plomb combinées aux données de vitesse du vent à proximité des installations industrielles émettrices. Grâce à cette méthode, il a été possible de déterminer avec précision les concentrations locales de plomb dans l’atmosphère.

L’étude a porté sur un échantillon géographique de 127 comtés américains présentant des caractéristiques spécifiques : présence d’installations industrielles émettant du plomb dans un rayon de 3,2 km des stations de surveillance du plomb de l’EPA et dans un rayon de 16 km d’une station météorologique mesurant la vitesse du vent.

Karen Clay, professeure d’économie et de politique publique au Heinz College of Information Systems and Public Policy de Carnegie Mellon, qui a dirigé cette étude, explique : « Bien que de nombreuses recherches aient examiné les effets néfastes du plomb sur les résultats cognitifs et comportementaux des enfants, peu ont analysé l’effet de l’exposition au plomb sur la santé des nourrissons. Nous en savons donc peu sur l’étendue des dommages causés à la santé des bébés par le plomb atmosphérique dans des contextes bénéficiant de soins médicaux modernes et à des niveaux d’exposition actuels ».

Après avoir croisé ces données, les chercheurs ont réussi à établir une corrélation statistique assez forte entre, d’un côté, des concentrations de plomb atmosphériques importantes et de l’autre, une mortalité infantile plus élevée. Plus il y a de plomb saturant l’air (particules, vapeur ou gaz), plus la mortalité augmente, tant dans le premier mois que durant la première année de vie.

Quatre voies toxicologiques ont été identifiées dans cette relation plomb/mortalité infantile. Premièrement, la toxicité développementale pendant la gestation joue un rôle fondamental : le plomb, traversant la barrière placentaire, expose directement le fœtus en développement à ses effets délétères. Il perturbe l’organogenèse (processus de formation des organes) et altère la maturation des tissus embryonnaires, particulièrement lors des phases critiques du développement prénatal.

Deuxièmement, le plomb provoque une perturbation des processus neurologiques essentiels chez le nouveau-né. En interférant dans ceux-ci, il compromet la synaptogenèse (processus de formation des synapses, les connexions entre les neurones) et la myélinisation (processus de formation de la gaine de myéline, une enveloppe protectrice des neurones), indispensables au développement cérébral postnatal précoce.

Troisièmement, l’exposition au plomb entraîne une altération du développement pulmonaire. Cette dysfonction augmente le risque de complications respiratoires, fragilisant particulièrement les nouveau-nés déjà vulnérables par leur immaturité pulmonaire physiologique.

Enfin, il interfère avec le contrôle neural du rythme cardiaque et de la respiration par le tronc cérébral, mécanisme potentiellement impliqué dans les syndromes de mort subite du nourrisson.

L’équation économique de la vie infantile : quand réduire le plomb devient rentable

Même si cela peut apparaître un peu surprenant, les chercheurs ont également introduit un volet économique dans leur analyse, en transformant les statistiques de mortalité en valeur monétaire quantifiable. La protection des enfants revêt bien entendu un impératif moral indiscutable et ne pas s’y astreindre coûte très cher. Et on parle bien là d’argent sonnant et trébuchant.

Edson Severnini du Boston College, détaille : « Des estimations rapides montrent que la réduction des émissions diffuses de plomb a probablement évité entre 34 et 59 décès de nourrissons par an, ce qui représente un gain économique annuel de 380 à 670 millions de dollars ».

Transformer les statistiques de mortalité en valeur monétaire peut sembler très froid, voire immoral, mais cela permet de donner une dimension concrète aux enjeux de santé publique. C’est typiquement ce genre de données économiques qui peuvent faire pencher l’opinion des décideurs politiques dans le bon sens. Il est bien triste d’en arriver là, mais aujourd’hui, il faut montrer que la prévention est un investissement rentable.

Pourtant, nous sommes loin, très loin même, d’un monde sans plomb. Xiao Wang, professeur assistant d’économie et de commerce à l’Université du Hunan, co-auteur de l’étude nous le rappelle : « Aux États-Unis, les entreprises industrielles et le secteur de l’aviation continuent de rejeter des centaines de tonnes de plomb dans l’atmosphère », avant d’ajouter : « Nos nouvelles estimations peuvent orienter les investissements vers la réduction des émissions de plomb dans l’air et la dépollution des sols ».

Il ne faut toutefois pas se leurrer, la réponse institutionnelle à ces découvertes, aussi inédites et importantes soient-elles, demeurera prévisiblement tiède. Malgré l’accumulation de preuves scientifiques, l’histoire nous a toujours montré que les intérêts économiques à court terme continueront probablement de prévaloir sur la protection sanitaire infantile. Les réglementations environnementales suivent toujours le même parcours tortueux : contestation par les industries concernées, dilution par les législateurs sous l’influence des lobbies et application fragmentaire à travers un patchwork de juridictions aux moyens inégaux. La science peut quantifier avec précision les décès évitables, mais la transformation de ces données en politique publique efficace reste malheureusement tributaire d’une volonté politique chroniquement déficiente face à ce genre d’enjeu.

  • La pollution au plomb, issue des rejets industriels, impacte directement la santé des nouveau-nés, en augmentant la mortalité infantile dès les premières semaines de vie.
  • Le plomb traverse facilement la barrière placentaire et affecte le développement cérébral, pulmonaire et cardiaque des nourrissons, exposant les plus fragiles à des complications sévères.
  • Malgré les preuves scientifiques et les bénéfices économiques d’une réduction des émissions, les industries et les décisions politiques peinent à mettre en place des mesures efficaces pour limiter cette exposition toxique.

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Par : Gouvernement français
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