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“Un secret bien gardé” : pendant 10 ans, l’Etat a diffusé 37,5 millions de cette fausse monnaie sans que personne ne s’en aperçoive

Pendant 10 ans, l’Etat français a diffusé une fausse monnaie avec la complicité de la Banque de France, sans que personne ne s’en aperçoive. Retour sur cette folle histoire financière digne des plus grands films d’espionnage.

C’était l’un des secrets les mieux gardés de la Ve République. Entre 1951 et 1960, l’État français s’est livré à une opération de faux-monnayage à grande échelle, avec la complicité de la Banque de France. Une découverte stupéfiante, mise au jour par Yannick Colleu, expert en métaux précieux, qui a déterré ce scandale en fouillant dans les archives de la vénérable institution.

L’histoire commence en 1951, dans une France exsangue qui peine à se relever de la Seconde Guerre mondiale. Les réserves d’or du pays ont fondu comme neige au soleil, utilisées pour financer l’effort de guerre. Le pays est alors contraint de maintenir la parité avec le dollar, seule devise convertible en or depuis les accords de Bretton Woods de 1945.

Face à cette situation critique, le ministre des Finances de l’époque trouve une solution audacieuse mais illégale : faire frapper des copies parfaites des pièces de 20 francs “coq” qui circulaient entre 1907 et 1914. Ces pièces, pourtant officiellement démonétisées depuis 1926, sont remises en circulation dans le plus grand secret.

Une opération secrète historique

L’opération est menée avec une discrétion remarquable. Pas de décret officiel, pas de mention dans les rapports annuels de l’Administration des Monnaies et Médailles. Juste une simple lettre du gouverneur de la Banque de France, qui se décharge habilement sur son prédécesseur en lui attribuant l’initiative.

Au total, ce sont 37,5 millions de ces “vraies fausses” pièces qui sont injectées dans l’économie française. Mais la supercherie ne tarde pas à éveiller les soupçons. Les professionnels commencent à s’interroger sur la brillance inhabituelle de ces pièces flambant neuves qui portent pourtant des dates de frappe anciennes.

Plus troublant encore, ces copies présentaient une teneur en or légèrement inférieure au titre officiel : 897,3 millièmes au lieu des 900 millièmes réglementaires. Une différence subtile qui a permis à l’État d’économiser pas moins de 654 kg d’or fin sur l’ensemble de l’opération.

Aujourd’hui encore, ces pièces continuent de circuler et posent un véritable casse-tête fiscal. Techniquement considérées comme des “jetons” plutôt que comme de véritables monnaies, elles devraient être exonérées jusqu’à 5 000 euros à la revente. Pourtant, le fisc persiste à leur appliquer la même taxation de 11,5% que les pièces authentiques.

La Banque de France, de son côté, maintient sa position : ces pièces étaient reconnues comme des monnaies officielles jusqu’en 1973, au même titre que les véritables napoléons.

  • Entre 1951 et 1960, l’État français a secrètement fait frapper 37,5 millions de fausses pièces d’or
  • Ces copies contenaient moins d’or que les originales, permettant d’économiser 654 kg d’or fin
  • Ces pièces sont toujours en circulation aujourd’hui et font l’objet d’une controverse fiscale

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