Donald Trump a dû bien dormir dans la nuit du 4 au 5 septembre, après le dîner organisé à la Maison Blanche. Le Président Américain recevait les géants de la Silicon Valley pour parler intelligence artificielle. À table, Mark Zuckerberg (Meta), Tim Cook (Apple), Sundar Pichai (Google), Satya Nadella (Microsoft), Sam Altman (OpenAI- et bien d’autres patrons de la Tech sont venus rendre hommage à Donald Trump. L’emploi du mot “hommage” est presque un euphémisme au regard des éloges faites au Président américain.
Ce rassemblement (le plus spectaculaire depuis l’investiture du président républicain en janvier), symbolise une forme de ralliement encore jamais vue auparavant entre les géants du numérique et une administration qu’ils hésitaient autrefois à fréquenter.
Les vidéos capturées par les médias américains sont même embarrassantes. Tim Cook remercie le président « pour l’aide apportée aux entreprises américaines », Sundar Pichai rappelle l’engagement de Google à investir « des centaines de milliards dans les infrastructures d’intelligence artificielle », Sam Altman (OpenAI) et Bill Gates saluent à leur tour le climat « pro-innovation » vanté par la Maison Blanche.
Donald Trump s’est même permis d’interpeller Mark Zuckerberg sur les intentions d’investissement de Meta aux États-Unis. Pris de court, le patron de Meta lâche : « au moins 600 milliards », avant de s’excuser, micro ouvert, pour n’avoir « pas su quel montant le président attendait ».
On vous épargne les louanges à l’égard de Donald Trump, dont la politique pro-business séduit, alors même que la Silicon Valley était historiquement alliée aux démocrates, notamment pour ses valeurs de tolérance et d’ouverture.
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Opportunisme crasse
L’ambiance tranche radicalement avec 2016, date de la première élection de Donald Trump. À l’époque, la Silicon Valley abordait ce mandat avec suspicion et crispation, mais la flambée des enquêtes antitrust et les menaces de régulation sous Joe Biden ont fini de convaincre les géants de la Tech qu’il valait mieux, pour préserver leurs intérêts, se rapprocher du locataire du Bureau ovale. Les visages fermés des débuts se sont transformés en sourires calculés.
Ce retournement de veste est purement et simplement opportuniste. Les procédures judiciaires contre Google, Apple, Meta ou Microsoft, enclenchées sous Joe Biden et poursuivies sous Donald Trump, continuent d’alimenter une hostilité à l’égard de la Big Tech. Andrew Ferguson (FTC) et Gail Slater (DOJ), nommés par Donald Trump mais connus pour leur sévérité envers les abus de position dominante, promettent de maintenir la pression sur les monopoles de la Tech. Les menaces de démantèlement, notamment pour les activités publicitaires de Google ou l’écosystème de Meta, sont loin d’être des postures politiques.
Cet opportunisme s’explique aussi par la volonté de s’attirer les faveurs d’un pouvoir capable de favoriser, ou à l’inverse de freiner, l’expansion de la Tech. La Maison Blanche a déjà promis de lever tous les freins réglementaires, y compris environnementaux, pour permettre l’expansion rapide des data centers nécessaires à l’IA. Mais la Silicon Valley reste suspendue aux humeurs d’une administration versatile, capable de retourner ses alliances selon ses intérêts électoraux.
Au-delà des grandes annonces, ce rapprochement vise également à peser face à la concurrence internationale et aux velléités réglementaires européennes. Les dirigeants espèrent de Donald Trump un appui face à Bruxelles, où les amendes records pour entrave à la concurrence ou pour violations de la vie privée menacent leurs profits. Mark Zuckerberg n’a d’ailleurs pas hésité à solliciter publiquement l’aide de Trump contre l’Europe, signe que la Tech américaine mise désormais ouvertement sur ses alliés à Washington pour défendre ses intérêts mondiaux.
Seul grand absent de ce ridicule spectacle : Elon Musk. Autrefois proche allié du président (il a même largement participé à son élection), le patron de Tesla et SpaceX a brillé par son absence, suite à une querelle personnelle et à son opposition sur les dépenses fédérales. Autre grand absent, Jensen Huang, patron de Nvidia, qui a préféré se tenir à l’écart de toute mise en scène politico-médiatique.
- Les plus grands patrons de la Tech américaine ont publiquement fait les louanges de Donald Trump lors d’un dîner à la Maison Blanche.
- Derrière ces sourires se cachent opportunisme politique, craintes de régulation et de sanctions judiciaires, ainsi que des intérêts financiers colossaux.
- La situation reste tendue entre la Silicon Valley et la Maison Blanche : les enquêtes antitrust continuent de pleuvoir.
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