L’université d’Aix-Marseille fait parler d’elle à l’international depuis la publication dans la revue scientifique Viruses des résultats de recherche du chercheur et professeur Jean-Michel Claverie. Avec sa compagne, ses équipes et le programme du CNRS, ils ont découvert sous les terres de Sibérie de nouveaux échantillons de “virus zombie”, des agents infectieux restés enfermés depuis des milliers d’années et conservés par les températures négatives. L’un d’eux a 48 500 ans et pourrait s’avérer très dangereux pour l’humain. Il fait partie de la famille des “virus géants”.
Les souches ont été prélevées dans un lac souterrain, à plus de 16 mètres de profondeur – d’où le terme de “paléovirologie” pour parler de ces recherches. Les équipes ont pu prélever plusieurs échantillons depuis un bateau, en remontant des cylindres de terre comprenant en partie sur des restants de mammouths (son estomac et son pelage). On pourrait croire que malgré tout, ces virus seraient morts, mais les recherches montrent bien que certains d’entre eux ne le sont pas.
Les risques sont bien évidemment que le réchauffement climatique viennelibérer ces agents avec la fonte des glaces.
Et pour cause… le pergélisol, cette couche gelée de cryosol présente dans les sols des régions froides, connaît une hausse des températures jusqu’à quatre fois plus rapide que le reste de la planète. Un environnement où les “virus zombies” dont les plusieurs familles de virus “géants” étudiés par les chercheurs français sont plus facilement conservés – par les températures, l’absence de lumière et d’oxygène. “Nous voyons les traces de beaucoup, beaucoup, beaucoup d’autres virus”, alertait Jean-Michel Claverie.

Les preuves de leur vivant
Le travail du chercheur à l’université Aix-Marseille n’est pas seulement de partir à la chasse de ces virus. De retour en laboratoire, il les confrontent à des cellules d’amide pour en mesurer leur danger d’infection. Il n’y a plus de doutes : de nombreuses souches sont loin d’être mortes. En 2016 d’ailleurs, plusieurs Sibériens et des troupeaux de rennes avaient été touchés par une épidémie nouvelle, liée à un virus ressorti de terre par un été particulièrement chaud entre juillet et août.
Il est aisé de comprendre pourquoi le milieu scientifique ne prend pas à la légère ces virus situés à des milliers de kilomètres de leur laboratoire et sous la terre. Notre défense immunitaire étant essentiellement bâtie sur l’environnement microbiologique qui nous entoure, une souche qui n’a jamais été en contact avec l’être humain depuis des milliers d’années ne peut qu’avoir des effets désastreux. Les mutations de virus, de l’animal à l’Homme, ont démontré les limites de notre corps pour se défendre. Et d’après l’institut de Microbiologie de la Méditerranée, les virus géants possèderaient des gênes totalement inconnus.
Se sentir à l’abris de ces virus zombies sortant de terre est aussi une fausse idée. Ils ne sont pas si loin, si l’on prend en considération que le pergélisol couvre pas moins d’un cinquième des sols du monde, particulièrement dans les hautes latitudes (90 % du Groenland, 80 % de l’Alaska, 50 % du Canada et de la Russie). Il figure aussi comme une vraie bombe à retardement tant il héberge en son sein l’équivalent de 1 500 milliards de tonnes de gaz à effet de serre – deux fois plus que dans l’atmosphère. Alors oui, le risque est partout.
D’où l’importance “d’être proactif et pas seulement réactif”, disait à CNN la chercheuse de l’Université d’Umea en Suède Birgitta Evengård. “Et la façon de combattre la peur est d’avoir des connaissances”, ajoutait-elle.
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