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Réseaux sociaux

USA : entre réseaux sociaux et plateformes privées, ces milices se préparent à la guerre civile

Certains groupes paramilitaires se tiennent prêt à intervenir le jour de l’élection présidentielle américaine. Récemment évincés de Facebook, ils ont rapidement trouvé de nouveaux canaux de communication.

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Oath Keepers
Les Oath Keepers lors d'une manifestation d'extrême droite à Charlottesville en 2017. © Wikimedia Commons

« Quand j’ai prêté serment il y a vingt-deux mois, je savais que ce travail pouvait être difficile. Mais pour être honnête, je n’avais jamais imaginé une chose pareille ». Gretchen Whitmer, la gouverneure démocrate du Michigan, a eu du mal à cacher sa stupéfaction le 8 octobre dernier à la suite de l’arrestation par le FBI de treize personnes liées à un groupe d’extrême droite. Six de ces conspirateurs avaient prévu de la kidnapper puis de la juger pour « trahison ».

C’est en épluchant Facebook que la police fédérale a pu repérer ces miliciens qui appellent depuis plusieurs mois à renverser par la violence les autorités de l’État de la Rust Belt. Ils reprochent justement à Gretchen Whitmer, les mesures mises en place pour contrer l’expansion du covid-19.

Le message de Donald Trump appliqué au pied de la lettre

On pourrait penser que cette histoire n’est qu’un fait divers isolé mais il n’en est rien. Beaucoup craignent en effet que les élections du 3 novembre ne permettent à des milices de rentrer en action. Le rôle des géants du web face à ces dernières est assez complexe. Ils sont en effet tentés de sévir en coupant leurs moyens de communication, mais les forces de l’ordre leur demandent aussi de laisser ces utilisateurs s’exprimer afin d’aider les enquêtes et de fournir des éléments de preuve. Entre leurs opérations séductions sur les réseaux sociaux et la clandestinité, ces groupes s’organisent et se tiennent prêts à agir le moment venu.

Tout est parti d’un signal envoyé par Donald Trump. À l’occasion du premier débat télévisé du 29 septembre, le président a été interrogé pour savoir s’il allait appeler ses électeurs au calme le jour du vote. Sa réponse a été pour le moins ambiguë : « J’exhorte mes partisans à se rendre aux urnes et à regarder très attentivement, ce qui va se passer ». Le républicain sous-entend ainsi que les démocrates pourraient tricher lors du scrutin, des propos qu’il a par la suite réitérés.

Il n’en fallait pas plus pour motiver les nombreux groupes paramilitaires que comptent les États-Unis. Cette crainte n’a rien d’une lubie de commentateurs politiques mais elle s’appuie sur des faits. Depuis cet été, les ventes d’armes explosent aux États-Unis. Dans le même temps, le pays est en proie à des tensions raciales croissantes et à des affrontements entre militants d’extrême droite et de gauche radicale.

L’ampleur de ce phénomène reste toutefois difficile à évaluer mais il serait loin d’être négligeable. Le New York Times estime à 20 000 le nombre de miliciens actifs aux USA dans environ 300 groupes.

« La possibilité que des factions armées munies de fusils de type militaire se présentent aux bureaux de vote est très troublante », explique au Guardian, Steven Gardiner, un spécialiste des groupes paramilitaires au Political Research Associates.

Cette ambiance délétère se reflète aussi sur les réseaux sociaux où beaucoup se préparent déjà pour le 3 novembre. C’est par exemple le cas dans le Montana, territoire connu pour abriter de nombreux miliciens, où ces organisations retweetent abondamment les messages de Donald Trump sur la fraude électorale. Sur Facebook, les réseaux extrémistes commencent aussi à s’organiser pour être prêt le jour J à vérifier que le vote se déroule sans triche, comme l’a demandé le président américain.

« Nos hommes seront déployés à l’extérieur des bureaux de vote »

Dans une étude, l’Armed Conflict Location and Event Data Project (ACLED) s’est associée au groupe de recherche MilitiaWatch pour tenter de repérer les zones les plus à risques. Les États de la Géorgie, du Michigan, de la Pennsylvanie, du Wisconsin et de l’Oregon seraient particulièrement concernés. Les auteurs évoquent un niveau de tension très élevé dans les discussions en ligne. Ils parlent aussi d’une anticipation de la violence assez nouvelle, comme si ces groupes se préparaient à l’inévitable.

Il arrive par ailleurs que ces derniers échangent dans la vraie vie et cela a notamment été le cas en Géorgie récemment où des groupes paramilitaires se sont réunis en compagnie de militants complotistes. Le covid-19 a réuni ces deux factions qui s’opposent aux mesures coercitives décidées par les États pour contrer l’expansion de la maladie.

Lors de ce rendez-vous, les discussions tournaient déjà autour de l’élection présidentielle. Pour l’occasion, Stewart Rhodes, qui dirige les Oath Keepers, une organisation qui comprendrait 25 000 membres et dont les deux tiers sont d’anciens militaires ou policiers, n’y est pas allé par quatre chemins :

Nos hommes seront déployés à l’extérieur des bureaux de vote pour nous assurer que vous serez protégés, en particulier dans les swing states.

L’idée d’une possible guerre civile est aussi bien ancrée dans les imaginaires. Dans le camp d’en face, la violence devient aussi parfois un mode d’action. L’armement de plus en plus conséquent des organisations antifascistes et de la gauche radicale inquiète. Si leurs adversaires deviennent omniprésents, ces derniers pourraient ainsi être tentés de réagir de manière violente.

« Êtes-vous prêt pour la guerre civile le 4 novembre ? »

Dans ce contexte tumultueux, les réseaux sociaux sont sommés d’agir pour éviter une catastrophe. Facebook a ainsi supprimé un nombre conséquent de groupes extrémistes qui se servaient de la plateforme pour recruter de nouveaux membres. Le cas de People’s Rights est à cet égard très révélateur.

Ammon Bundy, un activiste d’extrême droite bien connu outre-atlantique, a annoncé en mars dernier le lancement de ce réseau. Opposé aux restrictions mises en place par des gouverneurs partout aux États-Unis, il a indiqué vouloir « défendre » les citoyens face à la « tyrannie ». Il s’est aussi engagé à déployer ses camarades patriotes si quelqu’un recevait une pression de la part des autorités.

« J’amènerai autant de personnes que possible. Nous formerons une défense juridique pour vous, une défense politique pour vous, et nous fournirons également, si nécessaire, une défense physique pour vous, afin que vous puissiez continuer à exercer vos droits », précisait-il alors.

Certains dirigeants de People’s Right voient déjà plus loin à l’image de Tony Pellegrino qui demandait le 18 septembre dernier dans un publication Facebook aujourd’hui retirée : « Êtes-vous prêt pour la guerre civile le 4 novembre ? »

En quelques mois à peine, People’s Rights est devenue une organisation tentaculaire comprenant des milliers de sympathisants. Très bien structurée, elle a su tirer profit des réseaux sociaux, sans en être trop dépendante. Sa communication basée sur la protection des familles et des enfants fait mouche auprès des femmes. L’organisation leur confie d’ailleurs de nombreux postes de responsabilité.

L’Institute for Research and Education on Human Rights (IREHR) a longuement enquêté à son sujet. Elle s’est tout d’abord rapidement développée sur Facebook en capitalisant sur l’aura des factions d’extrême droite déjà actives. Le premier groupe privé de People’s Rights voit ensuite le jour en avril dernier, tandis que d’autres ont été créés en juin. En tout, plus d’un vingtaines de zones sont quadrillées comprenant Washington, l’Idaho, l’Oregon, le Montana, le Missouri, ou encore le Nebraska.

Cette activité a fini par attirer l’attention de Facebook qui a depuis supprimé la plupart de ces pages.  Cette réaction avait été anticipée par les dirigeants de l’organisation. Petit à petit, ils ont choisi de s’éloigner du réseau social et d’utiliser une voie plus directe par le biais des SMS.

Une équation très délicate à résoudre pour les grandes plateformes

Concrètement, ils ont recours à un outil qui permet de rentrer directement en contact avec les membres. Ainsi, les utilisateurs saisissent leur numéro de téléphone portable sur le site web de People’s Rights et reçoivent des informations. L’ensemble du processus est automatisé, et tous les adhérents d’une zone spécifique peuvent être contactés par un dirigeant local en quelques secondes seulement.

Ammon Bundy peut aussi choisir de s’adresser directement aux sympathisants sur l’ensemble du territoire en se passant totalement des grandes plateformes. Ce dernier a même annoncé en septembre que People’s right allait construire son propre réseau social pour éviter la censure.

Certains groupes paramilitaires n’ont pas aussi bien anticipé leur éviction de Facebook. Ils ont dû réagir dans l’urgence et se sont orientés vers des sites bien plus tolérants à l’égard de leurs débordements. C’est par exemple le cas de Gab et 4Chan.

Il y a donc ici un vrai paradoxe difficile à résoudre pour Facebook et les autres géants du web. En coupant leurs canaux de communication, ils gênent le mode de recrutement de ces groupes extrémistes et les privent d’un puissant moyen de propagande. Pour autant, cela n’empêche pas ces derniers de rester déterminés à agir, tout en créant de nouveaux lieux d’échanges.

Facebook
Par : Facebook, Inc.
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