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Une version modifiée du LSD pourrait « réparer » le cerveau sans provoquer d’hallucinations

Il lui fallait juste un nouveau design moléculaire.

Découvert en 1938 par Albert Hoffmann par accident, le LSD (acide lysergique diéthylamide) est devenu le symbole des années hippies et presque synonyme même de l’expression « substance psychédélique » tant son influence culturelle fut considérable. Le LSD est une substance hallucinogène extrêmement puissante (active à partir de quelques µg seulement), agissant principalement en stimulant certains de nos récepteurs de la sérotonine dans le cerveau, notamment le 5-HT2A, impliqué dans la perception, l’humeur et la cognition. C’est cette activation qui, dans certaines conditions, provoque des altérations de la réalité, plus simplement appelés « hallucinations ».

C’est cette même activation qui stimule aussi la croissance et la résilience neuronale. Que se passerait-il si l’on pouvait conserver ces effets positifs sur notre organe cérébral tout en éliminant les visions psychédéliques ? C’est exactement ce qu’a tenté une équipe de chimistes et neuroscientifiques de l’Université de Californie (Davis) en modifiant la structure moléculaire du LSD, avec succès. Leur étude a été publiée le 27 février dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences.

Un LSD sans trip, mais pas sans effet

Ce nouveau composé s’appelle (+)-JRT. Pour le concevoir, les chercheurs ont déplacé deux groupes fonctionnels (petites structures chimiques qui influencent la manière dont une molécule interagit avec ses cibles) dans la structure du LSD, en opérant une modification dite chirale (un changement d’orientation dans l’espace de la molécule).

Au lieu de se stabiliser dans le récepteur 5-HT2A de la même manière que le LSD classique, le (+)-JRT forme des interactions plus faibles (notamment des ponts hydrogène différents), ce qui limite l’activation des circuits associés aux hallucinations. En revanche, il continue d’activer les voies liées à la plasticité neuronale ; c’est-à-dire la capacité du cerveau à créer ou renforcer ses connexions, en particulier après un stress ou un traumatisme.

Il n’a été testé, pour le moment, que sur des souris, mais chez celles-ci, le (+)-JRT favorisé la croissance des épines dendritiques (petites excroissances à la surface des neurones qui reçoivent les signaux d’autres cellules) dans le cortex préfrontal, même après une exposition prolongée au stress.

Il a aussi amélioré des comportements associés à la dépression, à la perte de motivation et aux troubles cognitifs, des symptômes fréquents que l’on retrouve dans certaines formes résistantes de la schizophrénie. Contrairement au LSD, il n’a provoqué aucun signe proche de la psychose chez les animaux, ce qui signifie qu’il peut donc agir sur le cerveau sans perturber la perception.

De futurs traitements plus tolérables ?

De nos jours, les personnes atteintes de schizophrénie sont majoritairement traitées avec des antipsychotiques (AP), des substances, elles aussi, très puissantes, qui leur permettent de mener une vie fonctionnelle. Elles réduisent les symptômes les plus visibles et handicapants (hallucinations, délires) en bloquant les récepteurs de la dopamine ou de l’histamine. Si elles sont très efficaces, leur usage quotidien provoque des effets indésirables très lourds : prise de poids, fatigue permanente, manque de réactivité émotionnelle et troubles moteurs.

A contrario de celles-ci, le (+)-JRT semble s’attaquer à la racine du problème en favorisant la création de nouvelles connexions entre les neurones. Particulièrement ceux situés dans des zones essentielles, comme le cortex préfrontal, là où les circuits sont souvent altérés dans les troubles psychiatriques graves. Cela, sans bloquer les récepteurs précédemment cités, ce qui ne provoque aucun effet secondaire de la sorte.

Pour les chercheurs, cette molécule pourrait faire partie d’une nouvelle génération de traitements, baptisés « psychoplastogènes non hallucinogènes » : des composés capables de soutenir la régénération cérébrale, sans plonger les patients dans des états modifiés de conscience. Bien sûr, rien n’est encore joué, les essais cliniques sur des humains n’ayant pas débuté, il faudra que le (+)-JRT fasse aussi ses preuves avant d’envisager une éventuelle application thérapeutique.

Autre obstacle qu’il faudra surmonter : la résistance probable des acteurs dominants de l’industrie pharmaceutique, qui ne voient jamais l’émergence de telles molécules d’un bon œil. Le (+)-JRT repose sur une substance au statut déjà très controversé, difficile à breveter, et qui ne s’inscrit ni dans la logique des traitements chroniques, ni dans celle des innovations propriétaires à forte rentabilité. Ce secteur reste encore largement influencé par les lobbies et les logiques d’investissement à retour rapide ; une molécule à bas coût, à action profonde, mais ponctuelle, a donc peu de chance de séduire s’il n’y a pas pression publique ou de volonté politique pour l’accompagner. Tant que les financements de la recherche restent orientés vers la rentabilité plutôt que l’utilité clinique, le (+)-JRT risque bien de rester coincé entre les quatre murs de son laboratoire : en plus d’être utile, il faut qu’il soit monétisable sans empiéter sur les rendements colossaux des laboratoires à l’origine des traitements conventionnels.

  • Des chercheurs ont modifié la structure du LSD pour créer un composé qui stimule la réparation cérébrale sans provoquer d’hallucinations : le (+)-JRT.
  • Testé chez la souris, ce dérivé a amélioré des symptômes liés à la dépression et aux troubles cognitifs sans effets secondaires majeurs.
  • Malgré son potentiel, son adoption pourrait se heurter à un manque d’intérêt industriel, faute de rentabilité ou de modèle économique compatible.

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