Pour Solène, étudiante en psychologie, l’histoire aurait dû être celle d’une belle trouvaille. « Mes heures de recherche avaient enfin payées. J’imaginais déjà tous les looks que j’allais pouvoir faire avec », confie-t-elle à Tech&Co. Pourtant, le colis reçu n’a rien à voir avec l’annonce. La veste « 100% cuir » s’avère en réalité être un simili bas de gamme, dont la fabrication laisse à désirer. Les photos – certes superbes – masquaient la réalité grâce à l’IA : mannequin idéal, décor changeant, ombres incohérentes.
Comme de plus en plus d’utilisateurs de la plateforme, Solène s’est faite arnaquée par des vendeurs experts en IA. « Les deepfakes sont de plus en plus présents dans les annonces en ligne, explique Guillaume Saës, chercheur en mathématiques appliquées. L’objectif de ces vendeurs est d’attirer les consommateurs vers des traquenards. Dans certains cas, l’IA va servir à embellir un produit endommagé, ou de mauvaise qualité. Dans d’autres, le produit reçu ne correspond pas du tout à la photo ».
Au-delà de la simple retouche photo, l’intelligence artificielle sert aujourd’hui de relais à un modèle de fraude hybride. Des vendeurs peu scrupuleux utilisent l’IA pour mettre en valeur des articles neufs et de mauvaise qualité, souvent achetés sur des sites chinois comme Temu, Shein ou Aliexpress, et les faire passer pour des objets de seconde main. Même les utilisateurs les plus expérimentés ne sont pas à l’abri. Sébastien, « expert en seconde main », confie à Tech&Co :
Ça m’est arrivé avec un blazer (…) Sur les photos générées par IA, les défauts étaient masqués. La couleur n’était même pas la bonne !
Or, « miser sur l’IA pour tromper le consommateur est illégal », rappelle Guillaume Saës. Cela s’apparente à de la publicité mensongère.
Les plateformes à la traîne face à l’ampleur du phénomène
Même si la législation européenne a évolué avec l’AI Act ( qui impose un étiquetage obligatoire des images générées), la réactivité des plateformes reste inégale. Vinted se montre claire sur cette pratique : l’IA comme outil de valorisation virtuelle n’est pas interdite, tant qu’elle n’embellit pas de façon mensongère la réalité. Elle ajoute que les annonces frauduleuses peuvent entraîner suppression et blocage de compte.
Malgré tout, de nombreux vendeurs réussissent à agir en toute impunité. Un caillou dans la chaussure qui s’explique par le temps nécessaire à la mise en confirmité des différentes plateformes. Surtout, le nombre d’annonces frauduleuses croissant pousse les plateformes à jouer au jeu du chat et de la souris.
En attendant de voir davantage de protection contre ces annonces frauduleuses, les utilisateurs peuvent repérer certains indices. Des photos trop lisses, des postures de mains inhabituelles ou des décors changeants sont des signes que l’image a été retouchée par IA. Si un même vendeur présente plusieurs mannequins “parfaits”, il y a de fortes chances pour qu’il fasse partie de ces arnaqueurs. Enfin, l’absence d’étiquette sur la pièce doit vous mettre la puce à l’oreille.
En cas de doute, vous pouvez utiliser votre téléphone ou ordinateur pour effectuer une recherche inversée sur Google. S’il s’agit d’une arnaque, vous devriez retrouver le même produit sur Temu ou Aliexpress à un tarif plus abordable.
Enfin, prenez du temps pour visiter le profil de chaque vendeur et lisez les avis vérifiés. S’il n’a aucun historique ou qu’aucun avis n’a été partagé, il s’agit probablement d’un arnaqueur. Et si le doute persiste encore, n’hésitez pas à contacter la platefrome ou à signaler le vendeur.
- L’intelligence artificielle est devenue l’arme favorite de certains vendeurs pour tromper les acheteurs sur Vinted et consorts.
- Un simple vêtement acheté à bas prix sur des sites asiatiques peut se retrouver revendu comme pièce vintage, après retouche d’image par IA.
- Pour déjouer les arnaques, l’analyse minutieuse des annonces et la recherche inversée d’image sont vos meilleures alliées.
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