La prolifération d’informations trompeuses, qu’elles soient délibérément fallacieuses ou simplement erronées, constitue un défi croissant pour notre société contemporaine et l’IA n’arrange rien à l’affaire. Bien que les géants du numérique, comme Facebook et X.com, aient mis en place des dispositifs pour endiguer ce phénomène, leur efficacité demeure toute relative. Ainsi, la vigilance personnelle s’impose comme le rempart le plus fiable face à cette marée d’inexactitudes.
Peaufinez votre éducation personnelle
Pour contrer ce que l’OMS qualifie d’infodémie, il est primordial de décrypter les stratagèmes employés par les artisans de la désinformation. Une approche proactive, baptisée « pré-démystification », s’avère particulièrement pertinente. Elle consiste à s’imprégner des techniques de manipulation avant même d’être confronté aux mythes et contrevérités.
À cet égard, l’Université de Cambridge a démontré l’efficacité du jeu en ligne Bad News pour affûter l’esprit critique et améliorer la capacité des joueurs à identifier les fausses informations. Dans ce jeu, les joueurs incarnent le rôle d’un rédacteur de fausses nouvelles. Ils doivent créer des articles, des memes et des messages sur les réseaux sociaux en utilisant différentes techniques de manipulation. C’est assez ludique et plutôt réussi.
Parallèlement, une compréhension approfondie des mécanismes régissant les plateformes numériques et des principes fondamentaux de la recherche scientifique s’avère indispensable pour développer une résistance accrue aux allégations inexactes.
Reconnaissez vos limites
Évitez l’effet Dunning Kruger ! Il est établi que les individus sous-estimant leurs propres biais cognitifs sont plus vulnérables aux manipulations. Le biais de confirmation, cette tendance naturelle à privilégier les informations corroborant nos convictions préexistantes, est un problème récurrent. Il est donc essentiel d’adopter une posture critique, particulièrement à l’égard des sources que nous estimons a priori fiables. L’honnêteté intellectuelle, couplée à une ouverture aux perspectives divergentes, constitue le socle d’une appréhension équilibrée de l’information.
Vérifiez les sources
Dans le paysage médiatique contemporain, la partialité se manifeste sous diverses formes, et les médias eux-mêmes comportent bien évidemment des biais. Le jeu en ligne Fakey offre une expérience amusante permettant d’évaluer sa propre sensibilité aux subtilités de la présentation de l’information.
Il est donc essentiel de vérifier la fiabilité des sources et de confronter systématiquement les nouvelles avec des médias réputés pour leur impartialité et leur rigueur journalistique. En outre, la vigilance s’impose face aux sites malveillants qui, comme des caméléons, se font passer pour d’authentiques sources d’information.
Ne vous précipitez pas
La navigation sur internet, notamment sur réseaux sociaux, s’effectue souvent dans un contexte où la véracité des contenus n’est guère une priorité. Néanmoins, la propagation d’informations erronées peut engendrer des répercussions considérables. Ainsi, avant de relayer une information, il peut être intéressant de s’accorder un instant de réflexion quant à son authenticité et aux éventuelles conséquences de sa diffusion.
Soyez conscient de vos émotions
Force est de constater que le partage d’informations s’opère fréquemment sous l’impulsion de réactions émotionnelles plutôt que d’une analyse rationnelle. Cette étude de 2020 a d’ailleurs mis en lumière la propension accrue des individus en proie à des émotions intenses à propager de fausses informations. Les sentiments de colère et d’anxiété, notamment, exacerbent cette vulnérabilité. Il est donc essentiel de prendre le temps de recouvrer son calme avant de partager quelque contenu que ce soit.
N’hésitez pas à vous faire entendre
Il est également important de s’élever contre la propagation d’informations incorrectes, et ce, de manière publique. Bien que cette démarche puisse parfois s’avérer délicate, la confrontation directe des allégations mensongères, étayée par des arguments solides, demeure une stratégie des plus efficientes. Même de brèves interventions, telles qu’un simple démenti, s’avèrent plus bénéfiques que le silence.
Soutenez ceux qui dénoncent la désinformation
Dans l’hypothèse où un tiers aurait déjà entrepris de dénoncer une information fallacieuse, lui apporter son soutien est une manœuvre intelligente. La multiplication des voix s’élevant contre la désinformation envoie un signal fort, indiquant que la diffusion de tels contenus est réprouvée par le plus grand nombre. A contrario, laisser libre cours à la propagation de nouvelles erronées sans s’y opposer contribue à banaliser, voire à légitimer, ce comportement néfaste. Ainsi, chaque intervention, aussi modeste soit-elle, participe à l’assainissement de l’environnement informationnel.
- Familiarisez-vous avec les techniques de manipulation et vérifiez systématiquement les sources d’informations.
- Reconnaissez vos propres biais et analysez les informations, même celles provenant de sources que vous jugez fiables.
- Dénoncez la désinformation lorsque vous la voyez et soutenez ceux qui font de même.
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Chapeau bas. Article à lire, relire, méditer.
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La prolifération d’informations trompeuses, qu’elles soient délibérément fallacieuses ou simplement erronées (…)”
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L’information erronée est peut-être la plus difficile à contrer. Pareillement à un passager transportant à son insu des produits illicites et n’offrant par conséquent au douanier aucun élément à même de titiller son flair.
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L’info délibérément fallacieuse, le mensonge, l’arnaque … l’article détaille bien les éléments constitutifs de notre vigilance à ne jamais oublier : techniques du menteur mais aussi de l’affabulateur (qui veut croire à ses propres bobards et y parvient parfois) qu’il s’agit en effet de déjouer par une quête permanente de croisement avec d’autres sources mais aussi de vérification avec des sites dédiés à la vérification d’informations publiées en ligne (“act checkers”), il en existe plusieurs, tant en France qu’à l’étranger.
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In fine, peut-être faire du doute un allié, le considérer pour ce qu’il est : neutre. Neutre, à savoir qu’il ne s’agit pas de le confondre avec le scepticisme (ce doute qui penche du côté des nos à-priori) mais de l’entendre au sens premier : je ne sais pas. Par abus de langage le doute exprimé est souvent perçu comme une contre-certitude : “- Tu penses qu’il est coupable ? – J’en doute” … On comprend quoi là ? On comprend que le second crois en l’innocence, pas vrai ? Douter c’est être conscient et exprimer le cas échéant qu’on-ne-sait-pas. Point barre. Le genre humain a ce besoin inextinguible de certitudes, le doute lui est inconfortable. En même temps il sait qu’on peut lui raconter des bobards, aussi est-il tenté par des contre-certitudes (faille chronique des adeptes du complotisme). Libérons-nous des certitudes. De quoi est-on vraiment sûr, certain au point d’y engager notre propre vie ? De pas grand chose. Et pourtant la vision du monde ne saurait être bâtie que sur des doutes, aussi l’esprit libre manipule-t-il plus ou moins consciemment un doute relatif, ou des certitudes relatives (souvent nommées “convictions”), comme une espèce d’échafaudage intellectuel requis pour avancer, pour construire une élaboration du cordon qui relie notre moi à tout ce qui est autre. Mais si ces convictions sont interprétées comme des certitudes, le jour où une planche de l’échafaudage cède, tout notre monde part avec… à moins de dénier qu’une planche ait cédé ; déni de vérité et tous les traumas qui s’ensuivent.
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Douter, atténuer ce doute par une quête objective et inlassable qui pourra le faire pencher, peut-être d’un côté ou de l’autre. Mais gare à l’idée de confondre balancement et atterrissage : “Ça penche du côté où ça va tomber” dit-on parfois. Éviter cette conclusion quand il s’agit du doute.