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“Y a-t-il un pilote dans l’avion ?” : face au succès de Revolut, N26 s’enfonce dans la crise

Alors que Revolut croît à une vitesse phénoménale, N26 s’enfonce chaque mois un peu plus dans la crise. Alors qu’elle pensait avoir sorti la tête de l’eau, la néobanque fait face à de nouveaux obstacles, à tel point que ses fondateurs pourraient en faire les frais.

Depuis ses débuts tonitruants dans l’écosystème européen de la fintech, la néobanque allemande N26 est souvent citée comme l’un des fers de lance du secteur. Mais depuis plusieurs mois, la success story a pris un virage inquiétant. Alors qu’elle peine à sortir d’une succession de crises de gouvernance et de conformité, sa rivale britannique Revolut caracole en tête, cristallisant l’attention des marchés et la confiance des clients.

Les premiers seront les derniers

Tout avait pourtant bien commencé pour la fintech allemande. Créée en 2013 à Berlin, N26 avait réussi à séduire plus de 10 millions de clients en tout juste 10 ans. Sa promesse : simplifier la banque, casser les codes du secteur, offrir une expérience 100 % mobile et dépasser les limites imposées par les acteurs historiques. La mayonnaise prend : en pleine période de digitalisation accélérée, N26 devient un modèle et lève plus de 1,7 milliard de dollars, et atteint une valorisation de plus de 9 milliards à l’automne 2021.

La trajectoire est toutefois frelatée par la rigidité des régulateurs. Dès 2021, la Bafin – le gendarme financier allemand – impose des restrictions sévères à sa croissance. Principale source d’inquiétude : la faiblesse des dispositifs anti-blanchiment et les manquements dans la gestion des risques. N26 ne peut plus recruter à sa guise : un plafond de 60 000 nouveaux clients mensuels est fixé jusqu’en mai 2024, période qui aurait dû servir à remettre l’organisation sur les rails.

Hélas, l’été 2025 confirme l’enlisement de la gouvernance. Un nouveau rapport de la Bafin vient pointer de « nouvelles lacunes » dans les contrôles internes. Si le contenu précis n’est pas public, il suscite une réaction immédiate de la part des actionnaires historiques, parmi lesquels Third Point Ventures et Coatue Management. Ces derniers mettent désormais en cause la capacité des deux fondateurs, Valentin Stalf et Maximilian Tayenthal, à remettre l’entreprise d’aplomb : ils exigent leur départ de la tête opérationnelle de la société, en échange du renoncement à une partie de leur retour sur investissement.

Le Financial Times évoque déjà la possible nomination temporaire de Marcus Mosen, président du conseil de surveillance, le temps de stabiliser la direction et de trouver un successeur. Un compromis semble se dessiner : les fondateurs renonceraient à leurs droits de vote spéciaux, intègreraient le conseil de surveillance et laisseraient un manager expérimenté reprendre la barre.

Pendant ce temps, Revolut cartonne

Cette crise interne intervient à un moment particulièrement stratégique pour l’entreprise. Après la levée des plafonds de croissance, N26 affichait des ambitions de reconquête : développement d’une application « tout-en-un » intégrant compte courant, outils de trading et même téléphonie mobile. La néobanque a même recruté près de 200 000 nouveaux clients chaque mois depuis la fin 2024 . Elle s’est même mise en quête de nouveaux financements pour soutenir son expansion et répondre à la consolidation du secteur.

Mais face à l’essor fulgurant de Revolut, qui enchaîne les levées de fonds, multiplie les délégations bancaires en Europe et réussit à s’imposer comme un acteur global du paiement, de l’investissement et du change de devises, les faiblesses de N26 deviennent de plus en plus visibles. Cette différence de trajectoire n’échappe pas aux investisseurs : l’image de N26 s’effrite devant la récurrence des alertes réglementaires et les mouvements de gouvernance.

La situation est d’autant plus problématique que N26 doit composer avec des soupçons relayés par la presse internationale – notamment des allégations formulées par le média russe The Bell, selon lesquelles la fintech allemande aurait servi indirectement à contourner les sanctions liées au système Swift. Si ces accusations n’ont pas été formellement prouvées, elles participent à l’ambiance délétère et alimentent la méfiance des régulateurs et des marchés.

Dans ce climat de tension, N26 doit donc relever deux défis : rassurer l’autorité de tutelle allemande et convaincre des investisseurs de soutenir une stratégie d’expansion sur fond de turbulences internes. La condition posée par les gros fonds (écarter les fondateurs au profit d’un management de crise expérimenté) peut ouvrir un nouveau chapitre, à condition que l’exécution suive et que la confiance revienne.

Pour le moment, et contrairement à Revolut qui maîtrise son image et accélère son développement, N26 donne l’impression d’une entreprise à la dérive. Y’a-t-il un pilote dans l’avion ?

  • N26 subit une crise de gouvernance majeure : ses propres investisseurs exigent le retrait des deux fondateurs après une nouvelle alerte réglementaire.
  • La fintech allemande peine à rassurer la Bafin, qui pointe encore des lacunes de conformité
  • Pendant ce temps, son rival historique Revolut poursuit sa croissance insolente

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