Frédéric Beigbeder affirme que l’amour dure trois ans. Pour certains il aura duré cinq versions. Suite à la Keynote d’Apple Mercredi dernier, beaucoup de personnes déçues se sont rendu compte que la magie et l’aura qui font qu’Apple est Apple se meurent petit à petit.

Billet d’humeur rédigé par Gautier Veltri (étudiant à l’EM Grenoble), qui a découvert l’informatique avec les minitels et les modems et suit de près depuis pour les systèmes d’information, l’actualité d’internet et des nouvelles technologies.

Frédéric Beigbeder affirme que l’amour dure trois ans. Pour certains il aura duré cinq versions. Suite à la Keynote d’Apple Mercredi dernier, beaucoup de personnes déçues se sont rendu compte que la magie et l’aura qui font qu’Apple est Apple se meurent petit à petit.

Steve Jobs fut l’un des plus grands entrepreneurs de son époque grâce à quelques idéaux simples mais appliqués avec minutie. Une envie farouche d’améliorer le monde grâce aux technologies, une absence totale de compromis, couplée à une détermination sans pareille. Cet idéalisme fou qui l’a parfois conduit à sa perte, a réussi à insuffler une créativité et une culture d’entreprise qui rayonna sur le grand monde des nouvelles technologies. En quelques années, il aura permis de changer l’usage et l’aspect de la plupart des téléphones mobiles que nous utilisons aujourd’hui, et créé un nouveau segment portable sur format 10 pouces qui semble prometteur.

Seulement Steve Jobs n’est plus de ce monde. Il a longuement préparé sa succession, et imposé comme mantra au sein de l’entreprise : « Ne vous demandez jamais ce que Steve aurait fait » [1]. Le but de Jobs était qu’Apple garde ses valeurs, mais continue sur sa propre voix sans regarder continuellement en arrière.

iphone 51 Le jour où Apple a perdu son âme

Mais depuis maintenant un an, le souffle de la muse Jobs commence à s’essouffler, et les observateurs et admirateurs commencent petit à petit à passer dans une phase de déception amoureuse.

Les produits Apple ne font plus rêver : Quand on compare un iPhone 1, 3G, et 4, on sent l’évolution et l’innovation vibrer au creux de nos mains. Quand on regarde l’un à côté de l’autre un 4, 4S et 5, on se rend compte que fondamentalement rien n’a changé. Apple se place désormais dans une stratégie d’optimisation des composants qui floute l’aspect innovateur qui forme sa colonne vertébrale.

On a pu voir la sortie d’un iPad nouvelle génération plus épais que la génération précédente, qui efface d’un revers de main la philosophie sans compromis d’une perpétuelle amélioration pour l’utilisateur. On ne pourra jamais faire parler les morts, mais on aurait pu imaginer que Jobs aurait préféré ne pas sortir de produit du tout plutôt qu’accepter une régression.

N’importe quelle personne ayant un minimum suivi l’actualité d’Apple pouvait savoir une semaine avant la dernière Keynote les 3/4 des améliorations qui allaient être apportées au nouvel iPhone. Où est passée la culture du secret ? Celle qui nous faisait vibrer et actualiser notre navigateur toutes les 5 secondes sur les flux de retransmission des conférences, qui nous donnait envie d’obtenir la dernière nouveauté à tout prix, qui nous poussait à flâner dans les Apple stores pour le plaisir ? Elle semble s’être évanouie ce Mercredi 12 Septembre.

La réussite d’Apple tient énormément à ce désir irrationnel de vouloir appartenir à une catégorie restreinte de personnes possédant ses produits, comme si le fait de les tenir dans nos mains nous donnait le droit de faire partie de son histoire et de celle de l’évolution des nouvelles technologies. C’est ce qui lui permet de vendre ses produits plus cher, et de maintenir un bouche à oreille équivalent à une armée de représentants partout dans le monde.

Apple est en roue libre. Les efforts des années précédentes lui fournissent une inertie importante, mais qui constituait grâce à la philosophie de Jobs l’essentiel du business model. Il serait peut-être temps que du côté de Cupertino, on se demande au contraire un peu plus ce qu’aurait fait Jobs s’il était encore là.

[1] sources : http://www.macg.co/news/voir/220582/-ne-vous-demandez-jamais-ce-que-steve-aurait-fait
Steve Jobs: Walter Isaacson