J’ai parfois quelques doutes sur l’idée répandue que l’informatique (et internet) nous rend plus productifs.
Bien sûr nous avons gagné et nous gagnons encore des sommes de temps considérables en réalisant à l’aide de logiciels et du web ce que nous nous tapions auparavant à la mano (je parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître), mais dans le même mouvement savons-nous combien nous en perdons en futilités ?

L’art de ne rien branler en prenant un air débordé…

Que celui ou celle qui n’a jamais grillé une journée de taff à errer sans but sur la toile, à zapper de blogs en vidéos, de jeux en emails, de Twitters en forums, à la recherche d’une information que jamais il ne trouva et dont surtout il ne se souvient même pas l’objet premier, me jette la première pierre.
Que celui ou celle qui n’a jamais éprouvé cette espèce de malaise teinté d’un vague sentiment de culpabilité à la fin d’une telle journée de glande (en plus du mal de cul et des fourmis dans les jambes) me jette la deuxième (pierre).
On sait tout cela, on n’en n’est pas très fier, mais on se rassure en se disant qu’avec un petit coup d’Excel on fait le travail de deux secrétaires comptables, et qu’on rattrapera le retard ce soir (devant Grey’s Anatomy).
C’est un débat sans fin que chacun pourra compléter à l’envi avec ses expériences personnelles.

Et la réflexion dans tout ça ?

Mais il n’y a pas que cela : je constate au fil du temps que mon obsession du zéro papier finit par jouer contre moi, et plus particulièrement contre ma capacité de réflexion.
Gné ?
Que je vous explique la chose : j’avais auparavant pour habitude de ne jamais sortir sans mon inséparable cahier de notes (référence Country Bloc bureau 100 feuilles 70g format 210 x 297 mm) que je noircissais rapidement à grands coups de notes sur tout et rien.
Ce cahier me servait surtout à consigner des idées en vrac sur différents thèmes pour ensuite les organiser. J’étais un adepte du brainstorming permanent, et je gérais ainsi ma réflexion personnelle, mais également les projets de groupe, en procédant en gros de la sorte :
- étape 1 : on définit un thème de réflexion
- étape 2 : on se réunit et chacun propose ses idées et ses réflexions : à cette étape il est impératif d’interdire toute forme d’organisation ou de construction de la réflexion. L’organisation nuit aux premières fulgurances de la créativité.
- étape 3 : on commence à trier les idées, puis à les organiser et enfin les hiérarchiser
- étape 4 : on fait une synthèse écrite qui est le résultat de la réflexion contenue dans les étapes précédentes et on la publie. Cela pourra être un business plan, un compte-rendu, un plan marketing, ou toute autre forme de document de travail.
Toutes ces étapes sont généralement consignées à la volée sur papier (mon fameux cahier, mais aussi un paperboard dans le cas d’un groupe) avant d’être mises en forme dans leur format définitif sur écran.
Le logiciel (Word, Powerpoint ou autre) arrive alors seulement en toute fin du processus créatif ou de réflexion.

Respire !

Avec ma manie obsessionnelle du zéro papier et du tout informatique, je constate que j’ai au fil des années tendu à supprimer progressivement les étapes 1, 2 et 3, au nom de l’immédiateté de l’accès et de la diffusion de l’information.
Disparus les brainstormings (avec moi-même en l’occurrence), à l’abandon le cahier de notes et la capacité à organiser sa réflexion… Tout va trop vite, le web est en ébullition permanente et nous prenons de moins en moins le temps de refermer de temps en temps le couvercle de la marmite pour respirer un grand coup.
Ajoutez à cela le fait que bloguer soit une activité éminement unipersonnelle et égocentrique (au sens étymologique du terme), et qu’elle se pratique avec les doigts dans la prise en permanence, alors qu’en général on réfléchit bien mieux à plusieurs, et voilà comment vous perdez peu à peu toute capacité d’analyse et de discernement…
Aucun dispositif électronique de prise de note (tablet PC, PDA…) n’est à mon sens pour le moment de nature à pouvoir remplacer un bon vieux carnet de notes, car aucun ne favorise autant la concentration. Personnellement je ne tiens pas très longtemps sans me laisser distraire et sans résister à la tentation d’aller voir mes mails ou mon Netvibes dès que j’ai un écran (connecté) à portée de main.
Les choses sont complètement différentes quand je m’assois à un autre bureau, vide, avec juste un stylo et un papier.
Là j’arrive très bien à me passer des tentations du web, qui me semblaient encore inévitables quelques minutes auparavant.

Et le blogueur devint con.

Si en plus vous êtes doué d’une certaine capacité à rédiger vite, bien, et facilement des notes d’une certaine tenue et pas trop désagréables à lire, le syndrôme de la tête dans le guidon vous guette : dans ma courte mais intense vie de blogueur, je n’ai que très (trop) rarement jeté les premières bases d’un billet sur le papier, je n’ai que trop rarement réfléchi plusieurs jours à la façon dont j’allais organiser et articuler un article avant de presser le bouton Publier, qui décidément me brûle un peu trop l’index.
Voilà comment le blogueur seul devant son écran devient con. Oui, moi le premier, je le dis avant que vous ne le fassiez.

L’heure de la révolte.

D’où cette notion de productivité que j’évoquais au début : certes le blogueur qui publie 7 articles dans une journée sera plus productif que celui qui n’en publie qu’un, mais de quelle sorte de productivité parlons-nous ?
L’heure de la révolte a sonné mes frères et soeurs : à compter de maintenant je résisterai à l’appel de l’écran, et je vais essayer de retrouver ma capacité sinon de réflexion (faut pas trop m’en demander non plus) au moins ma capacité d’organisation des idées.
Et cela passera d’abord par la réhabilitation de mon cahier de notes.
Référence Country Bloc bureau 100 feuilles 70g format 210 x 297 mm.