Les marchĂ©s financiers mondiaux viennent de vivre un Ă©vĂ©nement encore jamais vu dans l’histoire de la tech. Le 3 fĂ©vrier 2026, l’annonce par Anthropic d’un plugin juridique pour son assistant Claude Cowork a dĂ©clenchĂ© un mouvement de panique d’une ampleur rarement vue dans le secteur technologique. En l’espace de quelques heures, 285 milliards de dollars de capitalisation boursière se sont Ă©vaporĂ©s sur les valeurs logicielles, de services IT et de donnĂ©es. Le lendemain, la chute s’est poursuivie sur une deuxième journĂ©e consĂ©cutive, confirmant que ce n’Ă©tait pas un simple accident de marchĂ© mais bien un changement de perception de l’IA par les investisseurs.
L’ETF iShares Expanded Tech-Software Sector, qui suit les principales valeurs du secteur, a perdu plus de 14% sur six sĂ©ances, après avoir dĂ©jĂ enregistrĂ© son pire mois de janvier depuis 2008 avec une baisse de 15%. Le panier Goldman Sachs des valeurs logicielles amĂ©ricaines a plongĂ© de 6% en une seule journĂ©e, sa plus forte chute depuis le choc tarifaire d’avril dernier. MĂŞme le Nasdaq 100, pourtant portĂ© par les gĂ©ants de la tech, a cĂ©dĂ© 1,6% après avoir touchĂ© un plancher Ă -2,4% en cours de sĂ©ance.
Les entreprises les plus durement touchĂ©es sont celles dont le modèle Ă©conomique repose sur des services Ă forte valeur ajoutĂ©e dans le domaine juridique et analytique. Le britannique RELX et le nĂ©erlandais Wolters Kluwer, tous deux spĂ©cialisĂ©s dans les services d’analyse pour l’industrie juridique, ont atteint de nouveaux plus bas avec des baisses de près de 3% chacun mercredi. La situation du London Stock Exchange Group illustre aussi l’importance de l’Ă©vènement : l’action a perdu 6% supplĂ©mentaires mercredi, après avoir dĂ©jĂ chutĂ© de 13% la veille. Thomson Reuters et LegalZoom ont Ă©galement Ă©tĂ© entraĂ®nĂ©s dans la tourmente.
Au-delĂ du secteur juridique, la contagion s’est Ă©tendue de manière spectaculaire Ă d’autres industries. Les exportateurs IT indiens ont subi de fortes pertes, avec environ 2 000 milliards de roupies effacĂ©s du marchĂ©. Au Japon, les dĂ©veloppeurs de logiciels et systèmes NEC, Nomura Research et Fujitsu ont dĂ©gringolĂ© de 7% Ă 11%, entraĂ®nant l’indice Nikkei dans leur chute. En Europe, le secteur de la publicitĂ© a Ă©galement tremblĂ© : Publicis a perdu près de 5% et WPP 3,3%. SAP, le gĂ©ant europĂ©en du logiciel, a quant Ă lui perdu 3%.
L’IA dĂ©sormais perçue comme une menace
Que s’est-il passĂ© pour que la Bourse panique Ă ce point ? La perception de l’IA a tout bonnement changĂ©. Pendant des mois, l’intelligence artificielle Ă©tait perçue comme un outil de croissance pour l’ensemble de l’industrie technologique. Les investisseurs imaginaient que chaque entreprise tech bĂ©nĂ©ficierait de cette rĂ©volution, qu’il s’agisse des fabricants de puces comme Nvidia, des fournisseurs de cloud comme Microsoft, ou des Ă©diteurs de logiciels traditionnels qui intĂ©greraient l’IA Ă leurs solutions existantes.
L’annonce d’Anthropic a fait l’effet d’une bombe, dĂ©clenchant une prise de conscience des investisseurs : l’IA n’est pas seulement un outil, elle peut remplacer des industries entières. Car le plugin juridique de Claude Cowork ne se contente pas d’assister les juristes, il automatise des tâches entières comme la rĂ©vision de contrats, l’analyse de risques, le tri des accords de confidentialitĂ© ou encore le suivi de conformitĂ©. Ces fonctionnalitĂ©s visent directement le cĹ“ur de mĂ©tier de nombreux Ă©diteurs de logiciels juridiques dont les modèles d’affaires reposent sur des abonnements rĂ©currents et des marges Ă©levĂ©es justifiĂ©es par le gain de temps et la rĂ©duction des risques.
Ce qui amplifie l’inquiĂ©tude des marchĂ©s, c’est le positionnement unique d’Anthropic. Contrairement Ă de nombreuses entreprises qui utilisent des modèles d’IA dĂ©veloppĂ©s par des tiers, la startup construit ses propres modèles de langage et peut les personnaliser selon les besoins spĂ©cifiques de chaque industrie. La startup ne se positionne plus uniquement comme un fournisseur de technologie sous-jacente, mais entre dĂ©sormais dans la couche applicative, qui rime avec… monĂ©tisation.
Explosion de la bulle IA ?
Scott White, responsable produit entreprise chez Anthropic, a tentĂ© de rassurer en expliquant que Claude pouvait servir de “page d’accueil” tout en se connectant de manière sĂ©curisĂ©e Ă d’autres outils en arrière-plan. Mais cette vision d’un monde oĂą l’IA orchestre tous les services logiciels n’a fait qu’intensifier les craintes d’une migration de valeur des Ă©diteurs traditionnels vers une nouvelle couche d’interface pilotĂ©e par l’intelligence artificielle.
Le sentiment du marchĂ© a virĂ© au catastrophisme. Chez Jefferies, on parle du sentiment le “pire jamais vu” sur le logiciel, tandis que Bloomberg Intelligence qualifie le secteur de “radioactif”. Des traders ont mĂŞme inventĂ© le terme “SaaSapocalypse” pour dĂ©crire la fin des modèles Software-as-a-Service. Le mouvement de vente a pris une telle ampleur qu’il a fini par toucher des entreprises sans exposition directe Ă Anthropic, simplement par effet de contagion. Plus simplement, les investisseurs ne savent plus distinguer les futurs gagnants des futurs perdants de cette transformation, alors ils vendent massivement l’ensemble du secteur.
Cette panique intervient alors que les prĂ©occupations sur l’explosion de la bulle IA hantent les marchĂ©s financiers. Alors que les gains spectaculaires des fabricants de puces ont propulsĂ© les indices amĂ©ricains Ă des records historiques, des institutions comme le Fonds monĂ©taire international et la Banque d’Angleterre ont Ă©mis des avertissements sur les risques de stabilitĂ© financière. Le krach dĂ©clenchĂ© par Anthropic pourrait bien ĂŞtre le premier signal que cette bulle commence Ă se dĂ©gonfler.
- L’annonce d’un outil d’IA juridique par Anthropic a effacĂ© 285 milliards de dollars de capitalisation en une journĂ©e sur les valeurs logicielles mondiales.
- Les investisseurs perçoivent dĂ©sormais l’IA comme une menace directe pour les modèles SaaS traditionnels plutĂ´t que comme un simple complĂ©ment.
- La panique s’est Ă©tendue au-delĂ du secteur juridique pour toucher l’IT indien, les dĂ©veloppeurs japonais, la publicitĂ© europĂ©enne et mĂŞme les gĂ©ants du cloud.
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