L’annonce a été confirmée hier, mercredi 14 octobre par le Premier ministre portugais Luís Montenegro, qui a officiellement mis fin au duel qui durait depuis le printemps : c’est Lufthansa, et non Air France-KLM, qui a remporté l’appel d’offres pour la privatisation partielle de TAP Air Portugal, la compagnie aérienne nationale du pays. Le groupe allemand déboursera jusqu’à 1,2 milliard d’euros pour une participation de 44,9 %, un montant pouvant grimper jusqu’à 1,2 milliard si la participation atteint 49,9 %, la valorisant ainsi à 2,55 milliards d’euros. C’est un nouveau revers pour Air France-KLM dans sa stratégie de consolidation européenne, après l’échec de ses négociations pour entrer au capital d’Air Europa en 2025.
L’État portugais conserve, en revanche, la majorité (50,1 %) et réserve 5 % du capital à ses 9 000 salariés, mais c’est bien Lufthansa qui récupère la direction exécutive et opérationnelle de TAP Air Portugal.
TAP Air Portugal : la compagnie qui vaut de l’or pour les géants européens de l’aviation
Selon Montenegro, l’offre de Lufthansa était plus intéressante, puisque supérieure de 16 % à celle d’Air France-KLM. Le groupe franco-néerlandais proposait un montage financier quelque peu alambiqué, mêlant liquidités et ses propres actions (donnant au Portugal une participation dans son propre groupe), alors que Lufthansa a mis du cash sur la table, rien d’autre. Un argument qui, dans un pays ayant déjà vécu deux tentatives de privatisation avortées (en 1998 et en 2015), pèse plus lourd qu’une offre mixte dont une partie de la valeur dépend de la santé boursière d’un conglomérat étranger.
TAP Portugal est une compagnie d’envergure à l’échelle européenne : alliée à Star Alliance, elle dispose d’une centaine d’appareils (principalement des Airbus pour ses flottes moyen et long courrier), qui desservent 93 destinations, réparties dans 38 pays différents. L’Europe, bien sûr, l’Afrique, mais surtout l’Amérique du Sud et le Brésil, un vaste réseau qu’aucun autre rival du Vieux Continent ne peut lui contester.
Son héritage colonial et linguistique font de Lisbonne une porte d’entrée vers 15 villes brésiliennes, dont São Paulo, Rio de Janeiro, Recife ou Brasília ; un marché que le groupe Air France-KLM convoitait pour compléter son propre maillage transatlantique, déjà adossé à Delta Air Lines (États-Unis), qui avait publiquement soutenu l’offre de rachat.
Pour Lufthansa, cette acquisition est la cinquième prise européenne après SWISS, en 2007, Austrian Airlines en 2009, Brussels Airlines en 2017 et, plus récemment rachat d’ITA Airways en janvier 2025. Depuis plus de 20 ans, la compagnie allemande rachète des compagnies porte-drapeaux européennes pour transformer leur hub (clientèle et correspondances) en extension de son propre réseau continental intégré à Star Alliance. Avec TAP Air Portugal, le groupe plante son drapeau sur l’un des derniers marchés d’Europe de l’Ouest sur lequel il n’avait pas la main.

Lufthansa sort-elle le chéquier au pire moment ?
D’où sort tout cet argent que Lufthansa a posé sur la table pour le rachat ? Une question légitime, étant donné qu’au deuxième trimestre 2026, ses bénéfices nets ont dévissé, passant de 1,01 milliard à 123 millions d’euros. Endettée à hauteur de 8,3 milliards d’euros, sa marge opérationnelle (le rapport entre son bénéfice d’exploitation et son chiffre d’affaires) a chuté de 8,4 à 3,4 % : un niveau bien inférieur à l’objectif de 8 à 10 % que le groupe s’est fixé pour 2028-2030.
Lufthansa s’est déjà lancée dans un vaste plan de restructuration interne censé dégager 2,5 milliards d’euros d’économies d’ici deux ans, tout en renouvelant 240 appareils de sa propre flotte. Deux chantiers qui mobilisent une bonne partie de ses capacités financières, mais l’entreprise s’est tout de même engagée à faire grossir la flotte de TAP Portugal jusqu’à 117 avions d’ici 2035 et à lui transférer huit Airbus A350-900 à partir de 2030. Pour une compagnie qui a perdu 99 millions d’euros au premier semestre 2026 (40 % de plus qu’à la même période un an plus tôt), plombée par l’envolée des prix du kérosène, c’est un pari assez risqué même pour une entreprise si puissante.
Peut-être que le coût de l’inaction l’était encore davantage, ce qui a motivé le rachat de TAP Portugal pour ne pas la laisser à la concurrence ; un raisonnement d’autant plus défendable que les compagnies nationales européennes disponibles au rachat se raréfient. Air France-KLM, qui n’a intégré que SAS (Scandinavian Airlines System) ces dernières années, se retrouve, par conséquent, avec de moins en moins de cartes à jouer face à son grand rival allemand.
- Lufthansa acquiert 44,9 % de TAP Air Portugal pour 1,2 milliard d’euros, privant Air France-KLM d’un accès stratégique au marché brésilien.
- L’offre de Lufthansa était 16 % supérieure à celle d’Air France-KLM, qui proposait un montage financier complexe.
- Cette acquisition renforce la position de Lufthansa en Europe, alors qu’Air France-KLM peine à réaliser des consolidations.
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