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Alexandre Prot (Qonto) : « les TPE/PME étaient les laissés-pour-compte de la révolution fintech »

La fintech française est à l’honneur avec Qonto, une néo-banque née en 2017 qui s’adresse aux TPE et PME. Entretien avec Alexandre Prot, son co-fondateur.

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Alexandre Prot, fondateur Qonto
© Qonto

Qonto est aujourd’hui l’une des grandes réussites française dans le paysage fintech, et elle figure dans le prestigieux « Top 50 Emerging stars » de la fintech mondiale publié par KPMG et H2 Ventures. Depuis quelques mois, la pépite exporte son modèle de néo-banque pour entreprises au delà de nos frontières – en Allemagne, Italie et en Espagne. Interview avec l’une des deux têtes fondatrices de l’entreprise, Alexandre Prot.

Presse-citron : Pour commencer cette interview, j’aimerais que l’on revienne sur le terme de « néo-banque » et de l’offre que propose Qonto en quelques mots. A quels problèmes répond Qonto pour les entrepreneurs au quotidien ?

Alexandre Prot : Qonto est effectivement une « néo-banque », mais sa grande spécificité réside dans le fait que notre service se destine exclusivement aux entrepreneurs et aux entreprises.

En plus des micro-entrepreneurs qui représentent une part importante de notre audience, nos clients sont en grande majorité des sociétés de types SAS ou SARL – à travers tous les secteurs de l’économie et sur tout le territoire français. Nous nous adressons aujourd’hui aux 3,7 millions d’entreprises françaises, auxquelles nous avons également rajouté les sociétés en Allemagne, Italie et en Espagne depuis le mois de juin dernier.

Notre offre s’articule autour d’un compte courant et de différents moyens de paiement (carte bancaire, virements, prélèvements, encaissements de chèques) ainsi qu’autour d’un logiciel qui permet aux entreprises de pouvoir gérer leurs finances, leur comptabilité et leur budget de manière simple et rapide, 100 % en ligne.

Lancé il y a deux ans, notre produit continue de se renforcer et de s’améliorer, avec de nouvelles fonctionnalités et de nouveaux services. En l’espace de 24 mois, ce sont plus de 50 000 entreprises qui ont souscrit à notre offre, ce qui nous conforte dans l’idée qu’il existe de vraies attentes et de vrais besoins de meilleurs services pour les TPE/PME. Le chemin est clair, les perspectives sont ambitieuses.

Presse-citron : Comme la plupart des autres néo-banques, Qonto a dû faire face à de multiples limites quant à la disponibilité de certains services bancaires tels que le dépôt de chèque et les virements SWIFT (internationaux hors-Europe). Qu’en est-t-il aujourd’hui ?

A.P. : Effectivement, jusqu’au mois de décembre dernier, nous ne permettions pas à nos clients d’encaisser des chèques. Ce n’est désormais plus le cas, mais la réglementation oblige toujours nos clients à envoyer leur chèque par La Poste pour les encaisser.

Par ailleurs, nous avons volontairement fixé le plafond d’encaissement à 5 000 euros pour limiter la fraude. Si la majorité de nos clients ne sont généralement pas gênés par ce plafond, nous les incitons vivement à passer par des virements bancaires plus classiques et sécurisés, qui sont illimités avec Qonto.

D’ici quelques mois nous proposerons l’encaissement de virements SWIFT

Par ailleurs, Qonto offre la possibilité de réaliser des virements vers l’international en dehors de l’Europe – les virements SWIFT. En revanche, Qonto n’est pas encore compatible pour la réception de ces virements hors Europe. C’est quelque chose sur lequel on travaille, et nos clients nous ont clairement fait part de ce besoin. D’ici quelques mois nous proposerons l’encaissement de virements SWIFT, je peux vous le confirmer.

Carte Qonto

© Qonto

Presse-citron : Ces dernières années, la concurrence sur le marché des néo-banques s’est intensifiée. Comment vous positionnez-vous votre offre, face à vos concurrents venus de France et de l’étranger tels que N26 et Boursorama ?

A. P. : La différence avec ces deux acteurs réside dans notre spécialisation sur les entreprises : notre coeur d’activité est le B2B, ce qui nous distingue des néo-banques telles que N26 et Boursorama Banque qui ont une offre qui s’articule principalement autour d’un compte courant pour les particuliers.

C’est d’ailleurs pour cette raison que nous avons créé Qonto avec mon associé Steve Anavi, il y a trois ans déjà : comme tous les entrepreneurs, nous avions besoin d’avoir un compte bancaire professionnel, de faire notre comptabilité, de payer nos salariés, etc. Nous étions très frustrés par l’expérience bancaire traditionnelle : les interfaces en ligne vétustes, la relation avec notre conseiller distante et la tarification opaque. Frustrant – et énervant – que de recevoir une notification de paiement de 23,57 euros sans en connaître la nature du transfert, sans même que notre conseiller puisse accéder à cette information.

Aujourd’hui, de multiples banques se sont investies dans la banque en ligne et de nombreux établissements bancaires sont devenus ce que l’on appelle plus communément des « néo-banques ». Sauf que toutes se focalisent sur les particuliers. Au final, les TPE/PME semblaient être les laissés-pour-compte de la « révolution fintech », et c’est justement pour cette raison que nous avons lancé Qonto. Notre développement nous permet aujourd’hui d’être leader sur ce segment du marché dans l’Hexagone.

Qonto

Interface Qonto © Qonto

Presse-citron : En parlant de développement, Qonto a levé 20 millions d’euros fin 2018, soit un an seulement après la création de la néo-banque. Alors que les N26, Revolut et consorts lèvent des centaines de millions, est-ce un nouveau passage obligatoire pour Qonto ?

A. P. : Comparé à N26 et à ces autres acteurs portés sur les consommateurs, notre marché est clairement différent. Pour eux, le but est d’engranger le maximum de clients (on estime le marché à plus de 47 millions d’individus en France) en proposant par exemple des comptes courants gratuits. La spécificité de notre marché implique un modèle différent : le nombre de clients est bien plus petit (entre 3,8 et 4 millions) et nous ne proposons pas d’offre gratuite.

Notre rentabilité est donc tout autre, et nous n’avons pas besoin de devoir lever les mêmes sommes de capitaux que ces néo-banques en B2C. Qonto doit évidemment investir et notre récente levée de fonds peut l’illustrer, mais les ordres de grandeur sont bien différents.

Presse-citron : En s’installant en Italie, en Espagne et en Allemagne, Qonto cherche à créer des partenariats avec des structures d’accompagnement pour la création d’entreprise. En France, Qonto travaille avec Station F. Peut-on en savoir plus sur ce partenariat ?

A. P. : A l’heure actuelle, nous avons 18 000 entreprises sur nos 50 000 clients qui sont en cours de création d’activité. Nous travaillons avec elles depuis leur début, qui n’est autre que le versement du capital social sur notre plateforme pour immatriculer leur société en France et en Europe. Depuis deux ans, nous travaillons en parallèle avec LegalStart, qui permet aux entreprises de pouvoir être aidées dans leurs démarches administratives. Donc effectivement, c’est un point important pour nous et nous allons très certainement réaliser des partenariats similaires en Allemagne, en Espagne et en Italie.

18 000 entreprises sur nos 50 000 clients sont en cours de création d’activité

Pour en revenir sur la deuxième partie de votre question, nous avons aussi noué des partenariats avec divers acteurs de l’entrepreneuriat comme Station F. Nous souhaitons aider la communauté Station F au quotidien, et nous avons créé pour cela une offre préférentielle pour ceux souhaitent ouvrir un compte et profiter des services de Qonto.

En outre, nous participons à des conférences et des activités sur le campus afin d’accompagner ces jeunes entreprises dans leur démarche. Nous avons aujourd’hui une équipe de 155 employés (50 % pour le produit et 50 % pour le marketing) qui est au cœur du succès de Qonto et qui est à disposition l’écosystème de Station F.

Presse-citron : Qonto est un beau succès Made in France, que pensez-vous du paysage de la fintech en France, et comment voyez-vous son évolution ?

A. P. : Nous n’avons clairement pas fini d’entendre parler de fintech. La finance, si nous la regardons d’un point de vue plus macro, est un très gros secteur de l’économie. Tout le monde fait appel à une banque et à des services financiers à différentes étapes de leur vie.

La fintech n’est que l’évolution et la transformation du secteur financier

La fintech est une évolution naturelle du secteur financier, avec de nouveaux acteurs qui se positionnent face à des établissements traditionnels qui ont du mal à se réinventer. La vague fintech dont on parle depuis plusieurs années maintenant devrait logiquement continuer à se diffuser de manière exponentielle, et peser toujours davantage dans les années qui viennent. Elle est même vouée à connaître de très gros succès, et de très gros acteurs.

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