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Allbirds : après son explosion en Bourse grâce à l’IA, l’action subit une violente correction

La fête aura duré 48 heures en tout et pour tout, mais la gueule de bois pointe déjà le bout de son nez.

Nous avions couvert l’annonce, ce mercredi 15 avril : Allbirds, ex-fabricant de chaussures équitables, a vu son titre bondir de 380 % en quelques minutes. Ce, sur la seule promesse de devenir NewBird AI, futur acteur de l’infrastructure IA qui louera sa puissance de calcul à qui veut bien y croire. Le titre a poursuivi sa progression dépassant même les 700 % de hausse cumulée par rapport à sa valeur d’ouverture du mardi. Nous nous étions alors permis de tempérer un peu, en observant que ces hausses verticales sur fond de bulle sectorielle ne profitent généralement pas aux entreprises qui voient leur titre s’envoler.

Encore plus quand l’entreprise en question n’est pas du milieu et que son nouveau business model repose entièrement sur l’acquisition de puces dédiées à l’IA qu’elle n’a pas, pour les louer à des clients qu’elle n’a pas encore, via une levée de fonds qu’elle n’a pas finalisée. Hier matin, son titre (BIRD) a été corrigé de -35 % en une seule séance : la démonstration empirique que les retours de bâtons boursiers sont toujours proportionnels à l’euphorie qui les précède.

Allbirds Stock
Le titre BIRD avait des ailes mercredi, mais il est vite redescendu. © Google Finance

NewBird AI : un lendemain de fête qui cogne

« Historia bis repetita », pourrions-nous affirmer, lorsqu’on voit une entreprise à l’agonie, qui, pour sauver ses miches, se rue sur le secteur porté par une hype qui ne semble pas avoir de fin : l’IA. Les acheteurs ont donc afflué comme ils affluent toujours lorsque ces deux lettres apparaissent, sans trop se poser de questions.

Pour le coup, il aurait peut-être fallu s’interroger correctement : qu’est-ce qu’un ancien fabricant de sneakers qui n’a jamais opéré dans le secteur tech vient faire ici ? Que connaît-il vraiment de l’IA, des GPU haute performances, des datacenters, de la gestion d’une infrastructure de calcul, et à la signature de contrats avec des clients qui ont déjà AWS, Azure et Google Cloud sur leur liste de fournisseurs ? Rien, évidemment.

Adam Sarhan, patron de 50 Park Investments, a lâché un petit tacle bien senti à l’encontre de NewBird AI dans les colonnes de Bloomberg, un peu appuyé, mais qui a au moins le mérite d’être réaliste. « On se retrouve face à ce qui ressemble trait pour trait à un meme stock [NDLR : action dont le cours connaît une volatilité extrême et soudaine, poussée par un engouement déraisonnable plutôt que par des fondamentaux financiers] les émotions prennent le dessus, et la logique est jetée par la fenêtre. Que le marché ait récompensé ce titre alors qu’il ne dispose d’aucun avantage concurrentiel réel dans l’IA me dit une chose : la spéculation excessive autour du secteur est en train de s’emballer — et pas qu’un peu », a-t-il expliqué.

Difficile de lui donner tort : dans un marché conditionné à surréagir à la moindre évocation du mot magique « IA », n’importe quel ticker un peu brave (ou inconscient) peut s’offrir 48 heures de gloire sur un simple effet d’annonce. Passé ce délai, la baffe de réalité est souvent assez sévère. La réalité en question : NewBird AI n’a aucune infrastructure GPU opérationnelle annoncée à ce stade et pas un seul client identifié publiquement. Elle vise des entreprises et des développeurs IA incapables de s’approvisionner ailleurs – ce qui est une vraie demande – mais sans rien de concret à leur proposer pour l’instant. Et sur ce marché, ses concurrents directs s’appellent CoreWeave et Lambda Labs, qui ont levé des milliards pour construire exactement ce que NewBird AI prévoit de construire avec 50 millions, sous réserve d’approbation de ses actionnaires le 18 mai. En soi, rien d’impossible, mais les prochaines semaines vont être corsées !

  • Allbirds a vu son action exploser de 380 % en raison de son projet NewBird AI, mais a subi une correction de 35% en une seule journée.
  • Le nouveau modèle basé sur l’IA soulève des doutes quant à sa viabilité, l’entreprise n’ayant pas les ressources ou l’expérience requises.
  • Cette volatilité illustre la spéculation excessive autour de l’IA, avec des entreprises non technologiques cherchant à tirer profit de la hype.

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