Autopsie d’un réseau social : les raisons du déclin

Une équipe de scientifiques de la Swiss Federal Institute of Technology de Zurich, a décidé de consacrer ses recherches sur les raisons du déclin des réseaux sociaux.

David Garcia, Pavlin Mavrodiev et Frank Schweitzer ont pris la décision inhabituelle de réaliser une étude empirique des communautés de Friendster, Livejournal, Facebook, Orkut et Myspace pour déterminer les raisons qui poussent les membres à un exode soudain.

Pour ce faire, le défunt Friendster a donné son corps à la science pour une autopsie minutieuse.

Grandeur & Décadence de Friendster

Friendster, fondé en 2002 (soit un an après Myspace et 2 ans avant Facebook) est souvent considéré comme étant le grand-père des réseaux sociaux.
La société est d’ailleurs connue pour ce qui est considéré par l’AP comme l’une des plus grosses erreurs dans la Silicon Valley : avoir refusé un chèque de 30 millions de dollars que Google lui proposait en 2003.
Le réseau social a poursuivi sa route jusqu’en Juillet 2009 où le trafic a soudainement décliné de manière catastrophique jusqu’à sa mort prématurée.
Cette sortie de route spectaculaire doit faire froid dans le dos à Mark Zuckerberg et Dick Costolo qui doivent espérer ne jamais voir ce schéma se reproduire chez eux.
Cela tombe bien puisque l’équipe de scientifiques dévoile quelques équations qui peuvent les aider à éviter une mort subite.

L’équation miracle pour un réseau social vivant

L’autopsie de Friendster a mis en avant cette simple équation : il faut constamment que le bénéfice ressenti dans l’appartenance à la communauté du réseau social soit plus important que l’effort et le temps à fournir pour en faire partie.

Si l’effort demandé est légèrement trop important, les membres vont commencer à plier bagage et se diriger vers la pelouse toujours plus verte d’un voisin digital.
C’est ce qui est arrivé à Friendster en juillet 2009 lorsqu’une évolution du design (associée à des problèmes techniques) a rendu l’expérience sociale trop exigeante par rapport au bénéfice ressenti.

Mais David Garcia et ses confrères vont mettre en exergue un élément de topologie de ces réseaux sociaux qui peut apporter une résistance à cet exode.

 

En effet, la résistance est proportionnelle au nombre d’amis qu’un utilisateur peut avoir.
L’utilisateur d’un réseau social aura davantage de chance de partir s’il voit une belle partie de ses amis le quitter. Ainsi, une personne qui n’aurait que deux amis sur Facebook et qui verrait l’un d’eux s’en aller aurait de grandes chances de partir à son tour.
Mais une personne qui voit partir un ami sur les dix qu’il peut avoir… aura beaucoup moins tendance à le suivre.
Le nombre moyen d’amis est donc un indicateur important sur la vitesse avec laquelle un réseau social va s’effondrer.
On comprend mieux dans ce cas pourquoi Twitter, Facebook & Co nous bassinent à longueur de journée pour que l’on ajoute davantage d’amis.
Mais un réseau social qui maintiendrait le nombre d’amis à un minimum ne va pas forcément échouer. Il ne faut pas oublier qu’il faut d’abord que le bénéfice ressenti descende en dessous d’un certain seuil (en comparaison avec le temps passé).

Facebook est sauf ?

En 2009, Facebook avait été l’un des grands bénéficiaires de la décadence de Friendster : une grande partie de l’exode s’était faite en sa faveur.
Le réseau social de Palo Alto est donc plus qu’informé des risques et doit faire tout son possible pour éviter un exode similaire. On imagine que ça doit claquer des dents à chaque évolution majeure de son design.
Mais avec un nombre moyen d’amis assez élevé, et un partage de plus en plus transparent et automatisé (via l’Open Graph) qui assure une présence sur le réseau à moindre effort, Facebook semble avoir mis en place les protections nécessaires pour s’aménager une petite zone de confort.

Pour l’instant.

Source : MIT Technology Review


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23 commentaires

  1. Nicolas Beyer on

    je pense que l’un des points qui pourrait entraîner le déclin de facebook est qu’à l’origine, le réseau social permettait d’avoir une « vie virtuelle » dans laquelle on se créait un cercle voulu. Or aujourd’hui on a sur facebook ses parents, collègues, patrons etc. Idem que dans la « vraie vie »

  2. Je dois bien l’avouer : je ne connaissais pas Friendster mais c’est sûr que Facebook doit analyser ce genre de disparition afin de ne pas commettre les mêmes erreurs…

    Ce qui me pousserait à quitter Facebook, moi, ce serait l’intrusion trop importante des publicités…

  3. Bien vu Nicolas !
    Je pense et espère que l’intrusion massive dans la vie privée ainsi que la revente des données collectées, vont avoir raison de Facebook. Mais la génération qui vient est tellement habitués à être fliquée…

  4. Belle article en effet mais je me demande quand même si Facebook et Twitter sont tant que ça à l’abri car en ce qui concerne les « demandes d’amis », Facebook commence a être très stricte et bloque des comptes assez facilement (malgré ses invitations à chercher toujours de nouveaux amis) et Twitter bloque toujours certains utilisateur à 2 000 abonnements ce qui oblige à régulièrement faire du tri pour pouvoir suivre de nouvelles personnes intéressantes.
    Et votre article ne parle quasiment pas du cas Myspace alors que dans ce domaine, je pense que ça reste un cas d’école … et je sais de quoi je parle ^^ http://www.davidcouturier.fr/2.....u-myspace/

  5. Intéressant mais moyennement d’accord sur le fait que Facebook nous incite à ajouter des amis car d’un coté ça semble être cas et de l’autre si on demande trop d’amis sans réponse (alors que ce sont vraiment des amis / connaissances) on se fait rapidement geler les demandes d’amis sachant que demander des amis est une action qui va vite et du coup le nombre de demande en attente et donc potentiellement sans retour peut vite nous tomber dans le cas de blocage cité ci avant.
    Au delà de cela il est très juste que l’effet de masse est un facteur très important / puissant sur les réseaux sociaux et cela va dans les 2 sens plus on a d’amis qui adhèrent à un réseau (un produit au sens large) plus il y a effet de mode et plus on va avoir envie de faire partis de ceux qui sont à la mode du fait que quelque chose est à la mode à partir du moment où un nombre critique dans le bon sens du terme est suffisant à notamment faire exploser un réseau social et pour y arriver la route de la communication, du visuel et des fonctionnalités est une route semée d’embûches pour quiconque veut s’y essayer (accessoirement comme le site que j’ai lancé il y a quelque temps, je parle donc en connaissance de cause 🙂 )

  6. @Agence de référencement vous connaissez pas adblock ?
    Le plus chiant sur facebook, c’est le fait de relier les blog a facebook par les commentaires, on se fait de plus en plus tracer à tout relier à facebook, disquss, ou a yahoo, ou a google plus, on peut plus commenter sur un blog sans être tranquille ? heureusement ici j’ai pu commenter sans compte. Ca devient rare. De toute façon je reli plus les choses entre elles, pour le future c’est pas bon

  7. L’article nous pousse vraiment à remettre en question notre addiction à Facebook. Le réseau social devient de plus en plus pointu sur les normes de sécurité. Je veux bien comprendre quand cela est en relation avec la vie privée des internautes, mais quand il est question d’ajouter des amis que nous connaissons vraiment et que le compte gèle cela me met hors de moi. J’ai du justifier plusieurs fois que c’était bien moi en utilisant mon compte perso suite à des ajouts d’amis répétitifs. Voila malgré que Facebook nous incite à ajouter des amis il nous bloque! Paradoxe quand tu nous tiens !!!!

  8. Les propriétaires de Friendster (je ne connaissais pas, mais le nom est très bien trouvé) doivent se mordre les doigts !
    Je trouvais que l’étude enfonçait des portes ouvertes lorsqu’ils disaient qu’un réseau social où un individu avait quelques amis seulement, avait de grande chance de voir ses membres partir. Mais quand j’ai vu la conclusion, c’est à dire le fait que Facebook incite tout le temps ses membres à ajouter de nouveaux amis, ça je n’y avait même pas pensé. Bien joué !

  9. Un contre exemple à cette équation pourrait être Google+. Le nombre de « connexions » moyen est important sur ce réseau social et augmente vite (du moins pour les utilisateurs de Gmail) grâce à la synergie des différents services google, et aux automatismes indépendants de la volonté des utilisateurs.
    Le site joui d’une interface saine, claire, très « google », prodfite de la synergie des nombreux services Google et de mécaniques de publications automatisées, pourant l’activité moyenne des utilisateurs est très faible.

  10. intéressant. Je pense que Facebook ne peut pas mourir par contre ils peuvent perdre beaucoup de leurs membres rapidement. La principale menace est cette volonté de rendre tout public et d’utiliser l’inscrit comme un objet. G+ semble prendre le même chemin donc ça devrait le faire pour FB.

  11. En France, quelques nouveaux réseaux sociaux (qui ne se disent pas pour autant de cette catégorie) essayent de jouer des coudes pour se faire une place. Plus respectueux des données privées. Sans publicité. Moins virtuels et plus axés sur les mises en relation dans le monde réel. Le tout avec des concepts novateurs et utiles niveaux usages… Qui sait, peut-être un futur grand parmi eux ? Onetous.com par exemple (qui permet sans effort de trouver des partenaires d’activités et de sorties), la mayonnaise à l’air de prendre : ils fêtent leurs 3 000 membres, quelques semaines après leur lancement.

  12. Bonjour,

    Personnellement, je n’aime pas, mais alors pas du tout Facebook. Mais sommes sommes malheureux obligés d’y être présents pour le moment.
    Je pense d’ailleurs être loin d’être un cas isolé et tout comme Tellor, ce qui m’exaspère le plus, c’est bien le fait d’avoir à relier son compte Facebook pour avoir accès à de plus en plus d’applications et ça, c’est vraiment de la prise d’otage.
    Du coup, un blog qui oblige à se connecter à une autre application pour pouvoir commenter a très peu de chance de me voir fidèle.
    Tout cela pour dire qu’à force de vouloir s’imposer partout et de nous tenir en otage, Facebook pourrait bien perdre de son avance, surtout avec Google qui va tout faire pour imposer son réseau social.

  13. Par contre, ce que l’algorithme ne prédit pas est l’attrait particulier de la concurrence à un moment précis. Car si Friendster avait lassé ses membres 2 ou 3 ans plus tôt, ils se seraient peut-être rués sur MySpace, encore assez à la mode en 2006-2007. Et Facebook ne se serait finalement pas imposé de la sorte. Et MySpace n’aurait pas accusé le coup. Enfin bon… avec des si…

  14. Pingback: Autopsie d'un réseau social : les raisons du déclin | Mnemosia: Graphics, Web, Social Media | Scoop.it

  15. C’est plaisant de voir une étude universitaire aller un peu plus de l’avant, je trouve ce milieu particulièrement dépassé en termes de compréhension des réseaux sociaux, les études sont souvent sociographiques plutôt qu’analytiques et très rapidement obsolètes.
    Pourtant les spécialistes ont la tête dans le guidon, les universitaires seraient censés être les mieux placés pour prendre du recul et mettre en place une analyse pertinente comme celle-ci.

  16. Il faut toujours penser aux feignasses. AVANT toutes choses, il faut penser à eux. Les autres suivront 😉

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