La curiosité est un vilain défaut (paraît-il). Ce cadre bancaire en a fait l’expérience. Grâce à ses accès au logiciel interne de sa banque, un cadre a consulté son propre compte en banque depuis son ordinateur de bureau. Piqué de curiosité, il a aussi consulté le compte de son fils, ainsi que celui de certains collègues. Sauf que ce salarié est directeur de territoire dans un grand établissement bancaire et qu’il utilise pour cela un outil interne réservé aux besoins professionnels. Chaque consultation laisse donc une trace horodatée. Forcément, sa hiérarchie n’a que peu apprécié ses pratiques.
Convoqué en entretien préalable, il a expliqué avoir voulu « éviter des conflits d’intérêts » concernant ses collègues et surveiller les finances de son fils par réflexe paternel. Des explications que la banque n’a pas retenu : ses circulaires internes sont sans strictes, aussi toute consultation doit répondre à un besoin professionnel précis. Il a donc été licencié après trente ans passés dans la même entreprise.
Vice de forme
L’histoire aurait pu s’arrêter ici mais c’était sans compter la décision insolite de la justice. Devant la cour d’appel de Toulouse, les juges ne se sont pas penchés sur la gravité des consultations reprochées mais ont épluché la lettre de licenciement de l’employeur. Surprise ! Ils y ont trouvé une faille : la convention collective de la banque donne cinq jours au salarié pour saisir une commission paritaire interne, mais l’adresse de l’une de ces commissions était absente du courrier, et celle de l’autre prêtait à confusion.
Pour la cour, cette omission a privé le salarié d’une garantie essentielle. Résultat : le licenciement a été jugé sans cause réelle et sérieuse, sans que la question des consultations bancaires soit même tranchée. La banque a même été condamnée à verser 697 788 euros au total au cadre licencié : 250 000 euros de dommages et intérêts, 196 678 euros d’heures supplémentaires, 109 874 euros de repos compensateurs, et plus de 59 000 euros d’indemnités diverses.
La Cour de cassation s’en mêle
Le 18 mars 2026, la Cour de cassation est revenue en partie sur cette décision. Pour elle, une irrégularité de procédure ne peut plus, à elle seule, rendre un licenciement injustifié : elle ouvre droit, tout au plus, à une indemnité plafonnée à un mois de salaire (même si la faute reprochée est ensuite reconnue).
En conséquence, les 250 000 euros de dommages et intérêts liés au licenciement se sont envolés. En revanche, le salarié a conservé les sommes liées au temps de travail, soit environ 443 000 euros.
L’affaire n’est toujours pas clause puisqu’elle a été renvoyée devant la cour d’appel de Bordeaux, qui devra cette fois se prononcer sur le fond. Autrement dit, déterminer si consulter le compte de son fils avec un outil professionnel constituait vraiment une faute suffisamment grave pour justifier un licenciement.
- Un cadre bancaire a été licencié pour avoir consulté son compte et ceux de son fils et collègues via un logiciel interne.
- La justice a annulé le licenciement en raison d’une irrégularité dans la lettre de licenciement, accordant des indemnités conséquentes.
- La Cour de cassation a partiellement révisé cette décision, réduisant les dommages mais maintenant des indemnités liées au travail.
📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.