[Blogger Bus Tour] Cinq clés pour mieux comprendre la Silicon Valley

Lors de notre tour de la Silicon Valley, nous en avons un pris plein la vue : rien ne vaut une immersion de quelques jours dans ce fameux « écosystème » local (mais mondial) pour mieux en saisir l’esprit, l’énergie et la façon de fonctionner. Voici en cinq points-clés ce que j’ai retenu et ce qui fait de l’axe San Francisco – Silicon Valley un lieu si particulier pour tous ceux qui s’intéressent à l’innovation, au web et à l’entrepreneuriat.

Disons-le sans détour : lors de notre tour de la Silicon Valley, nous en avons pris plein la vue. Bien sûr, il n’est pas forcément nécessaire de se rendre sur place pour savoir tout ce qu’il s’y trame, mais rien ne vaut une immersion de quelques jours dans ce fameux « écosystème » local (mais mondial) pour mieux en saisir l’esprit, l’énergie et la façon de fonctionner.

Sans refaire l’histoire ni revenir dans le détail sur toutes les entreprises qu nous avons visitées (je vous fournirai quelques éléments et références à la fin de cet article), voici en quelques points ce que j’ai retenu et ce qui fait de l’axe San Francisco – Silicon Valley un lieu si particulier pour tous ceux qui s’intéressent à l’innovation, au web et à l’entrepreneuriat.

San Francisco ou Silicon Valley ?

Cette question n’est pas que géographique. On parle souvent des deux sans trop savoir, et en mélangeant un peu, et pour le novice il est difficile de faire la part des choses. D’abord, petit point logistique : la Silicon Valley, dont les deux poinst cardinaux principaux sont Palo Alto et San Jose, se situe à environ 50 kilomètres au sud de San Francisco, reliée à la ville par l’autoroute 101, théâtre quotidien de bouchons qui n’ont rien à envier à ceux du périphérique parisien (mais sous le soleil). La question a son importance car on sent une petite rivalité entre les deux sites. D’ailleurs, notre agenda de visites et de rendez-vous était équitablement partagé entre les deux. De nombreuses startups sont basées dans le centre de San Francisco, et pas les moindres. C’est par exemple le cas, entre autres, de Twitter, Foursquare (à deux blocs), Orange, ou encore SocialCam et SocialChorus (cette dernière ayant ses bureaux sur la partie la plus vivante de Market Street). En fait il n’y a pas d’explications officielles à ce phénomène mais on sent une tendance très favorable à San Francisco, peut-être pour prendre un peu ses distances par rapport à la Vallée et démontrer que l’on peut grandir aussi dans un autre environnement. C’est d’ailleurs l’objet de l’incubateur RocketSpace, qui héberge et aide 150 jeunes entreprises de croissance, lui aussi basé dans le centre de San Francisco.

Union Square San francisco
San Francisco (ici Union Square), l’épicentre du web ?

N’oublions pas que San Francisco est un laboratoire permanent des tendances et modes de vie qui ensuite étendent leur empreinte au reste du monde : les startups et l’économie internet ont désormais pris le relais.

L’argent au cœur de la matrice

On le sait, le parcours typique du développement d’une startup passe par l’inévitable levée de fonds, le plus souvent abondée par des sociétés de capital-risque, mais pas que. Il y a plusieurs phases dans les levées de fonds, ce qu’on appelle les rounds. La première est souvent le prêt d’argent pour fonder la boîte, acheter quelques ordinateurs et louer un local (cher) : c’est le friends and family ou love money, le pognon prêté ou « donné » par la famille et les amis, généralement quelques milliers de dollars. Vient ensuite le seed funding ou early stage funding, souvent apporté par des business angels ou par l’incubateur qui héberge une startup et croit en son projet. Les sommes ne sont pas encore énormes, de 10.000 à 50.000 euros la plupart du temps. Cette étape permet de travailler sur la Recherche et Développement et payer les frais, les pizzas et le loyer sur une première année. A ce sujet, sachez que selon plusieurs sources recoupées chez nos divers interlocuteurs, le salaire annuel moyen d’un développeur PHP dans la Bay Area est de 100.000 dollars…

Vient ensuite la grosse levée de fonds, celle qui va réellement permettre à la startup de se développer. En fait celle-ci va permettre d’investir massivement dans la technologie et le développement et donc… dans les hommes. Car la majeure partie des capitaux levés (et brûlés) sert à recruter des ingénieurs. L’équation est finalement assez simple : une bonne idée, une technologie inédite (et difficile à reproduire) et une équipe. C’est ainsi que l’on voit des petites boîtes montées par deux freaks d’à peine 25 ans au fond d’un local miteux se retrouver avec 35 collaborateurs après à peine deux ans d’existence, suite à une levée de fonds de 12 millions de dollars, comme par exemple GameClosure, qui développe un navigateur HTML5 ultra-rapide destiné à faire tourner des jeux aussi puissants et fluides que dans une application (nous avons vu une démo top secret et je confirme, ça envoie). Dans les cas un peu extrêmes, on peut également citer Flipboard qui lève 50 millions de dollars un an à peine après son lancement.

Une idée, une vision, une équipe, et ce sont au minimum trois millions potentiellement levés sans trop de difficultés ici. A part quelques géants déjà établis, combien de startups européennes ont levé une telle somme ces dernières années ? On parle ici du ticket minimum en-deçà duquel vous n’êtes même pas crédible et sans lequel personne ne parlera de vous.

Rachat de startups, les critères ne sont pas forcément ceux que l’on croit

Au risque de les faire passer pour de vulgaires affairistes âpres au gain, ce que de nombreux « entrepreneurs » sont, ici et ailleurs, ne nous berçons pas d’illusions, l’indicateur principal du succès d’une startup, après la levée de fonds, est la « sortie ». Autrement dit sa revente à un groupe beaucoup plus puissant, si possible en un temps record et en ayant fait la culbute plusieurs fois. L’un des derniers exemples en date, le rachat d’Instagram, une boîte qui avait à peine deux ans d’existence et ne faisait aucun chiffre d’affaire, pour 783 millions de dollars par Facebook est encore sur toutes les lèvres. Bulle ? Folie ? Pas vraiment ou en tout cas pas toujours. La plupart du temps les investisseurs savent ce qu’ils font.

Alors pourquoi de telles transactions, aux montants qui nous paraissent délirants ? Parce-que dans la Vallée, on n’achète pas forcément un chiffre d’affaire ou un bénéfice. Les grilles d’évaluation sont très différentes de ce que l’on peut connaître dans l’économie traditionnelle. Dans le cas d’Instagram, Facebook a acheté une équipe, une technologie (même si celle-ci n’a rien de très complexe) mais surtout une tendance, le picture marketing, en forte hausse (Instagram vient de fêter ses 100 millions de membres) et… un concurrent potentiel.

Mais ce qui m’a le plus frappé dans cette valse infernale des rachats, est le terme de « acqui-hire », mot valise signifiant « acquisition-embauche ». En fait de nombreuses entreprises rachètent des startups non pas pour leur idée, ni pour leur technologie mais pour leur équipe. Les choses allant très très vite ici, si une équipe est qualifiée, bien rodée et fortement opérationnelle, il peut être bien plus rentable de l’acheter que de perdre des mois à en constituer une de toutes pièces. En fait dans ce cas on achète un package, comme on achète une équipe de foot. C’est l’un des grands enseignements de ce voyage en Silicon Valley : si vous vous montez une startup, quelque soit la validité de l’idée, pensez tout de suite à monter une équipe solide. C’est ce qui donnera sa valeur à votre boîte et la mettra rapidement en position de rachat.

Même l’échec est monétisable

Même s’il faut se méfier des clichés et des lieux communs un peu faciles (personne n’aime l’échec), force est de reconnaître que dans la Silicon Valley l’échec fait partie du parcours de l’entrepreneur, et loin d’être disqualifiant, peut même être considéré comme valorisant. On apprend toujours de ses échecs, et pour peu que l’on s’en relève et que l’on sache analyser ce qui n’a pas fonctionné et pourquoi, ils sont un formidable gage pour monter un nouveau projet. Lire à ce sujet l’excellent article de Sue Black, qui faisait partie de l’équipe du Blogger Bus Tour, sur le blog Live Orange. L’échec ? Pour  Canice Wu, président de PlugAndPlay, l’un des principaux incubateurs de la Vallée, ce n’est pas un problème : « Si ça ne marche pas ce n’est pas grave. On arrête et on essaie autre chose ». Pas de jugement, pas de traumatisme, on pivote ou on passe à un autre projet, ce ne sont pas les idées qui manquent, et ça ne coûte pas grand chose de les mettre en oeuvre.

L’éco-système se suffit à lui-même

Autre point qui nous a frappés lors de cette visite : les entreprises sont très nombreuses dans la Silicon Valley, et souvent constituées de petites équipes dans la phase de démarrage, mais tout le monde se connait. Si chaque entrepreneur rêve de conquérir le monde, dans les faits cela ne se passe pas exactement comme cela. S’agissant de micro-entreprises de services, nombreuses sont les startups dont le marché se situe… dans la Silicon Valley. En fait, notamment chez les startups hébergées dans des incubateurs, les premiers clients ou utilisateurs sont le voisin d’à côté, le compagnon d’open space. Ici les idées sont rapidement mises en place publique sans véritable crainte de se les faire voler. Et comme l’argent circule et que la plupart des startups ont a minima quelques dizaines de milliers d’euros de trésorerie, il est facile de s’entraider en achetant les prestations de la startup d’à côté.

En conclusion on pourrait facilement penser que l’argent est réellement le nerf de la guerre dans la Silicon Valley. Il l’est, incontestablement, mais il ne serait rien sans les idées et les équipes. Cela étant, sans vouloir jouer les rabat-joie, les dollars, dans leur excès, peuvent également induire des déviances néfastes au développement de projets ayant une vraie valeur. Au final, la grande question serait de connaître sur une période donnée la véritable rentabilité des investissements cumulés : autrement dit, dans une vision globale, si l’on prenait par exemple la période de référence 2002 – 2012 et que l’on additionne la totalité des fonds levés par les entreprises du secteur, et que l’on mettait ce montant en équation avec la valeur produite aujourd’hui (chiffre d’affaire total des entreprises concernées + valeur de revente – faillites), la balance serait-elle positive ou négative ?

Une question à laquelle il est difficile de répondre, mais surtout, que personne ne semble se poser entre San Francisco et San Jose…

Pour finir je vous invite à retrouver tous les articles réellement passionnants publiés par les différents participants au Blogger Bus Tour :

Sur le blog Live Orange

Sur Presse-citron

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