[Blogger Bus Tour] Les incubateurs de la Silicon Valley, entre coaching, mécénat et big business

L’écosystème des startups high-tech ne serait certainement pas grand chose sans les fameux incubateurs, eux-mêmes abondés voire créés par des investisseurs en capital-risques fortunés. Gros plan sur ces éleveurs de startups.

L’écosystème des startups high-tech ne serait certainement pas grand chose sans les fameux incubateurs, eux-mêmes abondés voire créés par des investisseurs en capital-risques (Venture Capitalists ou VC pour les intimes) fortunés.

Nous avions vu lors d’un précédent voyage d’étude dans une autre « Valley » en Israël où régnait un esprit un peu comparable à celui de la Silicon Valley californienne, l’importance des fonds d’investissement et du réseau universitaire dans l’éclosion des idées et projets de jeunes pousses.

Il en va évidemment de même ici entre Cupertino, Palo Alto et San Jose, ou foisonnent des milliers de jeunes entreprises innovantes du web, parmi lesquelles figurent peut-être les futurs Google, Facebook, en tout cas de potentielles billion dollars companies. Car ici bien sûr la réussite d’un projet se mesure en bénéfices sonnants et trébuchants, mais – et cela peut sembler paradoxal pour notre état d’esprit européen – l’échec n’est pas éliminatoire et fait même partie du processus. Ce n’est pas un cliché, j’ai pu le vérifier lors d’un entretien avec le dirigeant de l’un des plus gros incubateurs de la Vallée.

Le rôle des incubateurs, que nous connaissons bien aussi en France avec, entre autres, le Camping, qui avait hébergé et co-organisé le Trophée Presse-citron Startup de l’Année se décline en trois volets principaux : infrastructure, financement et réseau :

  • infrastructure : tout ce qui permet aux jeunes entrepreneurs de passer rapidement en mode productif, à savoir pour commencer, les locaux, le mobilier, les lignes téléphoniques, l’accès internet haut débit, les services annexes (logiciels…), le café (beaucoup), la cantine, les bonbons, en bref tout ce qui touche à l’hébergement physique des entreprises
  • financement : le rôle des incubateurs ne se cantonne pas à héberger et à fournir la logistique. La plupart sont aussi investisseurs, et participent au financement de lancement (seed) ou de développement des jeunes pousses. Les prises de participation ne sont pas toujours très élevées, parfois de l’ordre de quelques milliers de dollars pour un premier tour.
  • réseau : c’est peut-être là que tout se joue. Les incubateurs travaillent en partenariat étroit avec les entreprises de la région, mais également avec d’autres grands groupes mondiaux qui ne sont pas forcément des pure players du web ou de l’informatique (Volkswagen ou Mercedes-Benz sont par exemple partenaires de PlugAndPlay). Les entreprises ou institutions partenaires (y compris des états, mais aucune trace de la France…) apportent leur savoir faire en matière de processus industriels, de structuration des projets, leur réseau et leur visibilité, et s’appuient en retour sur les talents qui foisonnent au sein des startups pour leur confier le développement de certains projets.

Des mètres-carrés et de la matière grise

Il est intéressant de noter que les deux principaux incubateurs que nous avons rencontrés, à savoir RocketSpace à San Francisco et PlugAndPlay TechCenter à Sunnyvale sont d’abord des… agents immobiliers, ou en tout cas des loueurs de locaux. PlugAndPlay par exemple, qui héberge et accompagne pas moins de 350 startups en phase de création ou de développement, est sis dans un immense bâtiment qui hébergeait auparavant une usine de composants Philips. Cette fourmilière en constante ébullition héberge des jeunes pousses qui comptent de 3 à 50 collaborateurs, la moyenne se situant à 5 personnes par startup.

Quand on interroge les responsables de cette immense usine à talents sur le modèle économique, et donc sur le chiffre d’affaire généré, ceux-ci nous expliquent que les revenus sont de deux natures : court et long terme. A court terme le chiffre d’affaire généré par la location des locaux, les serveurs, et quelques services liés, le but ici n’étant pas de faire du bénéfice sur le dos des startups, mais simplement d’équilibrer les comptes en couvrant les charges de fonctionnement. A long terme, on vise la big money, avec bien sûr le retour sur investissement produit par les startups qui « sortent », autrement dit celles qui réussissent en un temps très court (généralement moins de cinq ans) à créer une forte valeur, puis à se faire racheter par un géant du quartier. C’est là que se font les bénéfices.

Ce fut par exemple le cas de Paypal, incubé et développé ici chez PlugAndPlay et racheté par eBay en 2002, à peine 5 ans après sa création, pour la modique somme de 1,5 milliards de dollars. Le « hall of fame » qui vous accueille à l’arrivée chez cet incubateur est à ce sujet assez édifiant, puisqu’il affiche des montants de rachats de startups inconnues par ici qui donnent un peu le vertige. On parle de centaines de millions de dollars mesdames et messieurs, on est comme ça ici. Une autre planète, vraiment.

plugandplay
Dans la Silicon Valley, il pleut surtout des dollars, plus rarement de l’eau. Ici chez PlugAndPlay


Mais, mais… Où est donc la France ? 

Monter sa startup comme on monte un rock-band

Concernant le droit à l’échec, on peut dire qu’il figure « dans la constitution » de la nation des startups. On est ici pour essayer, tester, lancer des idées et des projets, bref pour participer à cet incroyable bouillonnement de matière grise, avant même de penser à devenir riche et célèbre. Créer sa boîte à partir d’une idée et de quelques lignes de code est dans l’ADN des (très) jeunes entrepreneurs hébergés ici. On monte sa startup comme on monte son groupe de rock, à deux ou trois potes, et on bosse sur le projet : du design d’interface, du code, beaucoup de code, un peu de marketing, une belle présentation (ou pas) et peut-être au bout un service web, une application mobile ou un gadget qui va tout déchirer. Comme on écrit un tube après avoir fait ses gammes. Et comme la réussite, l’échec fait partie du jeu : je serais curieux de savoir combien de startups parmi les 350 incubées aujourd’hui seront encore en vie et auront réussi leur envol dans cinq ans. Mais, comme le dit très bien et sur un ton parfaitement décontracté Canice Wu, président de PlugAndPlay « Si ça ne marche pas ce n’est pas grave. On arrête et on essaie autre chose ». Pas de jugement, pas de traumatisme, on pivote ou on passe à un autre projet, ce ne sont pas les idées qui manquent, et ça ne coûte pas grand chose de les mettre en oeuvre.

Duncan Logan, fondateur et CEO de RocketSpace, situé dans de superbes locaux vintage tout de brique rouge et de bois à San Francisco, appuie d’ailleurs sur cet aspect des choses : « Avant internet, le ticket minimum pour créer une boîte était de 500.000 dollars, aujourd’hui avec moins de 5000 dollars en poche on peut démarrer un business ».

rocketspace
Chez RocketSpace à San Francisco, les startupers sont aux petits soins

Autre élément marquant de cette journée en incubateurs : chez PlugAndPlay on a déjà mis en application depuis longtemps une sorte de contrat de générations. Une aile des locaux héberge des vétérans, retraités ou pas, ayant eu une carrière bien remplie et connu de nombreux succès – et échecs, probablement – dans le business. Ces Advisors in Residence bénévoles sont là pour aider les jeunes entrepreneurs en leur faisant partager leur expérience, en opérant un tri des dossiers et en les aidant à structurer leur croissance. Nous avons eu la chance de nous entretenir avec l’un d’entre eux, Bow Rodgers, un alerte sexagénaire au CV bien rempli (Sprint, Microsoft…) qui nous a donné sa vision  de sa mission et des prochaines grosses tendances du web : Big data, Cloud, Mobile, Santé… Et d’après ce que nous avons pu voir le gars n’est pas près de raccrocher les gants.

Nous avons vu hier qu’Orange Silicon Valley tenait également son rang en tant qu’incubateur en hébergeant et aidant une dizaine de startups à développer leur projet. Des projets qui ressemblent davantage à ce qui caractérise l’opérateur français : grand public, multimédia et reposant sur une technologie avancée. J’y reviendrai dans un prochain article.

(suite des chroniques en direct de la Silicon Valley demain)

 


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