Dans les années 1970 déjà, certains chercheurs avaient émis l’hypothèse que les tempêtes de poussières géantes qui frappaient Mars pouvaient provoquer de brèves décharges électriques. Trop peu puissantes pour générer des éclairs visibles, aucun instrument n’était toutefois parvenu à les enregistrer, et nous n’avions, par conséquent, aucune preuve directe de leur existence.
En 2022, le rover Perseverance, en sillonant les cratères sablonneux de la planète, avait déjà capté le son produit par les vents martiens. En cette fin d’année 2025, il est le tout premier à avoir enfin enregistré ces petits claquements électriques ; une découverte qui a été consignée le 26 novembre dans la revue Nature.
Des murmures électriques sur la planète rouge
Dans l’environnement aride de Mars, les vents violents qui la balayent emportent des grains de poussière, qui, en s’entrechoquant, accumulent une charge électrique (un phénomène appelé triboélectricité). Sur Terre, cela se produit également lors de violents orages ou à l’intérieur du panache de cendres produit par certaines éruptions volcaniques.
Sur Mars, la pression atmosphérique est si faible (100 fois inférieure à celle de la Terre) que la triboélectricité ne produit que des décharges très faibles. Comme l’air est moins dense, il ne peut pas transmettre efficacement l’énergie libérée lors de ces micro-étincelles : la décharge ne se propage quasiment pas et c’est pour cela qu’elles sont très difficilement détectables (éclairs ou tonnerre).
Lorsque ces décharges se produisent, elles ne laissent donc derrière elles que de minuscules perturbations électriques, que le microphone de l’instrument SuperCam, embarqué à bord de Perseverance a réussi à enregistrer. C’est aujourd’hui grâce à une équipe dirigée par le planétologue Baptiste Chide (Université de Toulouse) que nous savons enfin qu’elles existent bien.
Durant de longs mois, ils ont analysé les enregistrements collectés par le microphone de Perseverance, en concentrant leur attention sur les périodes où les vents martiens étaient suffisamment agités. Plus ceux-ci sont violents, plus le transport de matière est important (énergie mécanique), et plus la probabilité de la triboélectricité soit générée est importante.
Sur deux années martiennes, l’équipe a ainsi extrait 28 heures d’audio des événements éoliens les plus propices, correspondant aux périodes situées dans le tiers supérieur des régimes de vent mesurés par Perseverance. Dans ce corpus de données, ils ont pu détecter 55 petites décharges, dont sept pour lesquelles Perseverance a capté la totalité de l’événement.
Chaque décharge débute par une impulsion électrique soudaine, qui s’atténue en environ huit millisecondes. Dans les cas où elles étaient les plus intenses, un léger claquement acoustique apparaît, produit par l’air, qui, bien que très rare, se dilate sous l’effet du bref dégagement de chaleur. Extrêmement faibles, ces événements acoustiques sont néanmoins la preuve qu’il y a bien de l’électricité dans l’air, même sur Mars !
Un nouveau facteur à intégrer dans la future conquête de Mars
Ces décharges sont, d’un point de vue énergétique, sans commune mesure avec celles se produisant sur Terre lorsqu’un éclair frappe. En moyenne, il dégage un milliard de joules (l’équivalent de l’explosion d’envrion 240 kg de TNT) ; sur Mars, les décharges libèrent entre 0,1 et 150 nanojoules. À cet égard, on pourrait presque les comparer à de minuscules étincelles, l’énergie dégagée étant un million de milliards de fois plus faible que celle d’un éclair terrestre.
Même l’énergie libérée lors des décharges triboélectriques sur Terre est bien plus importante : une simple étincelle statique peut atteindre quelques millijoules, soit des millions de fois plus que les nanojoules enregistrés sur Mars. Même en frottant un pull synthétique, l’électricité produite peut dégager quelques millijoules, dépassant de plusieurs ordres de grandeur les étincelles martiennes.
Cela ne signifie pas pour autant qu’il ne faudra pas les prendre en considération si l’on souhaite un jour poser nos pieds et coloniser la planète. Même si leur faible intensité est peu susceptible de causer des dommages à nos instruments, elles démontrent que Mars est une planète active électriquement, une donnée que nous n’avions pas confirmée jusqu’à présent.
Même minime, cette activité statique influence nécessairement le comportement de la poussière martienne, qui est déjà, en soi, un facteur de risque très complexe à maîtriser pour que les colons et nos installations n’en souffrent pas trop. Fortement abrasive, si elle est en plus chargé électriquement, elle pourrait perturber les systèmes électroniques sensibles : capteurs électrostatiques et électromagnétiques, instruments d’analyse chimique ou météorologiques, systèmes de communications, par exemple.
Les infrastructures martiennes devront ainsi être conçus dans l’idée de lui être complètement résistantes ; leur longévité en dépend. Sans avoir à craindre non plus des « orages martiens », qui n’existent pas, intégrer ces phénomènes dans notre compréhension du climat de la planète sera l’une des conditions sine qua non pour établir des modèles atmosphériques fiables. Nous peinons déjà à modéliser des projections à court terme sur Terre, il nous sera tout simplement impossible d’imaginer coloniser une autre planète si nous sommes incapables de comprendre le système météorologique auquel seront confrontés les premiers colons qui y poseront un pied. Une réalité parmi tant d’autres que les discours technosolutionnistes de Musk et de SpaceX évitent soigneusement, préférant faire la promotion d’idées spectaculaires que d’aborder certaines contraintes matérielles et, dans le cas présent, poussiéreuses.
- Des enregistrements du rover Perseverance montrent que Mars produit de minuscules décharges électriques liées au frottement de la poussière dans le vent, un phénomène longtemps soupçonné mais jamais observé directement.
- Ces micro-étincelles sont bien moins puissantes que les éclairs terrestres, mais elles sont un élément central du climat martien et un défi technique majeur pour toute mission habitée.
- Comprendre ces phénomènes sera indispensable pour construire des modèles météorologiques fiables et anticiper les conditions auxquelles devront faire face d’éventuels colons.
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