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La catastrophe de Halifax : la plus grande explosion avant Hiroshima

Le jour où Halifax a quasiment été rayée de la carte en quelques secondes.

Le 6 décembre 1917, Halifax (capitale de la province canadienne de Nouvelle-Écosse) a été figée dans l’horreur. Dans son port, un navire français chargé d’explosifs entre en collision avec un navire norvégien ; un choc qui provoqua une déflagration colossale. L’explosion résultant de ce télescopage provoqua la mort de 2 000 personnes, en blessa 9 000 dont près de 2 000 très grièvement et rasa plusieurs quartiers de la ville.

L’onde de choc qui suivit la détonation fut si intense qu’elle fut entendue à plusieurs centaines de kilomètres de la ville. Cette explosion non nucléaire et accidentelle reste, encore à ce jour, la plus puissante jamais enregistrée avant celle qui toucha la ville d’Hiroshima, ravagée le 6 août 1945 par la bombe atomique américaine Little Boy.

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La dévastation totale du port d’Halifax après la catastrophe. © Bibliothèque et Archives Canada / C-019948

Halifax, le port assis sur un baril de poudre

Durant le rude hiver de 1917 qui a frappé le Canada, la ville vivait au rythme du conflit qui embrasa la planète depuis le 28 juin 1914 et devint le cœur battant de l’effort de guerre canadien. Port stratégique de l’Océan Atlantique nord, Halifax voit défiler les convois de navires alliés, chargés de vivres, de munitions et de troupes, qui s’élançaient vers l’Europe.

Chaque départ était escorté par des navires armés, car les sous-marins allemands rôdaient au large, prêts à torpiller tout convoi envoyé en support au Vieux Continent. Au milieu de ce trafic frénétique qui agitait le port, deux navires croisèrent leur route ; une rencontre qui sera fatale pour Halifax.

Le premier, le SS Mont-Blanc, était un cargo français lourdement chargé d’explosifs : près de 2 600 tonnes de matières hautement instables, dont du TNT (trinitrotoluène), de la benzole, et de l’acide picrique, deux substances très instables utilisées pour fabriquer des explosifs. Le second, le SS Imo, est un navire norvégien affrété par la Commission de secours belge, venu chercher du ravitaillement pour l’Europe occupée.

Au petit matin du 6 décembre 1917, la circulation maritime au sein du chenal du port était extrêmement dense. Le SS Imo, pressé de quitter le port, força l’allure et s’engagea à toute vitesse dans ce dernier, et son capitaine s’en tint à sa trajectoire de sortie, croyant avoir la priorité.

En face, le SS Mont-Blanc avançait plus lentement, lesté d’une cargaison que ses marins savent terriblement dangereuse. Les deux capitaines s’échangent des coups de sirène pour indiquer leur trajectoire, mais chacun interprète mal les signaux de l’autre et les deux bâtiments se rapprochent de plus en plus.

La vidéo ci-dessous de Terra Incognita narre de manière extrêmement précise la chronologie des faits et l’accumulation d’erreurs qui ont mené au désastre.

A 8 h 45, les deux navires se percutèrent violemment ; l’étrave (partie avant et saillante d’un bateau) du SS Imo déchire la coque du SS Mont-Blanc. Les fûts de benzole, entassés sur le pont, se renversent et éclatent, répandant une nappe irisée qui et des gaz qui enflammèrent aussitôt l’air. Les premières flammes léchèrent les cordages goudronnés du navire, qui s’embrasèrent de manière fulgurante.

Très vite, un panache noir, épais, monte droit dans le ciel, visible depuis toute la ville. Sur le pont, les marins du Mont-Blanc ont très vite compris qu’ils ne pourraient contenir l’incendie. Le cargo n’étant, dès lors, plus qu’une bombe prête à exploser, le capitaine n’a qu’un ordre à donner : abandonner le navire.

À terre, personne ne mesurait encore le danger. Au contraire, l’incendie attira même les badauds : hommes, femmes et enfants se sont massés sur les quais, s’entassaient aux fenêtres, certains au sortir de leur lit pour mieux voir le SS Mont-Blanc dériver en flammes. Le navire, livré aux courants et aux vents, vint s’écraser contre le quai n° 6, et le feu gagna les cales, chauffant les fûts qui n’étaient pas encore touchés par le premier incendie : ce fut l’ultime collision, qui déclencha l’explosion.

Une ville pulvérisée

Quelque 20 minutes après la malencontreuse rencontre entre les deux bateaux, à 9 h 04, la ville entière est ravagée par son souffle. Le cargo français, en éclatant, libéra une énergie monumentale, équivalente à plusieurs milliers de tonnes de dynamite (environ 2,9 Kt).

Le souffle pulvérisa instantanément le quartier de Richmond, projeta des wagons hors de leurs rails et fit éclater les vitres jusqu’à des dizaines de kilomètres. Une boule de feu s’éleva à plus de 1 500 mètres, suivie d’un nuage en forme de champignon qui plongea Halifax dans une nuit artificielle. Les habitants de la ville qui observaient encore depuis leurs fenêtres n’eurent même pas le temps de comprendre ce qu’il s’était passé : en une fraction de seconde, tous furent engloutis par l’explosion.

Les rues aux alentours du port étaient méconnaissables : maisons réduites en poussière, tramways renversés, rails tordus comme du fil de fer… Une vision apocalyptique.

La déflagration fut si violente qu’elle souleva une vague de plusieurs mètres dans le port. Le tsunami, déclenché par l’effondrement des quais et des navires, s’écrasa sur les rives d’Halifax et de Dartmouth, emportant avec lui maisons de pêcheurs, entrepôts et passants qui avaient survécu au premier souffle.

En quelques minutes, plus de 2 000 vies avaient été fauchées. Dans les rues dévastées, des blessés erraient hébétés, couverts de poussière et de sang, beaucoup mutilés ou aveuglés par les éclats de verre. Les hôpitaux, très rudimentaires, furent submergés dès la première heure ; des salles d’école et des églises furent transformées en dispensaires improvisés. Des chirurgiens opéraient à la chaîne, parfois à la lueur vacillante des bougies, l’électricité ayant été coupée par l’explosion.

Comme si la situation n’était pas assez chaotique, le lendemain, une violente tempête de neige frappa Halifax, recouvrant les ruines de la veille. De nombreux survivants, frigorifiés, fouillaient à mains nues les décombres dans l’espoir de retrouver leurs proches ensevelis.

Les équipes de secours, fortement sollicitées, peinaient à progresser ; Halifax était engloutie par la neige et les cendres. Les chevaux tirant les charrettes de vivres ou de matériel s’enfonçaient dans la boue glacée ; les brancardiers luttaient contre le vent pour transporter les blessés… La tempête hurlait si fort que beaucoup de survivants ne furent jamais retrouvés et perdirent également la vie, congelés par le froid.

Face à l’ampleur du désastre, l’entraide se met en marche dès les premières heures. Des comités de secours sont créés à Halifax, rejoints par des renforts venus du Canada entier puis de l’étranger. Des médecins, des vivres et des fonds affluent pour sauver ce qui pouvait encore l’être.

De cette tragédie qui marqua profondément le Canada vont pourtant naître de remarquables progrès, comme ce fut le cas après le Great Smog de Londres. Les milliers de blessures oculaires, causées par l’éclatement des vitres, conduisèrent, plus tard, à la création de l’Institut national canadien pour les aveugles et au développement de nouveaux protocoles en ophtalmologie. Le traitement des brûlures chez les enfants, nombreux parmi les victimes, fit pareillement progresser la chirurgie pédiatrique.

Le quartier ouvrier de Richmond, entièrement balayé par l’explosion, renaîtra de ses cendres plus tard sous la forme du quartier Hydrostone, porté par l’architecte Thomas Adams. Un quartier entièrement construit en pierre de ciment ignifugée (l’hydrostone), conçue pour résister aux incendies et garantir des conditions de vie décente à ses habitants. Ce chantier, pionnier du logement public au Canada, fit finalement d’Halifax une vitrine de l’urbanisme moderne.

Pour le Canada, l’explosion d’Halifax est restée une cicatrice indirecte de la Première Guerre mondiale, que le pays commémore chaque année le 6 décembre. La cérémonie se tient au Fort Needham Memorial Park, là où se trouvait une grande partie du quartier de Richmond. Les sirènes des navires qui mouillent dans le port et la cloche du Mémorial retentissent à 9 h 04, l’heure exacte de l’explosion, pour en honorer ses victimes. Jeune dominion (le Canada ne gagna son indépendance qu’en 1931), il dut apprendre, ce matin de 1917, que participer à la guerre signifiait aussi accepter que le conflit puisse pénétrer jusque dans ses foyers. Un épisode qui lia pour toujours Halifax à la Grande Guerre ; un douloureux rappel que celle-ci fut le premier conflit moderne à s’affranchir des frontières tracées par l’Homme.

 

  • En 1917, une collision entre deux navires dans le port d’Halifax provoqua une explosion massive, la plus puissante jamais enregistrée avant Hiroshima.
  • L’onde de choc rasa des quartiers entiers, tua environ 2 000 personnes, en blessa des milliers d’autres et laissa la ville plongée dans le chaos.
  • Chaque année, le Canada commémore l’événement au Fort Needham Memorial Park.

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