On ne les remet jamais vraiment en cause. Les scanners, ou tomodensitométries, sont devenus des gestes réflexes de la médecine moderne. On les prescrit pour explorer un thorax, confirmer une embolie, surveiller une tumeur potentiellement cancéreuse. Leur efficacité les rend presque intouchables dans la pratique clinique, mais ils exposent aussi les patients à des doses de radiations répétées.
Une étude publiée le 14 avril dans JAMA Internal Medicine par une équipe de l’Université de Californie (San Francisco), vient poser cette question épineuse : et si l’impact des scanners sur le développement de cancers était bien plus important qu’on ne l’avait cru jusqu’ici ?
100 000 diagnostics invisibles
Les chercheurs ont voulu mesurer ce que l’on ne voit jamais sur l’écran : le risque, à long terme, que laisse le faisceau des scanners sur l’organisme des patients. À partir des données collectées en 2023 auprès d’hôpitaux et de centres d’imagerie, ils estiment que 93 millions de scanners ont été réalisés sur environ 61,5 millions de personnes aux États-Unis.
En croisant cette activité avec les doses moyennes de rayonnement et la zone du corps examinée, ils sont arrivés sur cette projection : plus de 100 000 cas de cancer induits par les seuls scanners de cette année-là. Un chiffre qui dépasse de trois à quatre fois les estimations précédentes, selon les auteurs.
Dans un pays où l’on diagnostique environ deux millions de nouveaux cas de cancer chaque année, cela signifierait que les scanners pourraient, à terme, en représenter près de 5 %. Un ordre de grandeur quasiment comparable à celui de l’obésité (7,6 %) ou de la consommation d’alcool (5,4 %).
Le débat sur les marges d’incertitude
Évidemment, cette estimation ne fait pas l’unanimité. Mark Supanich, physicien médical au sein du département de radiologie de l’Université de Rush, s’interroge sur la solidité de ces calculs. « Je pense que les auteurs surestiment le risque de cancers liés au scanner », explique-t-il. En cause, selon lui, un biais méthodologique : une part importante des patients examinés sont déjà atteints de pathologies lourdes, et les inclure dans l’estimation globale gonflerait artificiellement les prévisions.
L’équipe californienne affirme pourtant avoir tenu compte de ce biais, en excluant les examens pratiqués durant la dernière année de vie, période où les pathologies graves sont les plus fréquentes. Une seconde analyse, plus restrictive, a également été menée.
Mais pour Mark Supanich, cette précaution reste insuffisante : selon lui, certains cancers diagnostiqués après ces examens pourraient être liés à des maladies préexistantes. D’autres travaux vont d’ailleurs plus loin en retirant de leurs calculs les scanners effectués jusqu’à cinq ans avant un décès, afin d’éviter toute confusion entre causalité et coïncidence médicale.
Parce qu’il permet de trancher, de localiser, de prévenir parfois, le scanner a échappé ; peut-être trop souvent ; à l’examen de ses effets secondaires, comme si l’urgence du bénéfice immédiat annulait, à elle seule, toute remise en question. Ce que rappellent les auteurs de cette étude, ce n’est pas qu’il faudrait s’en passer, ni même en restreindre l’usage, mais qu’il est temps de réintroduire du discernement là où la routine a fini par anesthésier la réflexion. L’efficacité n’exempte pas de vigilance ; et si certains risques demeurent faibles à l’échelle individuelle, leur accumulation à grande échelle mérite qu’on s’y penche.
- Une étude américaine revoit fortement à la hausse le risque de cancer lié aux examens d’imagerie médicale.
- Les estimations suggèrent qu’un grand nombre de diagnostics pourrait indirectement être lié à ces expositions.
- L’analyse des auteurs ne fait cependant pas l’unanimité et il se pourrait que le risque ait été surévalué.
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