Surnommée autrefois « peste blanche », la tuberculose, maladie tristement célèbre pour avoir ravagé les populations du monde entier, en particulier en Europe et en Amérique du Nord, connaît une résurgence dans le Midwest américain. Depuis le mois de janvier 2024 les autorités sanitaires de Kansas City et des deux comtés avoisinants ont recensé 147 personnes diagnostiquées, dont 67 présentent des symptômes actifs tandis que 80 autres hébergent une infection latente, asymptomatique, mais potentiellement contagieuse.
Cela peut paraître peu, mais entre 2019 et 2021, le Kansas recensait environ 40 cas par an, ce qui représente donc une augmentation de 267,5 %, une ampleur inhabituelle et très préoccupante. Même si la maladie a été endiguée depuis longtemps avec le développement du vaccin BCG, elle demeure aujourd’hui la première cause de mortalité infectieuse mondiale, en particulier dans les pays en développement, dépassée uniquement par la COVID-19 durant les trois premières années de pandémie.
La tuberculose n’est pas morte
L’épidémie qui sévit actuellement au Kansas frappe particulièrement les communautés à faibles revenus et a déjà causé deux décès. L’agent pathogène responsable est une bactérie appelée Mycobacterium tuberculosis ; elle se propage principalement par voie aérienne, via des gouttelettes émises lors de toux, de discussions, voire même lorsque l’organisme est au repos total. Une simple respiration lui suffit pour être éjectée des poumons de son hôte.
La contagiosité de cette affection est considérée comme très élevée selon les standards de la médecine moderne : un patient non traité peut contaminer entre 10 et 15 personnes. Même à l’échelle mondiale, les cas de tuberculose sont à la hausse ; les données épidémiologiques montrent qu’il y a eu une augmentation de 4,6 % entre 2020 et 2023, rompant ainsi avec des décennies de déclin constant. Sur le territoire américain, la hausse a atteint 15 % entre 2022 et 2023.
Selon les spécialistes Karen Dobos et Marcela Henao-Tamayo, microbiologistes à l’Université d’État du Colorado, cette propagation est en lien avec les perturbations sanitaires liées à la pandémie de COVID-19. Les confinements obligatoires ont restreint l’accès aux centres de santé pour les diagnostics précoces et le renouvellement des traitements, la crainte de contracter le coronavirus lors des visites médicales dissuadant nombre de patients. Ces ruptures de prise en charge auraient engendré près de 700 000 décès évitables par tuberculose à l’échelle mondiale.
Tuberculose : des remèdes d’antan à la médecine moderne
Pour lutter contre la tuberculose avant les années 1930, les médecins prescrivaient des remèdes parfois assez curieux. Saignées (pratique médicale ancestrale qui consistait à retirer du sang au patient dans le but de rétablir un équilibre supposé des humeurs corporelles), huile de foie de morue (pour renforcer l’immunité) ou séjours en sanatorium d’altitude. On pensait alors que l’air froid et sec des montagnes était un curatif, une croyance aujourd’hui complètement invalidée.
Bien heureusement, l’arsenal médicamenteux moderne s’est progressivement amélioré : la streptomycine dans les années 1940, puis l’isoniazide dans les années 1950, deux antibiotiques qui ont permis de réduire considérablement la mortalité et la morbidité (proportion de personnes atteintes) liées à cette maladie. Cependant, la tuberculose a rapidement développé des résistances à ces molécules utilisées isolément, forçant la médecine à s’adapter.
Aujourd’hui, les protocoles thérapeutiques reposent sur l’administration de deux à quatre antibiotiques, que l’on prescrit différemment selon le stade de l’infection. Pour les formes latentes (sans symptômes), un traitement préventif limite les risques d’évolution vers une forme active et pour les formes actives symptomatiques, une combinaison plus intensive d’antibiotiques pendant au moins six mois est nécessaire.
Justement, là est le principal problème : la durée du traitement. Toute interruption prématurée de celui-ci permet aux bactéries partiellement éliminés de proliférer de nouveau, favorisant l’émergence de souches multirésistantes. Ces formes particulièrement dangereuses nécessitent alors des traitements encore plus complexes, pouvant s’étendre au-delà de neuf mois avec des molécules dites de seconde ligne (médicaments antituberculeux utilisés lorsque les traitements de première intention échouent en raison de résistances bactériennes).
Toutefois, ces traitements sont très violents pour le corps et les patients subissent souvent des effets secondaires sévères : nausées persistantes, troubles visuels, neuropathies périphériques et altérations des fonctions hépatiques. Des complications qui peuvent en plus perdurer bien après la fin du traitement, diminuant durablement leur qualité de vie.
C’est pourquoi l’adage « il vaut mieux prévenir que guérir » prend ici tout son sens. En identifiant et traitant la maladie avant l’apparition des symptômes, les médecins peuvent non seulement prévenir la transmission à d’autres personnes, mais aussi administrer des traitements moins agressifs et mieux tolérés.
La pandémie de COVID-19 a gravement perturbé cette chaîne de soins, à laquelle s’est ajoutée une pénurie sans précédent de médicaments antituberculeux aux États-Unis entre 2021 et 2023. Ces ruptures d’approvisionnement ont contraint les médecins à modifier leurs prescriptions, parfois au détriment de l’efficacité thérapeutique.
Ce retour de la tuberculose doit être compris comme un signal d’alarme : les reculs en matière de politique de santé publique et de couverture sociale aux États-Unis créent des conditions propices au réveil de ce type de maladies infectieuses que l’on croyait reléguées aux livres d’histoire. Avec le retour de Trump à la Maison-Blanche, qui poursuit le démantèlement des filets de protection du pays, musèle la recherche, affaiblit les agences de santé publique via le DOGE et érige l’ignorance en doctrine, la tuberculose sera peut-être en elle-même un symptôme. Celle d’un État en totale déliquescence au bord de voir ressurgir des crises sanitaires dignes d’un autre siècle ; une régression indigne d’un pays si développé.
- La tuberculose connaît une recrudescence inquiétante aux États-Unis, en particulier dans le Midwest, avec une augmentation marquée des cas.
- Le traitement, long et contraignant, favorise l’apparition de souches résistantes lorsque la prise en charge est interrompue ou inadéquate, rendant la maladie plus difficile à éradiquer et plus dangereuse pour les patients.
- Le démantèlement des politiques de santé publique et la réduction des financements fragilisent la lutte contre ces maladies infectieuses, laissant présager un retour de crises sanitaires évitables dans un pays pourtant doté de ressources médicales avancées.
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