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ChatGPT ne sera plus un chatbot : OpenAI veut qu’il devienne votre « cerveau numérique »

Si vous avez toujours rêvé d’un majordome numérique à plein temps, OpenAI est en train de le former.

Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis que ChatGPT fut extirpé des labos d’OpenAI en 2022. Le chatbot a mûri à vitesse grand V, passant d’un simple modèle textuel (modèle 3.5, déjà fort impressionnant) à un assistant multimodal (modèle 4o) capable de comprendre des images, de générer de splendides visuels avec DALL-E 3, d’analyser des données, et même de naviguer sur le web.

Ce n’était apparemment que l’échauffement. Dans les mois qui viennent, le chatbot va entamer sa plus grande mue : sortir du statut d’assistant passif pour devenir un véritable cerveau numérique personnel. Ce vœu a longtemps été évoqué par Sam Altman lui-même, mais cette grande transformation se précise enfin. C’est un document officiel, transmis dans le cadre de la procédure antitrust engagée contre Google aux États-Unis, qui vient de nous livrer nombre d’informations croustilantes.

L’assistant total, piloté par l’IA

Le projet porte un nom en interne chez OpenAI : le « super-assistant ». Une formule marketing peu originale, mais passons. OpenAI veut créer une IA capable de connaître l’utilisateur en profondeur, de comprendre ses priorités, ses besoins, et d’agir proactivement, presque sans sollicitation.

Selon le document relayé par BGR, il pourra « vous assister dans toutes les tâches qu’une personne intelligente, fiable et dotée d’un vrai sens du relationnel pourrait accomplir derrière un ordinateur ». Prendre en charge l’intégralité de votre quotidien numérique, voilà ce dont il sera capable. Lire vos e-mails, trier vos rendez-vous, remplir des formulaires administratifs, gérer vos abonnements, organiser vos vacances, contacter des prestataires, prendre des rendez-vous médicaux, et même, au besoin, négocier avec un service client.

Ce super-assistant, OpenAI le décrit ainsi : « une IA ultra-personnalisée, qui vous accompagne sur tous les supports : site web, applications natives, smartphone, e-mails, voire des assistants concurrents comme Siri. Le concept de « compétences en T »  résume sa logique : elle saura gérer les corvées du quotidien tout en étant capable de s’attaquer à des sujets beaucoup plus techniques ou complexes, comme du développement logiciel ».

À ce stade-là, peut-on encore parler d’un assistant ? N’est-il pas plutôt un gestionnaire de vie ? Le mot « assistant » implique une relation hiérarchique claire : l’humain commande, l’assistant exécute. Ici, c’est exactement l’inverse.

Super-assistant ou super-intrus ?

OpenAI devra s’affranchir de plusieurs obstacles afin de prétendre pouvoir mener son projet à bout. Le plus coriace de tous : accéder à vos données personnelles. Aujourd’hui, ChatGPT ne dispose d’aucun accès natif à vos emails, votre calendrier, vos SMS ou vos applications métiers. C’est tout l’enjeu de cette nouvelle phase : brancher le chatbot sur la totalité votre environnement numérique.

Il faudra aussi développer ce qu’OpenAI décrit comme la « couche sociale et ambiante » : un niveau supplémentaire d’intelligence contextuelle, où l’IA sait tenir compte de l’environnement en plus de s’acquitter des taches qu’on lui demande. Elle devra reconnaître qui parle, différencier les interlocuteurs, détecter les intentions derrière les requêtes et adapter ses réponses en fonction des situations rencontrées. Rapprocher ChatGPT du fonctionnement humain, si l’on devait résumer en quelques mots.

Reste évidemment la question de la confiance ; cet accès privilégié (tentaculaire même) à vos données exige, sur le papier, des garanties béton sur la sécurité, la transparence et le contrôle des flux d’information. Sur ces sujets un tout petit peu sensibles, OpenAI préfère pour l’instant se murer dans le silence.

Cela ne semble pas effrayer l’entreprise, qui compte lancer ce super-assistant sur le marché… cette année ! Une échéance très courte, alors même qu’aucun prototype public n’a encore été présenté sous cette forme. Le hardware conçu avec Jony Ive (le fameux projet secret d’OpenAI) pourrait d’ailleurs être l’un des vecteurs d’intégration de cette interface omniprésente.

Si OpenAI parvient à ses fins – ce qu’elle a toujours fait jusqu’à présent – la rupture sera d’ordre technologique, mais également culturelle et sociétale. Sommes-nous vraiment prêts à confier des pans entiers de notre quotidien à un système automatisé ? Système, qui, de plus, est piloté en grande partie par des intérêts privés qui primeront toujours sur les questions de souveraineté individuelle ou de gouvernance collective. Son super-assistant, tel qu’il est décrit, s’annonce comme le climax, l’apogée de l’automatisation personnelle. À force de déléguer nos tâches à tout-va au nom du confort, n’allons-nous pas finir par déléguer nos responsabilités les plus importantes ? Face une super IA qui apprend chaque jour à anticiper nos désirs mieux que nous-mêmes, quelle place restera-t-il pour nos intentions, qui, elles, resteront bien humaines ?

  • OpenAI prépare une évolution majeure de ChatGPT pour en faire un assistant personnel capable de gérer des tâches complexes et quotidiennes.
  • Ce super-assistant devra accéder à de nombreuses données personnelles et maîtriser les interactions humaines avec plus de finesse pour fonctionner correctement.
  • Ce projet, même si techniquement impressionnant, met tout de même en tension certaines notions : perte d’autonomie individuelle, pouvoir grandissant des acteurs privés sur nos données et nos décisions, etc.

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