Si vous avez suivi un peu l’affaire ces derniers jours, vous n’êtes pas sans savoir qu’une épidémie due à l’hantavirus a éclaté à bord d’un navire d’expédition au début du mois de mai, le MV Hondius. Elle a déjà coûté la vie à trois personnes et tous les passagers sont rentrés dans leurs pays respectifs, certains sous surveillance étroite, dont une Française qui vient d’être testée positive.
L’enquête sanitaire avançant, nous savons désormais que cette épidémie aurait pu être contenue bien plus tôt. Le premier passager est décédé dans l’enceinte du bateau le 11 avril, mais sa mort a été attribuée à une cause naturelle. Personne n’a été placé à l’isolement et la croisière a continué sa route. Il a fallu attendre qu’un Britannique se présente au médecin de bord le 24 avril avec de la fièvre et des symptômes pulmonaires, pour qu’il soit évacué depuis l’île de l’Ascension le 27 avril vers l’Afrique du Sud.
C’est lorsqu’il était en soins intensifs à Johannesburg qu’il a été testé positif au hantavirus (la souche des Andes, la seule transmissible entre humains) pour la première fois, le 2 mai. Seulement à partir de là, le protocole sanitaire s’est enfin mis en branle, 26 jours après les premiers symptômes déclarés à bord. Plus de trois semaines de flottement, qui ont potentiellement permis au virus de se répandre aux quatre coins du globe.
Le MV Hondius : un huis clos parfait

Le hantavirus ne peut normalement pas facilement circuler à bord d’un navire ; les personnes infectées le contractent généralement sur terre, en en inhalant des aérosols contaminés par les déjections de rongeurs infectés. En nettoyant, par exemple, des espaces mal ventilés comme des greniers ou des remises.
Sauf dans le cas de la souche des Andes, la seule à franchir la barrière interhumaine. Les virologues s’accordent sur une hypothèse : une fois une personne infectée, le virus atteindrait une concentration particulièrement élevée dans sa salive, ce qui faciliterait sa transmission par voie aérienne.
Un bateau comme le MV Hondius n’est pas un paquebot de croisière de luxe et les espaces à bord sont plutôt confinés, ce qui a certainement facilité la transmission entre les passagers. Des contacts étroits et prolongés : les conditions parfaites pour que la souche des Andes puisse circuler. Sur un navire d’expédition comme celui-ci, la promiscuité est très importante et il est quasiment impossible de maintenir une quelconque distance entre passagers.
Quand bien même l’un d’entre eux aurait souhaité prendre garde, il n’aurait eu nulle part où aller, et encore fallait-il qu’il ait une raison de le faire. Comme l’alerte n’a pas été donnée, personne n’a cherché à se protéger, y compris le médecin de bord lui-même, qui a fini par être évacué vers les Pays-Bas le 6 mai.
L’un des passagers a expliqué a posteriori ses regrets : « J’aurais aimé que l’équipage prenne plus au sérieux la situation et qu’il envisage la possibilité d’une maladie contagieuse dès le premier décès à bord. Mais personne n’a été mis à l’isolement. Tout le monde était ensemble et les activités de groupe ont continué ». La zone du voyage aurait déjà dû suffire à orienter le diagnostic : le MV Hondius venait d’Ushuaia, en Argentine, foyer historique de la souche des Andes. Un médecin informé des particularités épidémiologiques de la région aurait eu toutes les raisons de suspecter la présence de cet agent pathogène dès les premiers cas groupés de détresse respiratoire à bord.
Le retard de diagnostic, seul vrai responsable

L’enquête du ministère argentin de la Santé a retracé les déplacements du premier patient décédé : quatre mois de voyage entre le Chili, l’Uruguay et l’Argentine, avec un retour à Ushuaia quatre jours seulement avant l’embarquement. Le virus était donc déjà à bord dès le 1er avril. Sa période d’incubation (qui peut s’étendre de 1 à 6 semaines) a coïncidé avec le départ du navire, et c’est en pleine mer que la chaîne de transmission aurait commencé.
Anaïs Legand, experte technique sur les fièvres hémorragiques virales à l’OMS, a expliqué auprès de nos confrères de franceinfo : « il n’y a pas pour ce virus de preuves qu’on puisse transmettre la maladie à quelqu’un avant d’avoir des symptômes ». Le premier malade n’était donc pas contagieux pendant les premières semaines où il incubait à bord. Il ne l’est devenu que le 6 avril, au moment où la fièvre et les symptômes respiratoires ont commencé à se manifester.
Même s’il se transmet moins facilement que le SARS-CoV-2 ou la grippe, un diagnostic posé à temps par le médecin et une mise à l’isolement auraient suffi à couper nette la chaîne de transmission. Le mot « hantavirus » n’a été prononcé qu’un mois plus tard, à Johannesburg, quand il était déjà trop tard pour agir.
Il n’existe, à ce jour, aucun traitement curatif ou de vaccin offrant une protection contre la souche des Andes. Une maladie qui touche quelques centaines de personnes par an, principalement dans des zones rurales reculées d’Amérique du Sud, n’attire pas les capitaux nécessaires aux essais cliniques de phase III. Pour autant, les autorités sanitaires de l’ensemble des pays concernés (Canada, Suisse, Pays-Bas, Royaume-Uni) ont convergé vers la même évaluation que l’OMS : le risque pour la population générale reste faible.
Il n’y a donc pas matière à s’inquiéter, à moins d’avoir fait partie des passagers ou de l’équipage du MV Hondius, ou d’avoir été en contact étroit avec l’un d’entre eux, mais vous seriez évidemment au courant. Depuis l’évacuation du navire à Tenerife le 10 mai, la situation continue d’évoluer : au 10 mai, seize cas confirmés ou suspects ont été recensés dans treize pays différents.
- Une épidémie de hantavirus a éclaté à bord du MV Hondius, causant trois décès et nécessitant la surveillance de plusieurs passagers.
- Le retard dans le diagnostic et l’isolement des malades a permis la propagation du virus, qui était déjà présent à bord avant le départ.
- Les autorités sanitaires estiment que le risque pour la population générale reste faible, mais la situation est préoccupante pour ceux en contact avec le navire.
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