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Les chiens peuvent-ils vraiment sentir les fantômes ?

Nos fidèles compagnons à quatre pattes possèdent-ils réellement le « flair paranormal » que nous pouvons leur prêter ?

L’idée que les chiens puissent sentir des présences invisibles, des fantômes ou autres entités en provenance de l’au-delà, relève à la fois de la croyance populaire, mais touche également à une réelle interrogation scientifique. Celle de la limite de la perception animale. En effet, le meilleur ami de l’homme peut parfois adopter d’étranges comportements dans certains contextes : aboiements injustifiés et posture méfiante à l’égard d’un lieu, agitation sans qu’un stimulus ne l’ait déclenchée ou fixation d’un point dans le vide, etc.

Certains y voient la preuve absolue que les chiens sont en lien avec des forces venues d’ailleurs ou qu’ils perçoivent des réalités auxquelles nous sommes parfaitement insensibles. Le regard moderne de la science est-il réellement parvenu à trancher entre cette projection purement humaine et l’étonnante acuité sensorielle de nos compagnons ?

Les chiens ont-ils un sixième sens ? Une question plus biologique que mystique

Marc Eaton (dont vous nous parlions déjà dans cet article), sociologue au Ripon College, se souvient d’un enquêteur du paranormal persuadé que son chien « voyait » le fantôme de son père récemment décédé. « L’animal aboyait sans cesse vers les escaliers, suivant quelque chose d’invisible », raconte-t-il. Des témoignages comme celui-ci, il y en a la pelle sur les réseaux sociaux, que l’on traîne sur TikTok, Reddit ou Instagram.

Cette croyance n’a cependant pas attendu l’émergence des premiers chasseurs de fantômes au XIXᵉ siècle pour se manifester ; elle date de temps très anciens. Dans le Mexique précolombien, entre environ 1 300 et 1 521 apr. J.-C., les Aztèques croyaient que les chiens (en particulier le Xoloitzcuintli, une race autochtone sans poils) accompagnaient les âmes des défunts dans leur voyage à travers le Mictlan, le royaume des morts. Selon eux, seul un chien fidèle pouvait aider l’esprit de son maître à traverser les neuf niveaux de l’au-delà avant d’atteindre le repos éternel.

Xoloitzcuintli
Dans la cosmogonie aztèque, le Xoloitzcuintli était l’animal psychopompe (guide des âmes). © Hajor~commonswiki / Wikipédia

Aujourd’hui encore, cette idée d’un lien entre le monde animal et l’invisible, le non-perceptible, perdure dans certains cercles, qui se réclament de la science, mais restent des pseudosciences. Des parapsychologues comme Loyd Auerbach soutiennent que les chiens et les chats disposeraient d’une forme de perception extrasensorielle (ESP). « Les fantômes ne sont pas des phénomènes physiques ; il faut donc une perception non sensorielle pour les détecter », explique-t-il. Une hypothèse qui reste, à ce jour, sans aucun soutien expérimental.

Le problème, c’est que les preuves manquent quant à une prétendue existence de l’ESP, que ce soit chez l’homme ou l’animal. Un siècle d’expérimentations diverses (tests de télépathie, de prémonition ou de sensibilité à des « présences » invisibles) n’a pas suffi à obtenir des résultats statistiquement fiables, car les protocoles expérimentaux ne contrôlent pas suffisamment les biais liés à la perception, à l’interprétation et à l’influence inconsciente des chercheurs.

Les chercheurs ne ferment pas la porte à l’idée que certaines formes de perceptions restent en dehors de notre cadre théorique actuel. Toutefois, sans corrélation mesurable, sans variable reproductible et sans modèle causal validé, l’hypothèse d’une perception extrasensorielle demeure purement spéculative. En science expérimentale, ce qui ne peut pas être observé, quantifié, ou reproduit, ne peut être considéré comme un phénomène établi.

Comme le note Eaton, « ceux qui croient déjà aux esprits interprètent souvent les réactions de leur chien à travers cette grille de lecture ». Ceci nous renvoie encore au fameux biais de perception, qui revient continuellement lorsque l’on traite du paranormal : notre besoin de trouver du sens où il n’y en a pas nous pousse à surinterpréter des comportements animaux à la lumière de nos propres constructions mentales.

Olfaction et audition : anatomie de l’hyperperception canine

Les chiens sont extrêmement sensibles à leur environnement, c’est un fait qu’il est impossible de contredire au regard de nos connaissances actuelles. Une sensibilité qui transforme cette problématique un peu plus terre-à-terre, mais ne lui enlève en rien son aspect captivant.

Au fond de leur nez se nichent plus de 220 millions de récepteurs olfactifs, contre seulement cinq millions chez l’être humain. Contrairement à nous, il dispose d’un organe spécialisé encore actif, le vomeronasal, capable de détecter des traces moléculaires présentes à des concentrations infimes, comme les phéromones, les hormones de stress ou certaines signatures chimiques propres à chaque individu.

Une expérience menée à l’Université Duke a montré que les chiens pouvaient détecter la présence d’huile d’ail diluée à des concentrations de 0,00000005 %, soit l’équivalent d’une goutte dans plusieurs millions de litres d’eau. D’autres études ont ensuite confirmé qu’ils étaient capables d’identifier, à partir d’un simple échantillon sanguin, les marqueurs olfactifs du stress ou de certaines maladies comme le cancer.

Leur ouïe est également un bijou de l’évolution animale ; les chiens entendent des fréquences jusqu’à trois fois supérieures à celles que nous percevons (environ 65 kHz contre 20 kHz chez l’homme) et captent des sons extrêmement faibles, jusqu’à – 15 dB, un niveau bien inférieur au seuil audible pour nos oreilles.

« Si un insecte bouge dans un mur ou qu’un rongeur gratte à plusieurs mètres, un chien l’entend », rappelle Auerbach lui-même, pourtant parapsychologue, donc a priori peu enclin à chercher des explications biologiques dans ce qu’il étudie.

Ce que d’aucuns peuvent interpréter chez leur compagnon comme une sensibilité au paranormal n’est finalement que la somme de toutes ces aptitudes sensorielles. Leur monde est peuplé d’indices physiques et chimiques que notre organisme est incapable de percevoir. L’ensemble de leurs réactions traduit une réalité qui ne peut pas être la nôtre, un univers parallèle (au sens sensoriel du terme), régi par des lois parfaitement naturelles mais perçues à travers un prisme biologique différent.

Rien ne nous permet donc d’affirmer aujourd’hui que les chiens voient les fantômes, puisqu’aucune étude scientifique probante n’a pu l’établir. Si cette croyance a résisté aux épreuves du temps, c’est qu’elle répond à deux besoins fondamentalement humains : celui d’expliquer ce que nos sens sont incapables de percevoir, et celui de croire que la mort ne serait pas l’ultime frontière. Elle remplit bien évidemment une autre fonction, symbolique, en reliant le visible et l’invisible, le vivant et le disparu. Toute culture humaine a érigé à un moment de son histoire un ou des animaux comme des médiateurs entre les mondes. En attribuant encore aujourd’hui au chien la capacité de sentir les morts, nous prolongeons ce rôle d’intercesseur, pour continuer à croire, malgré tout, qu’un lien subsiste entre ceux qui restent et ceux qui partent. Les faits apportés par la science n’y changeront rien ; tant qu’il y aura des absents, il y aura des vivants pour vouloir croire qu’un regard animal peut encore les reconnaître.

  • Les chiens ne détectent pas de phénomènes surnaturels : leurs réactions s’expliquent par une sensibilité sensorielle extrême, notamment à l’odorat et à l’ouïe.
  • Aucune étude scientifique n’a confirmé l’existence d’une perception extrasensorielle, ni chez les humains ni chez les animaux.
  • La croyance selon laquelle les chiens perçoivent les esprits persiste avant tout parce qu’elle répond à un besoin humain de sens, de lien et de réconfort face à la mort.

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