Le virus H5N1, un sous-type du virus de la grippe A, est principalement connu pour affecter les oiseaux. Cependant, celui-ci vient de franchir une nouvelle frontière en infectant des vaches laitières aux États-Unis. Sa présence a été confirmée dans 16 troupeaux répartis sur six États américains et un employé de ferme a, lui aussi, été infecté. La communauté scientifique et les autorités de santé publique prennent cette affaire au sérieux et craignent une possible extension de la menace à l’homme.
Dans une interview donnée au média Futurity, deux experts se sont prononcés sur la question. Meghan Davis, professeure associée au département de santé environnementale et d’ingénierie, et Andrew Pekosz, professeur au département de microbiologie moléculaire et d’immunologie, tous deux travaillant à l’Université Johns Hopkins.
Une mutation préoccupante
« Ce virus existe depuis plus de 20 ans. Il a muté au fil du temps, et quelque chose s’est produit ces dernières années pour causer une explosion de cas chez les oiseaux sauvages » explique Meghan Davis. En effet, le virus a prouvé qu’il était désormais capable de se transmettre à certains mammifères, dont les ours, les moufettes et les renards. Maintenant, ce sont les vaches laitières qui sont concernées.
Cette progression dans la capacité du virus à s’adapter à de nouveaux hôtes est une preuve que celui-ci mute de manière assez importante et fait preuve d’une certaine résilience malgré les efforts continus pour le contrôler et le contenir. Ces mutations du génome du virus, possédant un matériel génétique qui peut être composé d’ADN ou d’ARN. Elles sont des modifications de la séquence de ce matériel génétique pouvant affecter certaines caractéristiques du virus, dont sa disposition à infecter de nouveaux hôtes.
« Jusqu’à présent, aucun cas d’infection des bovins par les virus de la grippe A, qu’ils affectent les humains ou les animaux, n’a été signalé. Chaque fois que ce virus infecte un nouvel hôte, cela provoque une vive inquiétude dans la communauté scientifique, qui cherche alors à comprendre ce qui se passe » explique Andrew Pekosz.
Qu’en est-il de la transmission à l’humain ? Pekosz continue : « Je m’attends à ce que dans les prochaines semaines, nous observions davantage de cas tant chez les bovins que chez les humains, étant donné la proximité entre les humains et les vaches durant de nombreux processus laitiers. Espérons que cela ne se transforme pas en une grande épidémie, mais il est certain que nous verrons une augmentation des cas ».
Risques et répercussions pour l’agriculture
La présence du virus H5N1 est évidemment préoccupant pour la santé des animaux, mais aussi pour la sécurité des produits laitiers issus des élevages. Même si le risque de retrouver des traces du virus dans les produits laitiers commerciaux est considéré comme faible, la présence du virus chez les bovins reste préoccupante.
« Je suis étonné de découvrir ce virus chez les vaches laitières, car habituellement, quand nous utilisons des modèles animaux pour étudier la grippe, nous nous tournons plutôt vers les mustélidés, tels que les furets ou les visons » confie Pekosz. Ainsi, la nouvelle propagation de ce virus dans des environnements aussi ouverts que celui des fermes laitières, dans lesquelles les oiseaux peuvent facilement pénétrer, nécessite une réévaluation urgente des mesures sanitaires.
Quelles stratégies de prévention adopter ?
Les symptômes observés sur les vaches contaminés ne sont pas spécifiques. La réduction de leur appétit ou de leur production laitière, ne sont, pour le moment, pas associés à un taux de mortalité plus élevé. Toutefois, ceux-ci restent suffisamment sérieux pour justifier une surveillance accrue des troupeaux.
« La plupart de ces cas tendent à concerner des vaches plus âgées, car les vaches adultes qui allaitent sont dans un niveau de vulnérabilité différent que les jeunes veaux » note Davis. Pour le moment, le Département de l’Agriculture des États-Unis a émis des mesures et des recommandations pour les responsables de la santé animale, les producteurs et les vétérinaires.
Ces mesures incluent notamment l’exclusion des chats et des oiseaux des zones d’élevage, car ceux-ci peuvent être des vecteurs potentiels du H5N1. En complément à cela, tous les travailleurs en contact direct avec le bétail ou les zones à risques dont fortement encourager à utiliser des équipements de protection individuelle (EPI) afin de minimiser leur exposition directe aux agents pathogènes.
D’autres mesures relevant de la biosécurité recommandent la limitation des mouvements de bétail non essentiels, la désinfection régulière des installations et des procédures spécifiques pour le traitement et le transport des animaux potentiellement infectés.
Même si le risque de transmission à l’homme est faible, notamment pour les consommateurs de lait pasteurisé, les experts ne cachent pas que cette expansion à un hôte inhabituel reste à surveiller. Ces risques sont gérables, si de bonnes précautions sont adoptées et les mesures de biosécurité renforcées. La situation reste tout de même à contrôler étroitement afin de limiter au maximum la propagation du virus.
- Le virus H5N1 a muté, et est désormais présent dans 16 troupeaux de vaches laitières aux États-Unis.
- Même si le risque de transmission à l’homme par consommation de produits laitiers est assez faible, il est nécessaire d’adopter de nouvelles précautions pour limiter la propagation du virus.
- Ces mesures sanitaires incluent des mesures de biosécurité, la protection des fermes laitières contre les chats et les oiseaux, et le port d’équipements de protection pour les travailleurs agricoles.
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