Au printemps 2025, 24 000 contribuables français ont déclaré au fisc un total de 368 millions d’euros de plus-value sur leurs actifs numériques, au titre de l’année fiscale 2024. Un an plus tôt, ils n’étaient que 7 700 à se donner cette peine, pour un montant de 150,8 millions d’euros : les Français adeptes de cryptomonnaies et la Direction générale des Finances publiques, seraient-ils en train de se réconcilier dans un élan de civisme fiscal ?
Absolument pas, si l’on en croit une étude du cabinet d’analyse Chainalysis, qui confirme que l’activité crypto potentiellement imposable en France atteignait 9,4 milliards de dollars en 2025, dont 2,5 milliards de plus-values seules et 1,7 milliard de revenus directs (minage, staking ou prêts de liquidités). Les contribuables français auraient donc déclaré environ sept fois moins que ce qu’ils devaient réellement : un gouffre, bien caché à l’abri d’un cadre réglementaire. Cadre qui n’a jamais été réellement appliqué sérieusement depuis l’instauration du régime fiscal des actifs numériques en 2019. Comme ce fut le cas pour les piscines, abris de jardins, et vérandas non déclarées, le fisc ne compte pas laisser passer ce manque à gagner, et, grâce à Bruxelles, il aura désormais une base juridique solide d’ici l’an prochain pour rattraper les tricheurs.
Le fisc sort les crocs : ce qui change en 2027
Jusqu’à aujourd’hui, la déclaration des plus-values réalisées sur les actifs numériques reposait sur la bonne foi des contribuables. Ce qui, en matière de fiscalité crypto, revient à confier la garde du poulailler à un renard. Aussi étonnant que cela puisse paraître, les plateformes d’échange n’avaient aucune obligation de transmettre quoi que ce soit à l’administration fiscale et les wallets auto-hébergés passaient sous son radar.
Mais depuis le 1er janvier 2026, la directive européenne DAC 8 oblige l’ensemble des plateformes d’échange (centralisées comme Binance, Coinbase, Kraken, etc.) opérant dans l’Union européenne à collecter et transmettre automatiquement l’historique des transactions, les soldes des portefeuilles, l’identité de leurs utilisateurs et les identifiants fiscaux (NIF) à l’administration. Ainsi, le premier reporting automatique entre administrations fiscales interviendra au plus tard le 30 septembre 2027, sur les opérations réalisées en 2026.
Pour les plateformes hors-UE, l’étau se resserre également : le cadre mondial CARF (Crypto-Asset Reporting Framework), élaboré par l’OCDE, engage 48 pays dans ce même dispositif de transparence. Cacher ses comptes sur des plateformes hébergées aux Seychelles, aux Îles Caïmans ou à Dubaï, c’est terminé !
Les sanctions sont déjà en place : selon le portail officiel du ministère de l’Économie, les fraudeurs devront s’acquitter d’une amende de 750 euros par compte non-déclaré. Un montant qui peut sembler dérisoire, mais qui peut monter à 1 500 euros s’il a dépassé les 50 000 euros à un moment de l’année. Les pénalités s’échelonnent également selon la mauvaise foi du contribuable : 10 % pour un retard, 40 % si l’omission est jugée intentionnelle par l’administration, 80 % lorsqu’elle caractérise une fraude ou un montage destiné à soustraire des revenus au fisc.
Deux cadres, un à l’échelle européenne, l’autre mondial, pour un même objectif : mettre fin à l’opacité du secteur des actifs numériques et endiguer la fraude et l’évasion fiscale. Voilà qui devrait calmer un peu ceux qui jouent à cache-cache, bien que Chainalysis pointe du doigt que ces dispositifs restent encore imparfaits. « Lorsqu’on examine l’ensemble des activités imposables sur la blockchain, ces événements couverts par le CARF ne représentent que 14 % du total mondial. Les 86 % restants — qui englobent l’activité sur les DEX, les transferts de peer-to-peer, les flux de revenus on-chain et les paiements — échappent au champ d’application pratique de ce cadre », explique le cabinet sur son blog. L’anarcho-capitalisme crypto a encore quelques beaux jours devant lui.
- En 2025, les Français ont déclaré seulement 368 millions d’euros de plus-values crypto, alors que l’activité imposable était estimée à 9,4 milliards de dollars.
- À partir de 2026, les plateformes de crypto-échange devront transmettre automatiquement les données fiscales, renforçant la surveillance des comptes non déclarés.
- Des amendes sévères seront appliquées pour la fraude fiscale, mais une grande partie des activités crypto reste encore échappatoire au cadre réglementaire actuel.
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