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Dans la vie si particulière du quartier de “Cerebral Valley”

C’est la ruée pour y planter son plateau. Tout le monde veut son Palo Alto, son garage comme à l’époque pour Apple et Google. Mais les plus concentrés le savent : personne ne connaît la meilleure façon de se lancer aujourd’hui, et OpenAI est une figure comme un ogre. Il n’y aura pas de la place pour tout le monde.

C’est une plaque tournante — ici que l’on déterminera l’avenir de l’IA. Le nouvel eldorado de la west coast, le genre d’endroit où réussir ne passerait que par le fait de s’y installer. “Il y a tout, toutes les ressources”, tentent de vendre les fondateurs de Genesis House où coliving et coworking ne font qu’un. Située en plein coeur de “Cerebral Valley”, cette grande maison de 21 chambres s’est très vite fait un nom des nouveaux entrepreneurs en quête d’une success story. L’intérêt pour l’intelligence artificielle par la sortie de ChatGPT les a fait d’autant plus espérer. Leur rêve, à porter de main, peut être concrétisé. Surtout parce qu’ils sont ici.

Dans ce quartier, originellement appelé Hayes Valley, les entreprises de la Silicon Valley sont les nouveaux investisseurs. Google, Oracle, Salesforce, Microsoft… On veut faire d’ici le nouveau Palo Alto — on veut pouvoir passer par l’étape “garage”, comme Google et Apple. Les médias tech américains en font alors le plein de reportages, scrutant la nouvelle pépite, la future histoire qui sera mentionnée dans les biographies. “Beaucoup de gens qui, au cours des derniers mois, disaient que San Francisco est mort ont maintenant l’impression que c’est vraiment stupide si vous n’êtes pas dans SF et que vous travaillez sur l’IA”, expliquait l’entrepreneuse Amber Yang, qui travaille maintenant comme investisseur en pre-seed et seed à Bloomberg Beta.

Les communautés à l’intérieur des maisons ont recréé un système à plus petite échelle des accélérateurs et des incubateurs, renforçant d’autant plus un maillage qui se fait à l’échelle locale, avec un réseautage déjà très important, des hackatons pour les recrutements et… une vie très festive dans le même temps. À l’heure où une grande partie du capital-risque est en berne, que les startup tentent tant bien que mal de passer cette difficile période, Cerebral Valley est cette petite oasis ; cette chaumière perdue au milieu de la montagne où de la musique s’en échappe le soir et que les guirlandes contrastent avec l’obscurité et le froid tout autour.

En trois mois à peine, depuis que de gros sujets sur Cerebral Valley ont commencé à faire connaître le quartier dans le monde entier, ils sont encore nombreux à être venus s’installer. Derrière l’aspect communautaire se joue aussi une course pour planter son drapeau. La période est opportune : beaucoup de très bons profils ont été licenciés des GAFAM et d’autres entreprises technologiques, travaillaient de chez eux lassés, et l’intelligence artificielle est sûrement le seul secteur avec autant de dynamique dans la tech en 2023. “Je pense que cela va devenir le centre économique et spirituel de San Francisco”, disait Evan Bulher, installé depuis janvier, bien heureux d’avoir pu profiter de l’occasion pour rejoindre le grand bal.

cerebral valley quartier site
© CerebralValley(.)ai

Le centre économique s’est bâti à une vitesse grand V. Le quartier a déjà son Cerebral Valley AI Summit, un événement qui a rassemblé plus de 200 entrepreneurs et fonds d’investissement le 30 mars dernier. À l’image des innovations, l’organisation d’événements de grande envergure s’accélère et on voit ainsi arriver des rendez-vous comme celui-ci avec le sentiment d’une grande messe, implantée depuis des années. Les fondations sont posées et le noyau dur a même droit à son site internet (plusieurs, même). Cliquez dessus et vous y découvrirez une véritable démonstration de force. Calendrier des événements, session de travail en coworking, discussions Slack, hackathons… la petite équipe derrière l’organisation de cerebralvalley(.)ai font la vitrine du quartier.

L’institution OpenAI

Certains grands noms de l’investissement américains ont vu l’opportunité et tentent de l’embrasser. C’est le cas de Y Combinator, spécialisée dans l’investissement précoce des pépites de demain, qui surveille ce qu’il se passe avec attention (et intentions) dans Cerebral Valley. Mais ici, le pape s’appelle OpenAI. Cette association devenue startup puis géant du secteur en un rien de temps, et dans qui Microsoft a investi 10 milliards de dollars en janvier. OpenAI développe ses propres produits, mais le voilà déjà, par la main de son patron et co-fondateur Sam Altman, à devenir le nouveau business angel des startup de l’IA… et bien plus.

“Il y a trop d’opportunités”, déclarait Evan Bulher, dans l’euphorie de la situation après deux années de pandémie, un San Francisco délaissé et des vagues de licenciement massives ces derniers mois. Le drapeau planté dans le quartier, il devra maintenant l’être dans le secteur. La fête n’est qu’une vitrine : les entrepreneurs les plus motivés sont très concentrés. “Nous ressentons l’urgence”, se confiait Victor Perez, un Espagnol co-fondateur de la startup d’AI Krea dans un reportage de Business Insider. “Mais ce n’est pas parce que d’autres personnes peuvent créer un meilleur modèle que nous aujourd’hui. Il s’agit de créer les meilleurs modèles pour demain”.

Nicholas Locascio, fondateur de Booth AI et nouvel arrivant dans Cerebral Valley, finissait par ajouter au média :“Personne ne connaît la meilleure façon de faire quoi que ce soit à l’heure actuelle. C’est une véritable ruée vers l’or”. 

Il faudra être intelligent plus qu’artificiel.

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