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Deepfakes : faire imiter Eminem par une IA sans autorisation… est légal ?

Les artistes pourront-ils, un jour, s’appuyer sur la loi pour empêcher les deepfake ?

  • Le DJ David Guetta vient de soulever des questions juridiques (et morales) en utilisant un deepfake de la voix de Eminem, sans l’autorisation de l’artiste, lors d’un concert
  • Ce dernier assure ne pas souhaiter exploiter le morceau concerné commercialement
  • Aux Etats-Unis, et ailleurs, les lois sur le droit d’auteur ne prévoient rien en cas de deepfake – permettant pour l’instant à n’importe qui de réaliser des deepfake d’artistes sans enfreindre la Loi

Tout s’est passé lors d’un concert live, dont l’extrait a été repris sur le compte Twitter officiel de David Guetta. Le célèbre DJ et producteur David Guetta n’a pas hésité à utiliser un deepfake du rappeur Eminem a priori sans l’autorisation de ce dernier. Dans la vidéo, le DJ explique comment il est parvenu à ce résultat.

Il a fait générer les paroles par une première IA, probablement semblable à ChaGPT, en lui demandant “écrit un vers dans le style de Eminem sur la Rave du futur”. Puis il a utilisé un autre site comme Uberduck ou FakeYou pour générer la voix du rappeur. Dans la vidéo, on entend ainsi un sample qui ressemble à un vrai extrait de morceau dans lequel Eminem semble chanter : “Voici le futur de la rave. Je deviens génial et underground” .

David Guetta peut, en fait, légalement exploiter commercialement son deepfake de Eminem

Suivi d’une mélopée de sons électroniques. David Guetta explique : “à la base j’ai fait cela comme une blague. Mais cela a tellement bien fonctionné que je n’y croyais pas ! J’ai découvert ces sites sur l’IA. En fait, vous pouvez leur faire écrire des paroles dans le style de n’importe quel artiste que vous aimez. Donc j’ai tapé ‘écris un vers dans le style de Eminem sur la Rave du futur’ et je suis allé sur un autre site IA qui peut recréer la voix. J’ai mis le texte dans ça, j’ai lu l’enregistrement et les gens sont devenus fous”.

Et le DJ d’assurer : “évidemment, je ne prévois pas d’exploiter cela commercialement”. Une précision assez curieuse après avoir vu le morceau passer en présence d’un parterre de centaines de fans. On note au passage que David Guetta ne semble pas avoir prévenu le public que la voix de Eminem qu’il pouvaient entendre était un deepfake. Les avocats de Eminem ne semblent pas réagir pour le moment, probablement à cause du contenu des paroles choisies par l’IA qui ne sont pas vraiment polémiques.

Toutefois même si le rappeur souhaitait faire quelque chose, il n’est pas certain qu’il obtiendrait gain de cause. En effet, la plupart des lois sur le copyright dans le monde (et en l’espèce les lois actuelles américaines sur le droit d’auteur) ne prévoient rien pour empêcher ce type de deepfake. Il existe bien déjà des lois aux Etats-Unis contre certains deepfake. Mais ces lois s’attaquent en fait surtout au problème des deepfake pornographiques.

Ou au problème des deepfake de personnalités politiques qui propagent de la désinformation. En outre, comme l’extrait est le fruit de l’apprentissage d’une IA, David Guetta ne doit aucune royalty à Eminem. Ce qui a une conséquence assez inédite : n’importe qui avec un ordinateur portable, une carte son Pro et internet peut désormais intégrer des “featurings”, collaborations et caméos de leurs artistes préférés version deepfake, sans demander la moindre autorisation ou payer qui que ce soit.

Pire encore : la loi permet pour l’instant aussi de leur faire faire la promotion de produits et d’idées sans que les artistes en question aient le moindre contrôle. Une situation légale que confirme le chercheur Akhil Satheesh, dans Journal of Law and Technology (University of Richmond) :

“La loi américaine sur le copyright autorise la création de contenus basée sur les deepfake, car elle considère qu’il s’agit de fair use […] et comme ces lois s’appliquent quelle que soit l’intention du créateur, il est même possible de faire considérer ces deepfake – quand bien même seraient-ils produits de façon mal intentionnée – comme des parodies. Ils sont alors protégés au même titre que ces dernières”, explique l’avocat.

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