C’est un compte rendu de plus de 150 pages qui a de quoi faire froid dans le dos. Pour promouvoir sa sécurité et sa capacité à barrer la route à toutes les menaces, Anthropic a listé les cas d’utilisation les plus malveillantes et à haut risque de ces derniers mois. On y trouve pour la première fois la mention d’armes biologiques, mais aussi de nombreuses tentatives d’exploitation de la puissance des modèles d’IA de Claude pour fabriquer des missiles, automatiser des cyberattaques d’ampleur et booster des campagnes d’influence et de désinformation. Pour chacun des cas mentionnés, Anthropic dit avoir « déjoué l’activité, exploité les enseignements tirés pour renforcer nos mesures de protection et partagé les renseignements avec les autorités et nos partenaires du secteur ».
Par le passé, l’entreprise américaine connue pour son IA Claude avait publié des rapports de sécurité similaire au mois de mars, août et novembre 2025. Ce rapport publié le 10 septembre est donc le premier de 2026, et se focalise justement sur les six premiers mois de l’année. Les modèles d’IA ont changé de dimension en 2026, notamment avec l’arrivée du modèle ultra-performant Claude Mythos, devenu Fable 5 à sa sortie en version grand public. Ceci dit, un seul cas concernerait ce modèle ultra-performant. Le reste des activités malveillantes listées dans le rapport auraient été opérées à partir des modèles Haiku, Sonnet et Opus, précise Anthropic.
« Les cas présentés ici ne relèvent pas d’une utilisation abusive classique, mais illustrent plutôt les menaces les plus importantes et inédites que nous ayons identifiées à ce jour », précisait l’entreprise.
Du nord du Yémen à la Chine, en passant par la France et la Russie
Pour appuyer la liste des menaces enregistrées, Anthropic a cité des noms : groupes armés, hackers, soupçonnés d’être soutenus par des États ou visant des organisations précises. Au nord du Yémen, les rebelles Houtis auraient tenté de fabriquer des roquettes guidées, un missile balistique à plusieurs étages avec une portée supérieure à 2000 km et même « un type de planeur hypersonique ». En France, un hacker « opérant seul » aurait tenté de pirater une quarantaine d’organisations liées à l’extrême droite, dont un parti politique. L’auteur aurait réussi à « exfiltrer entre 12 et 26 gigaoctets de données, dont des informations sur les donateurs et une liste de membres d’un parti politique ».
Plus puissant encore, un gros acteur « aligné sur les intérêts russes » apparaît dans le rapport avec des similarités dans ses modes opératoires qui le rapprocherait de Midnight Blizzard, un groupe de hackers d’élite russe, travaillant dans le renseignement extérieur. Ce groupe aurait « automatisé » une campagne de cyberattaques en exploitant Claude, sur 20 organisations gouvernementales et de défense en Ukraine et en Europe. D’autres Russes sont mentionnés dans le document pour avoir tenté de développer un essaim de drones kamikazes PFV autonomes avec l’aide de Claude Code.
« Il y a un an, si vous aviez voulu optimiser un drone ou le logiciel d’un missile, les modèles n’auraient tout simplement pas été aussi performants qu’aujourd’hui », expliquait à Reuters Jacob Klein d’Anthropic, responsable du renseignement sur les nouvelles menaces.
En Chine, l’une des principales menaces « déjouées » par Anthropic sur l’exploitation de ses modèles concernait des opérateurs basés à Hunan, liés à des sous-traitants et des entités de l’industrie de défense. Ils auraient utilisé Claude pour des activités de profilage de dissidents, de groupes religieux et de diasporas. Des étudiants sont aussi mentionnés pour avoir tenté d’utiliser la puissance de Claude. Ils étaient connus pour avoir créé un atelier de production automatisé de failles informatiques pour comprendre des failles de type zero-day (des failles de sécurité jusque-là inconnues).
Des « armes biologiques » pour la première fois mentionnées par Anthropic
Dans le cas des « armes biologiques », pour la première fois mentionnées par Anthropic dans son rapport, aucun détail n’a été donné sur la provenance de ces recherches appuyées. L’entreprise expliquait qu’elle avait choisi de ne pas divulguer d’informations pour des raisons de sécurité et d’éthique, mais aussi parce qu’il était impossible de déterminer avec certitude si ces utilisateurs avaient des intentions malveillantes ou s’ils menaient des recherches légitimes. Les recherches liées aux agents biologiques s’inscrivent dans « une zone grise », où les fins ne sont pas totalement claires concernant l’usage des informations souhaitées par les auteurs.
Anthropic a cependant une raison bien précise pour avoir mentionné les armes biologiques dans son rapport cette année. Contrairement à l’année précédente, avec son portefeuille de modèles d’IA, Claude n’était pas encore en mesure d’atteindre « le seuil leur permettant d’aider efficacement un utilisateur averti à mener des recherches biologiques dangereuses ». Cette année 2026, Anthropic révèle à demi-mot que les choses ont changé. « Pour les modèles actuels, capables d’assister dans diverses tâches de recherche scientifique complexes, les preuves ne sont plus concluantes et nous ne pouvons plus donner la même assurance ».
Cinq études de cas ont été révélées dans le rapport de sécurité d’Anthropic concernant des recherches sur des armes biologiques. Pour la première, il s’agit d’un utilisateur qui aurait cherché à utiliser Claude pour l’aider à rédiger une demande de subvention pour des recherches visant à accroître la transmissibilité et l’évasion immunitaire, dans un contexte soupçonné par Anthropic d’être lié à un institut de recherche militaire. Un autre cas concerne un utilisateur qui aurait cherché à obtenir des subventions sur l’évasion immunitaire des orthopoxvirus (on trouve la variole dans cette famille de virus). D’autres recherches visaient la grippe aviaire (pour adapter des variants aux mammifères) mais aussi sur des toxines et des venins.
Distillation illicite : quand les IA siphonnent les autres IA
Au-delà des usages de Claude à des fins de surveillance ou de création d’armes, une autre menace soulignée par Anthropic dans son rapport concerne la « distillation illicite ». Dans le jargon, ce terme fait référence à l’action de siphonner en secret les capacités cognitives, logiques et techniques des modèles de pointe. Elle concerne donc d’autres laboratoires d’IA et Anthropic accusait Alibaba, DeepSeek, Moonshot AI, Xiaomi, MiniMax et Zhipu en Chine d’avoir lancé des campagnes d’extraction à grande échelle pour copier ses capacités ou tenter de contourner ses barrières de sécurité. Dans le cas d’Alibaba, ce sont 151 millions d’échanges qui ont été attribués à la plateforme entre mai et juillet 2026, avec un pic de près de 3 millions par jour provenant de 3 500 comptes qualifiés de frauduleux.
« Nous publions ce travail car nous estimons qu’il est de notre responsabilité de signaler toute utilisation malveillante de nos services. À mesure que les modèles deviennent plus performants, les risques qu’ils présentent augmentent, à moins que les développeurs d’IA et les acteurs de la sécurité ne prennent des mesures pour les sécuriser », ajoutait Anthropic dans la présentation de son rapport de sécurité. À voir ce que nous réservera le prochain relevé, d’ici quelques mois.
📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.
