Dans les abysses, là où la lumière du soleil est de l’ordre du mythe, le réchauffement climatique s’invite. Avec son lot de conséquences désastreuses que les scientifiques n’avaient pas pu observer encore ; focalisés sur ce qu’il se passait au niveau de la surface des océans.
En une décennie à peine, les vagues de chaleur ont pourtant augmenté de 50 %, révèle aujourd’hui une étude publiée dans la revue Nature et dirigée par une équipe de chercheurs de l’agence publique américaine responsable de l’étude de l’océan et de l’atmosphère (NOAA).
Des vagues de chaleur. Littéralement. À quelques dizaines de kilomètres de profondeur, elles sévissent, bouleversent les écosystèmes, ratissent large et durent longtemps. Très longtemps. Une canicule de deux semaines n’a rien à voir. Nous parlons ici de plusieurs années.
L’exemple le plus concret est celui de “Blob”, en 2013, que le milieu scientifique n’avait alors observé qu’en surface. Des côtes de l’Alaska jusqu’au Mexique, elle a parcouru des milliers de kilomètres pendant trois années. Elle a affecté, comme le disait la NOAA, “la productivité et la distribution d’organismes aussi petits que le plancton et aussi gros que les baleines.”
Dans la revue scientifique, l’auteur principal et scientifique climatique Dillon Amaya, qui a fait des vagues de chaleur maritimes son principal sujet de recherches, s’exclamait : “c’est la première fois que nous avons pu vraiment plonger plus profondément et évaluer comment ces événements extrêmes se déroulent”.
En vue du danger de ces “canicules océaniques”, il a expliqué que les équipes du laboratoire de science physique de la NOAA avaient redoublé d’efforts pour combler leur retard et “comprendre comment elles se forment et se dissipent, et les prévoir à l’avance”. À noter que les scientifiques de la NOAA se focalisent surtout sur les zones côtières aux États-Unis.
Pour pouvoir étudier les profondeurs, les équipes font appel à ce qu’on appelle de la “réanalyse”, se basant sur des données limitées aux surfaces et précédemment enregistrées. Grâce aux nouveaux outils, il est possible de comprendre ce qu’il se passe plus bas. Cela dit, l’une de leurs principales observations et que les vagues de chaleur en profondeur peuvent être totalement indépendantes de celles en surface, de quoi alimenter leur complexité et difficulté à prévenir.

Sur la carte ci-dessus, on peut observer une prévision satellite des vagues de chaleur estimées en début d’année 2024 par la NOAA. On y distingue bien, en fonction des couleurs, les zones les plus à risque. Proche de l’Europe, la probabilité est très forte au sud-ouest des côtes portugaises, des îles Canaries et plus au large. Dans le nord, à la hauteur de l’Irlande, la zone est aussi particulièrement concernée.
Contrairement à la surface des océans observables de plein de manières différentes, les abysses sont théâtre de bien plus d’inconnus pour nous et sans ces recherches sur les vagues de chaleur, des conséquences sur les écosystèmes marins auraient pu se produire sans que l’on ne comprenne leur cause.
L’océan, défenseur du climat et principale victime
L’océan a beau être moins surveillé, il reste le principal acteur de la lutte contre le réchauffement climatique alors qu’il intervient à 90 % dans l’absorption la chaleur supplémentaire dégagée de la hausse des émissions de gaz à effet de serre, comme le rappellent les Nations Unies sur leur site. Près de la moitié de la population mondiale (3,3 milliards de personnes) dépend aujourd’hui de la pêche pour couvrir ses besoins en protéines.
Les Nations Unies, par le passé, avaient déjà fait le bilan que 60 % des zones maritimes mondiales avaient déjà connu une vague de chaleur et que la majorité de celles-ci s’étaient déroulées entre 2006 et 2015.
Alors à quel point les vagues de chaleur sont elles problématiques et déclenchent ce qu’on appelle le “blanchiment” des coraux ? Au fond des océans, “chaque fraction de degré compte”, comme le notaient les Nations Unies. Entre 2011 et 2020, l’océan a gagné 0,88 degré, soit la même hausse de température que la période 1850-1900, peut-on ajouter des rappels de l’étude de la NOAA.
Aujourd’hui, à 2 degrés de réchauffement supplémentaire dans les océans, c’est tout simplement 99 % des récifs coralliens qui disparaîtront.
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