La flambée du kérosène, conséquence directe du conflit iranien et de la fermeture du détroit d’Ormuz, frappe durement le secteur aérien mondial et les compagnies européennes ne peuvent y échapper. EasyJet en avait déjà fait les frais au premier semestre 2026 avec des pertes financières colossales et un surcoût de 25 millions de livres sterling dû à l’achat de carburant, qui reste toujours hors de prix (750 dollars la tonne avant février 2026 pour 1 200-1 400 dollars la tonne aujourd’hui).
La compagnie aérienne low cost britannique boit la tasse et se voit contrainte, selon le Financial Times, de supprimer 700 000 sièges de son programme de vols d’hiver. Un volume similaire à ceux qu’elle a supprimés cet été : au total, ce sont environ 1,4 million de sièges qui disparaissent de son offre hivernale qui en compte habituellement 50 millions, soit un peu moins de 3 % de sa capacité saisonnière.
EasyJet coupe les gaz pour traverser la zone de turbulences financières
Pour Kenton Jarvis, directeur général d’EasyJet, l’heure n’est plus à la langue de bois et il lui est impossible de minimiser la situation. « Tout le monde réduit sa capacité, c’est une tendance générale chez tous nos concurrents », a-t-il confié au Financial Times. « Légitimement, je pense que toute l’industrie a été prise de court par la persistance de tarifs aussi élevés », ajoute-t-il.
Comme la plupart de ses concurrentes, EasyJet achète une partie de son kérosène à l’avance à prix fixe pour se protéger des fluctuations du marché. Mais cette couverture ne porte pas sur la totalité de ses besoins : le reste est acheté au tarif « spot », celui qui reflète le cours réel du kérosène au moment de la commande. Plus elle fait voler d’avions, plus elle en achète à ce prix-là, nécessairement plus cher : d’où la décision de couper ses rotations les moins rentables sur l’hiver.
L’entreprise avait pourtant vu large en bloquant 70 % de ses besoins en kérosène pour le second semestre à 706 dollars la tonne. Selon le média Simple Flying, elle avait même programmé 105 millions de sièges sur l’ensemble de l’année, un record absolu pour la compagnie. Les 30 % restants, achetés au tarif fort, l’ont plombée dès le printemps, et elle se voit donc obligée de réduire la voilure cet hiver pour ne pas finir l’année dans le mur.
Atterrissage d’urgence pour les géants du low cost
L’IATA (International Air Transport Association) évalue le surcoût lié au kérosène à 100 milliards de dollars pour l’ensemble de l’industrie cette année, mais ce sont forcément les compagnies low cost qui trinquent en premier. Ryanair a annoncé une réduction de 10 % de son offre en Allemagne pour l’hiver 2026-2027, soit 700 000 sièges en moins, principalement à Berlin et Hambourg. Son patron, Michael O’Leary estime que la pression durera encore 18 mois et prévient que les passagers « vont durement ressentir les effets l’année prochaine ».
Même son de cloche pour Volotea : réduction de plus de 10 % de sa capacité pour cet hiver et une baisse de 31,8 % de sa flotte (14 appareils immobilisés sur 44). Deux autres compagnies ont déjà été emportées par la crise. Spirit Airlines, pionnière de l’ultra-low-cost aux États-Unis, a définitivement cessé ses activités en mai dernier, après 34 ans d’activité. AirBaltic, compagnie nationale lettone détenue à 88 % par l’État, a quant à elle été placée en redressement devant un tribunal américain en septembre, une procédure qui lui permet de continuer à voler tout en renégociant ses dettes.
Les grandes compagnies de réseau (Air France-KLM, Lufthansa Group, British Airways, Iberia, American Airlines ou Emirates, par exemple) peuvent mieux encaisser le choc en rognant sur leurs marges. Billets en classe affaires, programmes de fidélité, revenus liés au fret et tarifs des billets plus élevés : des leviers qui leur permettent de noyer les effets de la hausse du carburant dans la masse, sans que les voyageurs ne s’en rendent compte. Les compagnies low-cost n’ont pas ce luxe et ne vendent qu’un seul produit : des sièges au prix le plus bas possible. Le carburant étant leur premier poste de dépense, lorsque celui-ci vient à doubler, le seul moyen de survivre reste de supprimer des vols ; une augmentation trop forte du prix des billets est impossible : leur clientèle déserterait immédiatement puisqu’elle n’est fidèle qu’aux tarifs les plus bas affichés sur les comparateurs de vol.
- EasyJet supprime 1,4 million de sièges cet hiver en raison de la hausse des prix du kérosène, devenu plus de deux fois plus cher.
- La compagnie fait face à des pertes financières importantes et réduit sa capacité pour éviter des pertes supplémentaires.
- D’autres compagnies low cost, comme Ryanair et Volotea, suivent la même tendance en réduisant également leur offre.
📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.