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Fintech

Elliot Goykhman (Zelf) : « créer une banque pour les générations Y et Z »

Zelf souhaite apporter une réponse aux jeunes générations qui ont du mal à se reconnaitre dans la banque traditionnelle.

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Elliot Goykhman Zelf
Elliot Goykhman © Zelf

Ces dernières années, le paysage bancaire traditionnel a été bouleversé par l’essor de la fintech. Parmi elles, la start-up Zelf répond aux « générations Y et Z » avec une offre bancaire disponible exclusivement sur les réseaux sociaux. Pour mettre en place son offre, elle s’est appuyée sur l’infrastructure de paiement en marque blanche de la pépite française Treezor.

Zelf a ouvert les pré-inscriptions en avril dernier et elle lancera officiellement son service au courant du mois de juin. Nous avons eu l’occasion d’échanger avec Elliot Goykhman – fondateur de Zelf – et Eric Lassus – co-fondateur de Treezor – sur le sujet.

Presse-citron : Zelf a utilisé l’infrastructure Treezor pour construire son offre. Quel en est le principe, et quelles en sont les conséquences pour les utilisateurs du service ?

Eric Lassus Treezor

Eric Lassus © Treezor

Eric Lassus (Treezor) : Nous avons créé une plateforme de Banking as a service qui permet à nos clients B2B d’accéder plus simplement et à moindre coût à une large gamme de services autour du paiement.

En utilisant notre infrastructure et nos APIs, ils peuvent ainsi créer des comptes, émettre des cartes de paiement ou encore traiter les transactions de leurs utilisateurs.

Nous nous focalisons sur la partie back-end de leur projet pendant que nos clients développent la partie visible (front-end, ndlr). Nous ne rentrons jamais en concurrence avec ces derniers, mais nous devons imaginer les produits de demain pour structurer au mieux notre architecture. Notre objectif est de fournir à nos clients une solution qui leur permette de se lancer rapidement sur le marché, et à un coût bien inférieur à celui d’une solution développée en interne.

Treezor, une fintech pour la fintech

Au-delà de l’infrastructure technique, nous pouvons également fournir à nos clients une assistance conformité ainsi qu’une licence d’exploitation pour leur activité. En choisissant Treezor, ils s’évitent ainsi toute la partie juridique – et chronophage – auprès des régulateurs. Cela dit, si notre client décroche sa propre licence par la suite, il pourra toujours continuer d’utiliser le reste de nos services.

Services Treezor

© Treezor

Elliot Goykhman (Zelf) : Du côté des clients, il y a deux composantes à prendre en compte. Tout d’abord, il y a les interfaces qui permettent de créer la relation entre ces derniers et leur banque. Cela peut être des agences physiques, des applications mobiles – ou encore les réseaux sociaux, comme dans le cas de Zelf. Ensuite, se pose la question de la domiciliation des fonds. En l’occurrence, dans le cas de Treezor, c’est le groupe Société Générale qui agit comme une banque dépositaire. C’est une garantie supplémentaire pour nos clients dont les fonds sont en sécurité dans une institution réputée.

Presse-citron : Treezor est un acteur déjà très bien établi sur le marché français avec des références aussi prestigieuses que Qonto, Lydia ou Shine. Avez-vous des projets au-delà de nos frontières ? Si oui, lesquels ?

E.L. (Treezor) : Pour l’heure, nous nous concentrons encore sur le marché européen. Cette ambition s’accompagne de plusieurs défis qu’il faut avoir en tête. La première chose est que nous voulons continuer à développer notre portefeuille de produits pour répondre à de nouveaux cas d’usages et à de nouveaux besoins de nos clients européens. Nous travaillons sans cesse à simplifier le produit tout en répondant au maximum de besoins. Dans l’idéal, nous aimerions devenir le « Stripe » des services bancaires.

Devenir le Stripe des services bancaires

Cela implique que nous devons également rester très vigilants en matière de compliance puisque les régulations locales peuvent différer légèrement. Notre maison-mère Société Générale est établie partout en Europe, ce qui nous permet de profiter de sa licence bancaire pour créer et distribuer des produits spécifiques dans certains pays européens – que les licences de Treezor ne couvrent pas.

Concernant notre expansion au-delà de cette région, nous avons déjà eu plusieurs sollicitations venues d’Afrique, du Brésil ou encore des États-Unis. Oui, nous pourrions tout à fait envisager un développement dans ces régions-là, mais le sujet n’est pas encore sur la table. Il ne sera en revanche dès l’an prochain, une fois que nous aurons renforcé notre position en Europe. Il faudra évidemment bénéficier de l’aval de notre actionnaire et du soutien de notre partenaire historique Mastercard pour aller sur ces nouveaux territoires.

E.G. (Zelf) : Si notre entreprise est d’origine américaine, nous avons depuis établi un bureau en Lettonie pour nous conformer à la réglementation européenne. La solution Treezor nous permet aujourd’hui de nous lancer directement sur deux marchés en même temps, à savoir la France et l’Espagne. Dans un futur proche, elle nous permettra aussi d’aller au-delà de ces deux marchés.

Presse-citron : Venons-en maintenant à Zelf. Quelle a été votre approche, et à quel(s) besoin(s) répondez-vous ?

E.G. (Zelf) : Aujourd’hui, les générations Y et Z ont du mal à se reconnaître dans la banque traditionnelle. Cette nouvelle génération, c’est celle qui se montre curieuse vis-à-vis de nouvelles expériences bancaires – qu’il s’agisse de crypto-monnaies, de néo-banques ou de tout autre concept bancaire original. Ces jeunes sont très largement déçus de la relation actuelle avec leur banque, et ils cherchent de nouvelles options pour gérer leur finance.

En parallèle, nous nous sommes rendu compte que cette génération passait entre 65% et 84% de son temps d’écran (sur un smartphone, ndlr) sur seulement 5 applications mobiles. Et vous savez quoi ? Une archi-majorité d’entre elles sont des réseaux sociaux comme Facebook, Instagram ou Snapchat.

Le réseau social, un espace où les transactions bancaires sont initiées

Par ailleurs, nous avons remarqué que le réseau social est très souvent un espace où les transactions bancaires sont initiées : les jeunes vont y solliciter leurs parents pour obtenir une rallonge financière, ils vont interagir avec leurs amis pour des remboursements, des cagnottes ou des avances, etc.

À partir de tous ces constats, nous avons voulu créer une banque d’un nouveau genre pour mieux répondre à leurs attentes. Zelf, c’est une solution bancaire qui s’affranchit de toute application et qui est uniquement sur les réseaux sociaux – via un chatbot. Nous avons créé un modèle où la distribution est instantanée et virtuelle.

Application Zelf

Zelf sur Whatsapp © Presse-citron.net

Au début du mois de juin, les utilisateurs pourront créer un compte et recevoir de manière instantanée une carte virtuelle sur Messenger, Whatsapp, Telegram ou encore Viber. C’est le numéro de téléphone associé à chacun des réseaux sociaux qui permettra à l’utilisateur de lier les différents réseaux autour de son compte. Il pourra ainsi interagir avec le chatbot Zelf pour envoyer ou recevoir de l’argent, et consulter son solde.

Presse-citron : Quelles sont les contraintes légales pour une telle activité ?

E.G. (Zelf) : La régulation européenne est très stricte sur ce point et nous avons dû composer avec le cadre juridique existant pour offrir un service fluide à nos utilisateurs. Par défaut, notre service s’appuie sur les KYC établis sur la base des déclarations de chacun de nos clients (KYC déclaratif, ndlr). Il doivent simplement nous donner leur nom et leur numéro de téléphone pour obtenir une carte de paiement (débit) avec un plafond de 150 euros. Cela leur permettra d’échanger des fonds au sein de la communauté Zelf, mais également de régler leurs achats via Apple Pay et Google Pay.

S’ils veulent aller au-delà de cette limite, ils devront alors prouver leur identité complète via notre chatbot – sur le même principe que dans toute autre néo-banque. Pour cela, ils devront nous transmettre une copie d’un justificatif d’identité (passeport, carte d’identité ou permis de conduire) ainsi qu’un justificatif de domicile.

Presse-citron : Quid de la vie privée des utilisateurs ? Les réseaux sociaux auront-ils accès à toutes les opérations qui sont réalisées via Zelf ?

E.G. (Zelf) : Facebook, Viber, Whatsapp ou encore Telegram affirment avoir un chiffrement de bout-en-bout, ce qui implique que seuls l’utilisateur et notre service – via le chatbot – auront accès à l’historique de transactions dans notre conversation. Aujourd’hui, ces acteurs ont une énorme pression des régulateurs pour rendre la vie privée à leurs utilisateurs, et cela rajoute une sécurité supplémentaire.

Cela dit, même dans le cas d’une banque traditionnelle, les informations sur les transactions bancaires des clients passent en général entre les mains d’acteurs de la technologie. C’est le cas lorsqu’on valide une opération par SMS ou encore lorsqu’on reçoit un email de confirmation de la transaction via Gmail (Google). Avec Zelf, nous avons voulu offrir un maximum de sécurité et de confidentialité à nos utilisateurs, tout en offrant un service fluide et efficace.

Presse-citron : Représentez-vous une menace pour les réseaux sociaux, dont l’ambition est de se développer sur le segment du paiement ?

E.G. (Zelf) : Il est vrai que certains réseaux sociaux ont tenté de se lancer sur le marché du paiement ces dernières années. C’est le cas de Facebook, qui a relancé il y a quelques mois Facebook Pay ou encore de Whatsapp (propriété de Facebook, ndlr) qui essaie de mettre au point un service de paiement en Inde.

Pour autant, nous ne sommes par très inquiets sur le sujet et ce, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, le paiement n’est pas leur coeur de métier – ce qui est notre cas, et ce que nous avons prouvé ces dernières années avec des partenaires comme MTS en Russie. Ensuite, nous avons un écosystème plus ouvert qui permettra à nos utilisateurs d’envoyer des fonds depuis Facebook vers une plateforme tierce, comme Telegram ou Viber par exemple.

Aujourd’hui, je ne vois pas pourquoi un Facebook nous bloquerait sur ce point, alors que de nombreuses banques traditionnelles utilisent des chatbots sur Messenger ou Whatsapp pour communiquer avec leurs clients. Nous sommes parfaitement en ligne avec leurs conditions générales d’utilisation, cela relèverait d’un abus de position dominante que de nous refuser.

Presse-citron : Vous êtes-vous fixé des objectifs d’audience ?

E.G. (Zelf) : À l’origine, nous avions voulions atteindre les 100 000 pré-inscriptions d’ici à la fin du mois de mai. C’était un objectif déjà assez ambitieux, et de nombreux partenaires se sont montrés très sceptiques. En réalité, l’engouement a été très fort dès le début, et nous avons cumulé plus de 50 000 pré-inscrits en seulement 10 jours. Compte tenu des chiffres actuels, je pense que nous allons très largement dépasser notre objectif initial. Nous aurons très probablement plus de 200 000 pré-inscriptions d’ici au lancement…

4 Commentaires

4 Commentaires

  1. Dominique

    11 mai 2020 at 12 h 19 min

    « Une banque pour les jeunes qui ont du mal à se reconnaître dans les banques traditionnelles. »
    Ils ont du mal avec quoi ? C’est à pleurer de rire, quelle que soit la banque, l’idée c’est de mettre son argent sur un compte, payer des agios en cas de découvert et payer des frais pour certaines opérations.
    L’argent sur le compte permet à la banque de faire de l’argent. Les agios aussi, etc… S’ils ont du mal avec çà, ils ne vont pas avoir une vie facile, les jeunes en question.

    • Tomy

      11 mai 2020 at 12 h 35 min

      Contrairement aux personnes plus âgées, les jeunes se posent (enfin) la question des frais bancaires. Justement, ils en ont marre des agios, et de tous ces frais cachés des banques classiques. Et ils ont raison. Et ça met le modèle des Crédit Agricole, Crédit Mutuel, BNP et consorts à mal. Plus d’un million de clients chez N26, chez Revolut, chez Nickel en France. C’est une tendance de fond, Dodo. Et si tu ne l’as pas vu venir, c’est que tu fais partie des pigeons.

      • Zineke

        21 mai 2020 at 8 h 29 min

        Je parle pour la belgique, compte gratuit ds les vraie banques, choix de ne pas aller en découvert etc etc, bref ce genre de neo banque a surtout du succes en france ..et encore 1 millions de clients , vous etes combien juste a paris ? et combien de compte sont vraiment actif ???
        Et qd tu utilises un compte N26 apres la puberté c est plus si « pas cher » ,et va y pour un pret ta maison ou une bagnole

        Bref des effets speciaux et in fine et le meme discourt des jeunes vers les vieux depuis heuu tjs et inversement des anciens vers les jeunes

  2. Arnaud

    12 mai 2020 at 11 h 16 min

    Etonnant cette application via les réseaux sociaux , faut être un peu sérieux , dixit  » Zelf, c’est une solution bancaire qui s’affranchit de toute application et qui est uniquement sur les réseaux sociaux – via un chatbot » on mélange pas l’argent avec les FB et cohorte… la génération Y et Z a amplement de quoi faire avec les « Néo banques » par exemple l’offre basique de N26 et si ils ont très peu de revenus un compte Nickel .
    Encore un qui pense que les FB , Insta et Snap sont toujours au TOP !

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