C’est un nouvel effet secondaire de la démocratisation de l’intelligence artificielle (IA). Les adolescents sont toujours plus nombreux à se tourner vers les chatbots pour se confier, chercher du réconfort ou combler un besoin d’interaction sociale. Et ce n’est pas anodin, alors que la santé mentale des jeunes est en déclin.
Un engouement qui n’est pas sans risque
72 % des adolescents âgés de 13 à 17 ans ont déjà utilisé un compagnon IA, c’est-à-dire un agent conversationnel conçu pour simuler des échanges humains, selon une nouvelle étude de l’ONG Common Sense Media réalisée auprès de 1 000 jeunes. Son objectif : aider les parents et les enseignants à inculquer l’esprit critique aux enfants.
Plus de la moitié d’entre eux les utilisent de manière régulière, et un tiers y a recours pour combler des besoins relationnels ou affectifs. Plus troublant encore, 31 % affirment trouver ces échanges aussi voire plus satisfaisants que ceux avec de vraies personnes, tandis que 33 % ont déjà confié à une IA des sujets sérieux ou personnels qu’ils n’ont pas abordés avec des humains.
Cet engouement croissant n’est pas sans risques, loin de là. Car près d’un quart des adolescents ont partagé des informations personnelles avec un compagnon IA, sans toujours réaliser les implications. Or, ces données, souvent sensibles, ne restent pas privées : elles peuvent être stockées, analysées et utilisées par les entreprises qui développent ces outils, de façon durable et à des fins variées, comme l’entraînement des modèles ou le ciblage commercial.
De même, certains compagnons IA ont exposé des jeunes à des contenus sexuels, stéréotypés ou à des conseils dangereux. Même si cela ne les choque pas sur le moment, ces échanges peuvent être nocifs. Pour rappel, un adolescent de 14 ans a mis fin à ses jours l’année dernière, après être tombé amoureux d’une IA développée par l’entreprise Character IA.

Les adolescents se coupent des relations humaines à un âge charnière
C’est le développement social des jeunes qui est aussi en jeu. À une période où ils construisent leur identité et leurs compétences relationnelles, le fait de se confier à une intelligence artificielle plutôt qu’à un ami, un parent ou un adulte de confiance peut perturber cet apprentissage essentiel. Contrairement aux relations humaines, les chatbots ne permettent pas de décoder les signaux non verbaux comme les expressions faciales ou le ton de la voix, pourtant fondamentaux dans la communication humaine.
Autre problème, les IA sont conçues pour être agréables et validantes, évitant les désaccords ou les remises en question. Une absence de contradiction qui peut enfermer les adolescents dans une bulle où tout est confort et approbation, les rendant moins armés face aux frustrations et aux conflits réels. À terme, cela peut nourrir un isolement social.
Et dans les cas les plus préoccupants, cette relation avec l’IA peut même devenir envahissante. Le lien émotionnel avec ces outils, pourtant dénués de véritable empathie, risque de se substituer aux relations humaines, avec des conséquences durables sur l’équilibre psychologique.

Comment gérer la situation ?
Face à cette dynamique, l’ONG appelle les entreprises de la tech à mettre en place des systèmes solides pour la vérification de l’âge, et de garder à l’esprit la sécurité des enfants. Les décideurs politiques sont exhortés, eux, à déployer des garanties claires et applicables sur l’utilisation de l’IA par les mineurs.
Les parents ont bien entendu un rôle clé à jouer. Selon Common Sense Media, il est important d’aborder le sujet sans jugement, en discutant ouvertement de ce qui attire les jeunes vers les compagnons IA. Encourager les rencontres en face-à-face, qu’il s’agisse de sorties entre amis ou d’activités collectives, est également recommandé.
En parallèle, les parents peuvent limiter ou interdire l’usage de ces applications, en particulier avant l’âge de 18 ans, et surveiller les signes d’usage excessif : isolement, irritabilité, désintérêt pour la vie sociale ou familiale. Enfin, montrer l’exemple est tout aussi important. En adoptant eux-mêmes un usage équilibré du numérique, les adultes transmettent des repères concrets sur la manière de gérer ses émotions et ses relations sans dépendre exclusivement des écrans.
- De plus en plus d’adolescents se tournent vers des compagnons IA pour se confier ou combler une solitude.
- Mais ces échanges, parfois jugés plus satisfaisants que ceux avec des humains, ne sont pas sans risques.
- Données personnelles, isolement social, dépendance : parents et pouvoirs publics sont appelés à réagir.
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