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Factuel : laissons tranquilles ces astéroïdes qui « frôlent » la Terre

Quand un astéroïde doit « frôler » la Terre, la vérité scientifique s’éloigne. Non, 2018 vp1 n’est pas une menace.

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Contre l'astéroïde, la NASA a un plan
© NASA

Peut-être avez-vous, comme moi, été informé d’une nouvelle de taille. Le 2 novembre prochain, notre si chère planète bleue va avoir de la visite. Dans la presse internationale – et notamment américaine qui s’inquiète pour les élections présidentielles le lendemain – l’astéroïde baptisé « 2018 vp1 » nous menacerait. Sa trajectoire « frôlera la Terre », peut-on lire çà et là. Un récit sensationnel, digne des meilleures scénarios de films hollywoodiens. Mais d’un point de vue plus terre à terre, rien ne tend pourtant à justifier une quelconque urgence. Pire : le passage de 2018 vp1 est un total non évènement, et voici pourquoi.

Il n’existe aucune ressource sur laquelle s’appuyer pour s’inquiéter. Des astéroïdes comme celui-ci, la Terre en a connu des milliers  sans alerter le moindre scientifique. Pour rassurer les plus inquiets, voici un premier chiffre : l’astéroïde ne possède qu’une chance sur 240 d’entrer en collision avec notre belle planète bleue. De plus, même si le sort venait à s’acharner sur nous en cette année 2020, le morceau de roche céleste mesurant entre deux et quatre mètres et ne pesant qu’une vingtaine de kilos de nous fera aucun mal. En entrant dans l’atmosphère, ce dernier se désintégrera, sans même réussir à atteindre la surface de la Terre.

simulation de la NASA sur l'astéroïde 2018 vp1

Le passage de « 2018 vp1 », le 2 novembre prochain © NASA

Pour situer à quoi il faudra s’attendre le 2 novembre prochain, regardez plutôt ce schéma de la NASA. Dans cette simulation, la ligne violette est la trajectoire probable de l’astéroïde. En bleu, notre planète Terre. En jaune, la Lune. Si il existe malgré tout 1 chance sur 240 que l’astéroïde vienne droit sur nous, il est tout aussi probable qu’il passe à plus d’un million de kilomètres. Les données autour de sa trajectoire sont encore incomplètes, et connaître le lieu exact de son passage est impossible.

Cet événement n’en est pas un à proprement parler. Il n’aura – et je suis désolé de vous l’apprendre – rien de spécial au soir du 2 novembre. Pour bien le comprendre, voici une statistique. Tous les ans, une à deux météorites de la taille de 2018 vp1 « frôlent » la Terre. À cause de l’attraction gravitationnelle de notre planète, les trajectoires des météorites sont déviées, et certaines se rapprochent de nous. Dans certains cas, elles arrivent même à atteindre l’atmosphère. Mais cette situation est rare, très rare, et elle reste sans danger dans la grande majorité des cas. Il y a une large différence entre un corps céleste qui entre dans l’atmosphère, et un autre qui arrivera à le traverser et finir sa chute sur notre sol.

Le risque est-il si grand que ça ?

Bien que le scénario d’une météorite tueuse de planète soi très hypothétique, les agences spatiales nationales prennent ça très au sérieux. Les météorites ne présentent aucun danger réel pour l’espèce humaine à l’heure actuelle, et les dégâts de la même envergure que ceux de Toungouska (j’y reviendrai plus bas dans l’article) sont exceptionnels, et ne risquent pas de se reproduire avant un bon demi-millénaire. La NASA estime par exemple qu’aucune chute de météorite pouvant tuer des hommes ne devrait avoir lieu dans les trois prochains siècles, au moins.

Les récits de science-fiction continuent pourtant d’entretenir la peur – ou le fantasme ? – d’une collision avec une météorite venue de l’autre bout de la galaxie. Un véritable sujet croustillant, notamment dans la presse. L’information du passage de 2018 vp1 « au plus près » de notre planète le 2 novembre (à plus ou moins 3 jours près) a rapidement fait le tour des médias dans des articles tous plus sensationnalistes les uns que les autres. Cela étant, bien que cet astéroïde ne soit pas dangereux, des chutes de corps célestes vraiment impressionnantes ont déjà eu lieu.

L’exemple le plus célèbre est sûrement celui de l’astéroïde qui a causé la fin des dinosaures, il y a 66 millions d’années. Un caillou plus grand que toute l’île-de-France s’est écrasé dans la province du Yucatan au Mexique, causant la fin d’un monde, et le début du notre. Mais il existe également des événements bien plus récents, dont on avait bel et bien raison de redouter les conséquences.

Les météorites de Tcheliabinsk et Toungouska

Le 15 février 2013 dans la région de Tcheliabinsk, en Russie, une météorite de 15 à 17 mètres de diamètre est entrée dans l’atmosphère. Repérée par aucun radar, elle a finalement explosé à 20 ou 40 kilomètres au-dessus du sol russe. La puissance de l’explosion fut mesurée à 500 kilotonnes de TNT. C’est 30 fois plus que l’explosion d’Hiroshima. Filmée par de nombreux habitants, la chute du météore a fait quelques dégâts dans la ville de Tcheliabinsk sans faire de blessés.

Mais un siècle avant, c’est toujours en Sibérie russe, que la plus grande explosion de météorite a été notée. Dans l’oblast (région) de Toungouska une onde de choc a été entendue sur plus de 1500 kilomètres. Autour de la zone, dite d’impact, la forêt sibérienne a été détruire, les arbres ont été carbonisés ou couchés au sol, sur près de 50 kilomètres. À 1000 kilomètres de l’explosion, l’observatoire d’Irkoutsk enregistra un tremblement de terre de magnitude 5. Une météorite d’une cinquantaine de mètres de diamètre venait d’exploser à quelques kilomètres au dessus du sol.

La violence de l’impact était 1000 fois supérieur, à ce que sera 37 ans plus tard, l’explosion d’Hiroshima. Même si le lac Tcheko a, un temps, été vu comme les restes du cratère, il est aujourd’hui admis que la météorite s’est détruite à cinq ou dix kilomètres d’altitude, et n’a donc jamais touché le sol terrien. Selon la NASA, un tel impact n’arrive que tous les 1 000 ans et il s’agirait là du plus gros impact de météorite de l’histoire humaine.

Surveille-t-on les météorites ?

Depuis une vingtaine d’années, la NASA a mis en place un large programme de classification des météorites et comètes. Aujourd’hui, plus de 20 000 objets célestes ont été identifiés. La NASA pense que ceux pouvant causer l’apocalypse (plus d’un kilomètre de diamètre) sont tous connus et leurs trajectoires ne présentent aucun danger immédiat. Pour les météorites de la taille de celle de Toungouska, l’agence américaine suggère qu’elle a réussi à en classifier près de la moitié. Pour le reste, il s’agit de tout petits objets, de la taille d’une voiture, quasiment impossible à détecter.

Quelles réponses avons-nous face aux météorites ?

Pour lutter contre cette menace, très hypothétique, les différentes agences spatiales mettent en place des exercices de déviation des trajectoires. L’idée la plus souvent retenue est de faire exploser une charge nucléaire à la surface de la météorite. Si la méthode peut paraître extrême, les conséquences d’une telle explosion ne décaleront l’astéroïde que de quelques degrés. Si cela est fait assez en amont, cela pourrait suffire à ce qu’il ne touche pas la Terre. Si les simulations montrent une certaine réussite de la procédure, de premiers essais grandeur nature devraient avoir lieu en 2022. La NASA ainsi que l’ESA (l’agence spatiale européenne) ont toutes deux développé un programme de déviation des objets célestes. Les russes, qui par la taille de leur pays sont les plus à risque ont demandé dès 2013, la mise en place d’une coalition internationale pour la lutte contre les astéroïdes.

Toutes les solutions envisagées supposent que les météorites soient repérées des mois, voire des années avant l’impact. Si, comme c’est le cas avec 2018 vp1, elle n’est repérée que 3 ou 4 mois avant l’impact, la mise en place d’une mission de déviation serait impossible. Et même si une fusée arrivait à décoller pour la faire exploser, elle se fragmenterait sans changer de trajectoire, et les points d’impact se multiplieraient.

La meilleure des solutions dans cette version de l’histoire, reste de calculer le ou les points d’impact et d’organiser une évacuation de masse. Un scénario qui, on rappelle, reste aussi effrayant qu’improbable.

Alors oui, à l’échelle de l’Univers ou de notre système solaire, l’astéroïde 2018 vp1 va frôler la Terre. Mais dans la journée du 2 novembre, elle nous côtoiera à plus de 420 000 kilomètres, un beau respect des gestes barrières. Et pour ceux que cette article n’a pas réussi à rassurer, dites-vous que ce jour-là, la Lune sera située bien plus près de nous.

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2 Commentaires

2 Commentaires

  1. Benjamin

    27 août 2020 at 10 h 24 min

    Autant certains articles peuvent être exaspérants autant celui-ci est très bien, merci à vous

  2. J-C Morin

    28 août 2020 at 2 h 51 min

    Ouin! Elle « fonce » sur la terre mais à un million de k/m de celle-ci et elle est aussi énorme qu’un gros chien……. Dois-je allé à l’église me confesser de mes péchés des 50 dernières années, vus que je suis catholique non-pratiquant depuis 1973, oû aller prendre ma dernière bière avec ma conjointe et mon meilleur ami. Des fois, il y en a qui exagère un tout petit petit peu……… 😉

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