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Football en streaming : piratage 1 – 0 Ligue 1

Le week-end dernier, alors que la deuxième journée de Ligue 1 battait son plein, des centaines de milliers de spectateurs ont suivi les matchs sans débourser un centime. Ce phénomène, loin d’être nouveau, prend aujourd’hui une ampleur sans précédent et inquiète sérieusement les acteurs du monde du football.

Selon une étude récente de l’Arcom, près d’un Français sur cinq (19%) avoue regarder du sport par des moyens illicites. Le streaming illégal (17%) et les boîtiers IPTV pirates (12%) sont les méthodes les plus répandues. Ces chiffres, déjà alarmants, ne reflètent peut-être qu’une partie de la réalité.

La facilité d’accès au contenu piraté est frappante. Il suffit de quelques minutes sur les réseaux sociaux pour trouver des liens vers des diffusions gratuites des matchs. Les pirates, de plus en plus organisés, utilisent une variété de techniques pour contourner les protections mises en place par les diffuseurs légitimes.

Telegram, la messagerie chiffrée, est particulièrement pointée du doigt. Lors du match d’ouverture de la saison entre le PSG et Le Havre, pas moins de 200 000 personnes auraient suivi la rencontre illégalement via cette plateforme. “C’est énorme et pas de très bon augure pour le reste de la saison”, s’inquiète auprès des Echos Hervé Lemaire, directeur général de LeakID, une entreprise spécialisée dans la lutte contre le piratage.

Le problème ne se limite pas à Telegram. YouTube, TikTok et X (anciennement Twitter) sont également utilisés pour partager des liens vers des flux pirates. Les VPN, permettant de contourner les restrictions géographiques, ajoutent une couche de complexité supplémentaire. Ainsi, une chaîne brésilienne aurait enregistré 900 000 vues pour le premier week-end de championnat, vraisemblablement via des connexions VPN depuis la France.

La “mafia” de l’IPTV

Face à cette situation, les ayants droit et les diffuseurs officiels se retrouvent souvent démunis. Lorsqu’un flux pirate est détecté, la procédure veut que la plateforme hébergeant le contenu soit notifiée et le bloque rapidement. Mais la réactivité n’est pas toujours au rendez-vous. “Les délais de réponse de Telegram sont fluctuants, jusqu’à 24 heures parfois, ce qui est incompatible avec un retrait efficace pour du contenu en direct”, explique la Ligue de Football Professionnel (LFP).

Le piratage ne se limite pas au streaming. L’IPTV illégale, permettant d’accéder à des bouquets de chaînes payantes pour une fraction du prix officiel, gagne du terrain. “On est face à des groupes organisés, presque mafieux”, alerte Xavier Spender, délégué général de l’Association pour la protection des programmes sportifs (APPS). “Le grand public ne se rend pas forcément compte du risque qu’il prend en confiant ses données personnelles et bancaires à ces pirates.”

Les conséquences de ce piratage massif sont multiples et potentiellement dévastatrices pour l’écosystème du football. Au-delà du manque à gagner immédiat pour les diffuseurs, c’est toute la chaîne de valeur qui est menacée. Les clubs, le football amateur et même les finances publiques pourraient en pâtir à terme s’inquiète le secteur. “Le piratage peut être une menace pour tout l’écosystème du sport, financé par les droits TV”, prévient Sara d’Arifat, directrice juridique de BeIN Sports France.

Et le prix dans tout cela ?

L’ampleur du problème est mondiale. Une étude de Synamedia-Ampere Analysis estimait en 2021 que le piratage faisait perdre jusqu’à 28,3 milliards de dollars par an aux fournisseurs de services sportifs et aux détenteurs de droits dans le monde.

Face à cette menace, les acteurs du secteur appellent à une prise de conscience collective et à un renforcement des mesures de lutte contre le piratage. La collaboration entre diffuseurs, plateformes technologiques et autorités serait selon eux la clé pour endiguer ce phénomène. Mais un autre élément est complètement zappé par les acteurs du secteur : le prix des abonnements légaux.

En France, accéder aux matchs de Ligue 1 coûte 40 euros par mois via l’offre DAZN mais elle n’inclut pas tous les matchs. Au Royaume-Uni, cette même offre coûte un peu plus de 10 euros. Forcément, de nombreux internautes seront tentés de se tourner vers un VPN pour accéder au même service pour moins cher.

Cette question du prix, souvent omise par les ayants droits, est pourtant le nerf de la guerre. Au fil des années, les augmentations de tarifs ont conduit les internautes à se tourner vers des solutions gratuites ou moins chères, quitte à prendre le risque de l’illégalité. Ce phénomène existe aussi pour les films et séries. Après une baisse drastique du piratage suite à l’avènement de Netflix et consorts, on observe depuis les multiples augmentations de prix un retour en force du piratage. 

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1 commentaire
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  1. Si les ligues ne vendaient pas au plus offrants qui ensuite doivent se refaire, cela irait tout seul, les matchs serraient sur des chaîne publiques ou gratuites et le foot ne brasseraient pas des “miyards” pour du vent (et le ruissellement vers le sport amateur, comment dire, heureusement qu’il y a les communes pour soutenir les clubs, on a même dû se mettre à plusieurs villages pour avoir les équipes nécessaires (des jeunes par exemple) et conserver l’homologation des équipes d’adulte en division 4 ou 5 ou 6 ou plus encore :o) !

    Et ce pour recevoir une somme symbolique de la part de la fédé. Merci le budget des communes qui permet d’entretenir les locaux, de les chauffer, de s’occuper des terrains et des abords…

    On est très loin de ce que touchent les grands clubs

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