Passer au contenu

Gabriel Mamou-Mani : “les NFT, ou comment mettre un terme au monopole des GAFA”

L’acteur français des NFT, Panda Dynasty, entre dans le marché des jeux-vidéos. Son fondateur, Gabriel Mamou-Mani, nous explique l’économie décentralisée des NFT et comment les internautes ont les moyens de devenir propriétaires des contenus qu’ils produisent.

En septembre 2021, Panda Dynasty a vendu près de 9 000 NFT, ces Non-Fungible Tokens, en l’espace de seulement 24 heures. Le projet a désormais pour ambition de devenir un acteur majeur du “crypto gaming”, les jeux-vidéos basés sur la technologie de la blockchain.

Gabriel Mamou-Mani, son fondateur, nous explique comment les NFT contribuent à la démocratisation d’internet grâce à la blockchain. Il revient également sur le risque autour de la centralisation de l’industrie liée aux premiers grands acteurs du marché.

Presse-citron : Les NFT rencontrent un vif succès mais ils restent difficiles à appréhender pour le grand public. Pouvez-vous d’abord nous expliquer ce qu’est un Non-Fungible Token ?

Gabriel Mamou-Mani : La meilleure métaphore pour représenter un NFT, c’est la carte grise de votre voiture : elle seule prouve la propriété et l’unicité de notre véhicule. De la même façon, le NFT est la preuve absolue que le propriétaire possède un objet numérique. Cette garantie d’unicité est permise par la blockchain, un livre de comptes non falsifiable, qui permet à tout un chacun de prouver qu’une chose lui appartient.

L’objet vous appartenant, vous pouvez donc le mettre en vente, le prêter ou en tirer des royalties si d’autres individus utilisent cet objet. La plupart des NFT sont actuellement vendus sous la forme d’images, la matérialisation numérique la plus simple. En réalité, les NFT peuvent être associés à tout type d’objet numérique : vidéo, musique, Tweet, GIF animé – tout peut être un NFT.

L’enjeu est de donner à ces NFT une utilité

Presse-citron : Pourquoi et comment les NFT sont-ils arrivés à un tel niveau de popularité ?

G. M-M : Historiquement, la première collection de NFT, Cryptopunks, a été créée en 2017. Cette collection d’images uniques, classées en fonction de leur rareté était basée sur le protocole ERC-721 qui permet de classer les images en fonction de leurs “traits” (cheveux, nez, bouche et accessoires du personnage). Cette collection a été confidentielle pendant presque 4 ans avant de profiter du récent engouement autour de nouvelles collections.

En avril 2021, une autre collection, Bored Apes Yacht Club, qui représente des singes qui s’ennuient, a connu un immense succès. En utilisant le même protocole, 10 000 images uniques ont été vendues à des prix astronomiques – entre 100 000 et… 10 millions d’euros !

Bored Apes Yacht Club
Les Bored Apes Yacht Club © Opensea

Une mega-star du monde de la crypto, mieux connue sous le nom de Pransky, a largement contribué à son succès après en avoir acheté en énorme quantité. Cet événement a créé un engouement fantastique à partir de juin 2021 : le nombre de collections a explosé, et les volumes d’achats de NFT s’évaluent en milliards de dollars.

Presse-citron : Les NFT peuvent-ils faire évoluer notre utilisation d’internet à long terme ?

G. M-M : Oui, toute la mécanique et les droits de propriétés liés aux NFT peuvent modifier de manière fondamentale et durable notre relation aux sites internet. Nous sommes actuellement “locataires” de sites web : nous créons du contenu – photos, articles, tweets – et cédons tous nos droits de propriété aux grandes plateformes qui les hébergent.

Grâce à la blockchain, plutôt que de s’enregistrer sur ces sites avec un identifiant et un mot de passe, les internautes s’enregistreront en connectant leur propre wallet (portefeuille de crypto-monnaies, ndlr), ce qui permettra relier leurs actions à leurs tickets de propriété. Ils pourront alors toucher des royalties et avoir la mainmise sur leurs données. Dès lors qu’on quittera un site, on pourra repartir avec toutes ses données.

Les NFT nous donnent plus d’indépendance, plus d’autonomie et plus de souveraineté par rapport à notre activité numérique

Presse-citron : Pouvez-vous nous présenter Panda Dynasty ?

G. M-M : Panda Dynasty est une collection de 8 888 images de Pandas, toutes uniques et différentes. Cette collection a été créée en moins de deux semaines et portée par une communauté constituée en quelques jours sur Twitter. En moins de 24 heures, tous les Pandas ont été écoulés. Ils s’échangent désormais sur des plateformes comme Opensea.

Depuis, cette collection s’est transformée en un jeu vidéo sur internet, un “crypto game”, qui a démarré avec une chasse au trésor en ligne. Les propriétaires de ces pandas peuvent participer au jeu, gagner des clés et atteindre un trésor sous la forme d’un portefeuille communautaire. Ce dernier est abondé grâce aux royalties du second marché de la collection.

Ce jeu va évoluer vers un crypto game “play-to-earn” dans lequel nous allons permettre aux participants de gagner des crypto-monnaies. Il existe d’autres projets dans la même logique, à l’instar de la startup française Sorare, qui a récemment levé 680 millions de dollars pour son jeu.

Panda Dynasty
La collection Panda Dynasty © Opensea

Presse-citron : Pourquoi la collection Panda Dynasty a-t-elle été aussi populaire, aussi rapidement ?

G. M-M : Nous expliquons ce succès par quatre grands facteurs : la qualité du dessin, la technologie gérée par notre équipe de développeurs, la communauté acquise grâce à nos ambassadeurs et notre capacité à fédérer notre communauté autour du projet. Grâce à d’innombrables jeux, fêtes et challenges digitaux, tous les membres de notre communauté sont sollicités pour participer in fine aux décisions de développement du projet.

Presse-citron : Maintenant que vous avez réussi à intégrer le marché des NFT, avez-vous le sentiment que certains acteurs se mettent à centraliser l’économie avec le risque de créer des barrières à l’entrée ?

G. M-M : Dans le monde de la crypto, la notion de décentralisation est très importante. Les grands défenseurs de la cause NFT ou des crypto-monnaies sont portés par une idéologie : permettre à tous ceux qui le souhaitent de posséder des biens digitaux, et ne plus être dépendants de GAFA ou de banques centrales.

Cependant, on voit apparaître de grands acteurs qui se sont octroyés le droit d’organiser eux-mêmes les échanges avec un format de société traditionnelle. L’exemple le plus notable est celui d’OpenSea, la place de marché de référence pour la revente de NFT, qui est valorisée 13,3 milliards de dollars. Elle représente aujourd’hui 88% des achats et des échanges de NFT, et rien ne semble l’empêcher de croître.

Presse-citron : Quelles solutions pour empêcher que de nouveaux géants de la tech se taillent la part du lion ?

G. M-M : En créant et en innovant. Suivant le modèle du crowdfunding, les “drops” permettent de financer de nouveaux projets en mobilisant une communauté. Des acteurs qui n’existaient pas il y a quelques mois partent aujourd’hui avec des fonds importants pour réaliser des actions ambitieuses grâce à des drops réussis.

Il y a par exemple Euler Beats qui révolutionne l’industrie musicale en faisant le travail de la SACEM. Cette intelligence artificielle identifie les écoutes d’un morceau musical pour redistribuer les royalties de ces écoutes aux propriétaires du morceau ou au détenteur des droits. Ce projet, à 100% basé sur la technologie des NFT a été financé par un drop et une communauté de milliers de personnes intéressées.

Un autre exemple, Link DAO, est une organisation décentralisée qui a pour objectif de créer un club de golf à partir des NFT vendus. La première étape pour les créateurs du NFT est de racheter un parcours de golf avec les membres du club. Plusieurs personnalités emblématiques du monde des NFT y ont pris part, à l’instar du basketteur Stephen Curry.

On voit donc bien qu’aujourd’hui, les NFT permettent de faire naître de grandes initiatives simplement grâce à la puissance de la communauté, sans impliquer les géants de la tech…

Pour en savoir plus :

📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.